Chapelle de l’hôpital Laënnec : le point de vue de Rachida Dati


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Chapelle de l’ancien hôpital Laënnec
Photo : Didier Rykner

Aujourd’hui, 24 novembre, avait lieu rue de Sèvres une réunion publique d’information sur le chantier de l’ancien hôpital Laënnec (voir notre article). La salle était comble et de nombreuses personnes n’ont pu trouver de place. Les intervenants étaient Alain Robert, de la Cogedim, Jean-Claude Dendievel, d’Allianz, ainsi que les maires des VIe et du VIIe arrondissements, Jean-Pierre Lecocq et Rachida Dati.

Les habitants avaient, c’est logique, beaucoup d’interrogations sur le déroulement du chantier. Mais la partie la plus intéressante pour le patrimoine concernait, bien entendu, l’avenir de la chapelle. Manifestement, malgré l’attente d’une partie du public, les responsables du projet n’étaient pas venus pour parler de ce sujet, qui semble les embarrasser beaucoup. Après la tentative des représentants de la Cogedim et d’Allianz d’éviter les questions en renvoyant aux précédentes réunions d’information, Rachida Dati est venue à leur rescousse. Peut-être aurait-elle dû s’abstenir, tant elle est apparue confuse, maladroite et, pour tout dire, incompréhensible. Etant dans l’incapacité de résumer ses réponses, nous en donnons ici le verbatim, sous la forme d’un dialogue avec la salle1 :

« La question de la chapelle avait été déjà évoquée parce que nous avons fait de nombreuses réunions sur, euh, concernant, alors c’est vrai que ça concerne, alors, ça impacte le 6e, c’est vrai que c’est sur le site du 7e et ça impacte beaucoup de monde. Mais on a répondu, dans le détail, à toutes les préoccupations, à toutes les interrogations sur la chapelle par exemple, c’est vrai, il y avait eu une interrogation en disant : est-ce qu’elle est considér..., est-ce qu’elle est sacrée ? Et euh... [murmures dans la salle] non mais certains, certains m’avaient dit effectivement : nous on sait, on sait [murmures] oui, oui, mais attendez, [murmures] nous nous sommes enquis auprès d’ailleurs de Monseigneur Vingt-Trois, il n’y a pas eu de demande, c’est euh, donc nous sommes sur un site privé et d’ailleurs ça va être...
— [Quelqu’un dans la salle] C’est justement parce qu’il n’y a pas eu de demande que c’est un site public, la chapelle.
— Non mais, Monsieur, oui oui, d’accord, Monsieur je vous dis, nous sommes sur un site privé, nous avons demandé [le monsieur parle indistinctement] nous avons demandé à Monseigneur Vingt-Trois, il n’y a pas eu de demande particulière. Simplement il y aura, il y aura, un petit peu...
— Il n’y a pas eu de demande de désaffectation, elle n’est pas désaffectée, donc elle est publique, quoiqu’elle ait été vendue.
— Oui mais à la fois, il n’y a pas eu, il n’y a pas eu de demande en ce sens, nous nous sommes...
— La chapelle appartient à l’Etat [suite indistincte]
— Non, non, non, non. Non, non, non, non, non, justement non, on a vérifié. monsieur. On a fait vérifier, justement, suite aux nombreuses réunions. Je le reconnais...
— Il y a eu une demande de désaffectation ? Monseigneur Vingt-Trois l’a désaffectée ? [protestation de certains qui n’entendent pas bien]
— Ca si vous voulez on pourra vous donner des réponses en détail puisque nous avons, non mais, nous avons, nous avons pu avoir des réponses très précises, sur ce sujet donc si vous voulez....
— Et bien je souhaite les avoir.
— Et bien nous avons pu avoir de nombreuses réunions sur ce sujet puisque moi-même, on m’a interrogé [quelqu’un parle] Pardon monsieur ?
— On n’est pas au courant.
— Oui mais euh, on a fait des réunions en ce sens monsieur c’est pour ça que je dis...
— Nous n’avons pas été invités à participer.
[Suit une explication de Rachida Dati sur les difficultés de communiquer avec les habitants] »

Si un lecteur de La Tribune de l’Art comprend ce qu’a voulu dire Rachida Dati, nous lui ouvrons volontiers nos colonnes. Nous allons cependant, pour plus de sûreté, demander au maire du 7e de bien vouloir nous communiquer les explications détaillées dont elle parle, afin de pouvoir les retranscrire sur ce site. A la fin de la réunion, elle a affirmé que celles-ci seraient publiées dans un prochain numéro du journal municipal...

Plusieurs descendants ou collatéraux des hommes illustres enterrés dans la chapelle étaient présents à cette réunion. Mathieu de La Rochefoucauld, représentant 240 membres de cette famille, a expliqué que le bras droit de Monseigneur Vingt-Trois lui avait confirmé que la chapelle n’avait jamais été désacralisée2, et que des engagements avaient été pris sur le maintien du culte dans cette chapelle, raison pour laquelle ils n’avaient pas agi auparavant. Il a rappelé également que les donations privées ayant permis la création de l’hôpital avaient été faites dans une intention philanthropique, pour venir en aide aux plus pauvres, et qu’il était assez étonnant que ce lieu soit devenu l’objet d’une spéculation immobilière. Il a indiqué qu’il souhaitait que le caractère de sanctuaire de la chapelle soit maintenu, avec toutes les contraintes qui s’attachent à une telle affectation, et que celle-ci devait rester largement accessible. Faute de quoi, nous a-t-il indiqué après la réunion, l’affaire pourrait être portée devant la justice.


Didier Rykner, mercredi 24 novembre 2010


Notes

1Pendant une grande partie de l’intervention, les personnes parlant dans la salle n’avaient pas de micro, certaines de leurs questions sont indistinctes.

2Ce qui confirme ce que nous rapportions dans notre article.





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