La chapelle de l’ancien hôpital Laënnec ouvertes pendant les journées du patrimoine


18/9/16 - Patrimoine - Paris, ancien hôpital Laënnec - Ouvrir la chapelle de l’hôpital Laënnec pour les journées du patrimoine (ill. 1) a quelque chose de paradoxal, quand on pense que cet édifice a été le lieu d’un des plus grands scandales patrimoniaux de ce début de XXIe siècle (voir nos articles).
Certes, le groupe Kering (ex PPR) dirigé par François-Henri Pinault, n’est en rien responsable puisqu’il n’est locataire que depuis peu. Et on se réjouit qu’il ouvre, fût-ce pour quelques jours, ce lieu au public. Mais encore aurait-il fallu ne pas nier son histoire, ou plutôt ne pas la réduire à la portion congrue en laissant croire que son principal intérêt résidait dans les œuvres de la collection Pinault qu’elle présentait.


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1. Ancienne chapelle de l’hôpital Laënnec
Journées du patrimoine 2016
Photo : Didier Rykner
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2. L’autel de la chapelle caché derrière une œuvre de l’exposition
On remarquera que la porte du tabernacle,
qui avait disparu, est revenue
Photo : Didier Rykner

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3. Philippe de Champaigne
L’Ange gardien
Huile sur toile - 258 x 156 cm
Paris, chapelle de l’ancien hôpital Laënnec
Photo : Didier Rykner

Nous ne ferons pas ici la critique de cette exposition qui sort de notre champ, et dont les œuvres nous ont semblé plutôt belles. Mais était-il vraiment nécessaire d’occulter le caractère de la chapelle qui est toujours consacrée, en masquant le bel autel ancien (ill. 2) ? Devait-on exposer des œuvres directement posées sur les tombes situées dans la nef ? Ne pouvait-on, a minima, signaler qu’elle conserve deux importants tableaux anciens, dont l’un n’est autre qu’un Ange gardien de Philippe de Champaigne (ill. 3) ? Rien, même pas un cartel n’indiquait aux visiteurs qu’il s’agissait d’un chef-d’œuvre d’un des plus grands peintres français du XVIIe siècle. Ceux-ci étaient invités à regarder une œuvre de Marlene Dumas qui rappelait autant le Christ mort d’Holbein que celui de Champaigne dont un autre tableau se trouvait donc juste en face. Signalons que la toile, sur l’autel de droite, est une Sainte Marguerite de Claude François, dit Frère Luc. Rappelons que ces deux peintures, classées monument historique, mais aussi la chaire, la table de communion et les tabernacles également classés demeurent des biens inaliénables appartenant au domaine public. Et si l’on peut se réjouir que la porte du tabernacle de l’autel central ait manifestement été retrouvée (voir la brève du 15/12/10), celles des deux autels latéraux semblent définitivement perdues. Quant au tableau, La Trinité Terrestre, qui était autrefois dans la chapelle, nous n’en avons toujours aucune nouvelle.

Espérons que les bonnes intentions de François-Henri Pinault se concrétiseront définitivement, d’une part en ouvrant largement ce lieu au public, d’autre part en remettant au premier plan les œuvres insignes qu’elle conserve encore1.


Didier Rykner, dimanche 18 septembre 2016


Notes

1D’autres tableaux de la chapelle avaient été enlevés depuis longtemps et étaient exposés au Musée de l’Assistance Publique. Deux sont actuellement en dépôt à Rennes (voir la brève du 21/7/16).





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