Josefa de Óbidos e a Invenção do Barroco Português


Josefa de Óbidos et l’invention du Baroque Portugais.
Lisbonne, Museu Nacional de Arte Antiga, du 15 mai au 6 septembre 2015.

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1. Josefa de Obidos (1630-1684)
Sainte Marie-Madeleine, 1679
Huile sur cuivre - 34 x 42,2 cm
Paris, collection particulière
Photo : Sotheby’s

Dans la vente Sotheby’s New York de peinture ancienne, en janvier dernier, nous avions remarqué un très joli tableau de Josefa de Óbidos, une femme peintre portugaise du XVIIe siècle (voir la brève du 27/1/15). Cette Madeleine réconfortée par des anges (ill. 1) se trouve dans la première salle de la rétrospective que consacre à l’artiste le Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne. Il est signalé comme désormais dans une collection particulière parisienne, et nous aurons bientôt l’occasion d’en reparler. L’œuvre, peinte sur cuivre, nous avait plu par son raffinement, qui se traduit autant dans les coloris subtils que dans la grâce des figures, combinés à une certaine naïveté qui renforce encore son charme.
Inconnue ou presque en France, Josefa bénéficie au Portugal d’une véritable renommée. Si elle réalisa de nombreux petits tableaux tels que celui-ci, elle est également connue pour ses natures mortes et pour ses grands retables dont quelques-uns sont présentés à la fin de l’exposition.


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2. Baltazar Gomes Figueira (1604-1674)
Repos pendant la fuite en Égypte, 1643
Huile sur toile - 194 x 158 cm
Óbidos, Paróquia de Santa Maria de Óbidos
Photo : Didier Rykner
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3. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Saint Bernard, vers 1660
Huile sur cuivre - 19,8 x 14,7 cm
Collection Joaquim Horta Correia
Photo : Didier Rykner

Josefa était la fille du peintre Baltazar Gomes Figueira qui travailla à Séville où elle naquit. Son patronyme vient de la ville de Óbidos, où était né son père, qui revint y installer l’atelier familial. L’exposition commence avec un Repos pendant la fuite en Égypte de Figueira (ill. 2), repris à son tour par sa fille. L’œuvre est une copie assez libre, au moins dans le paysage, d’un tableau de Barocci, aujourd’hui conservé au Vatican. Si Josefa s’inspirait aussi, parfois, de gravures, elle était cependant capable de créer des compositions originales.
Une grande partie de la première salle est consacrée à ses petites compositions, souvent peintes sur cuivre, dont certaines sont peintes à plusieurs exemplaires, la plupart du temps en de nombreuses variations. On reproduira ici, par exemple, un intéressant Saint Bernard (ill. 3), Saint François d’Assise et sainte Claire adorant l’Enfant Jésus (ill. 4), dans des tons bruns plus rares chez elle, ou encor une Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste et un ange (ill. 5).
On retrouve curieusement, chez Josefa de Obidos, des caractéristiques qui font parfois penser à la peinture française, notamment à Claude Vignon, même si cela est sans doute fortuit.


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4. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Saint François d’Assise et sainte Claire
adorant l’enfant Jésus
, vers 1660
Huile sur cuivre - 25,5 x 34,5 cm
Collection particulière
Photo :
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5. Josefa de Óbidos (1630-1684)
La Vierge à l’enfant et saint Jean-Baptiste, vers 1660
Huile sur cuivre - 16,3 x 20,5 cm
Collection particulière
Photo :

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6. Baltazar Gomes Figueira (1604-1674)
Le Mois de Mars, 1668
Huile sur toile - 110 x 180 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner

Les natures mortes constituent un aspect essentiel de son œuvre. Elle s’y montre très proche de son père qui fut sans doute inspiré par les bodegones sevillans. D’autres membres de sa famille, son frère et son beau-frère notamment, furent peintres et travaillaient dans le même atelier. Il est parfois difficile de distinguer une main de l’autre. Toute une section de l’exposition montre comment ils pratiquaient, ne peignant pratiquement pas d’après nature. Certains éléments de natures mortes servaient de modèles et étaient repris, réorganisés, recombinés maintes fois entre eux pour donner à chaque fois des compositions différentes reprenant des parties communes.
Le Louvre a la chance de conserver une importante Nature morte au poisson de Baltazar Gomes Figueira, rare œuvre de cet artiste conservée ailleurs qu’au Portugal, mais il a refusé de la prêter. On retrouve ce poisson, mais aussi les crevettes et le crabe disposés un peu différemment, dans une grande composition représentant le mois de Mars dont deux exemplaires sont exposés (ill. 6). Figueira ne craignait pas de peindre de grandes natures mortes composées d’un très grand nombre d’éléments. Josefa se montre, là encore, très proche de son père (ill. 7 et 8).


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7. Baltazar Gomes Figueira (1604-1674)
Nature morte avec un bol de fruits et
panier de pâtisseries
, vers 1650
Huile sur toile - 58,5 x 99,5 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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8. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Nature morte avec gâteaux, fleurs,
fromages et panier de fève
, vers 1660
Huile sur toile - 85 x 161 cm
Santarém, Museu Municipal
Photo : Didier Rykner

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9. À gauche, Nature morte de Baltazar Gomes Figueira,
à droite, Nature morte de Josefa de Obidos.
Photo : Didier Rykner

L’accrochage multiplie les rapprochements entre peintures utilisant des éléments similaires, attribuées soit à Figueira, soit à sa fille, soit encore à l’atelier (ill. 9). Les œuvres signées sont toujours ou presque de plus belle qualité, ce qui se vérifie également pour les compositions religieuses.
Parmi ces dernières, l’influence de la peinture sévillane est parfois très évidente, comme cette représentation de l’agneau (ill. 10) – un de ses chefs-d’œuvre - très proche de l’art de Zurbarán. On trouve cependant souvent cette touche de naïveté qui permet, assez facilement, de reconnaître une peinture de Josefa, ou de son atelier. Parfois l’œuvre peut se faire assez violente, comme dans cette figure du Christ après la flagellation, le corps ensanglanté (ill. 11).


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10. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Agnus Dei, vers 1680
Huile sur toile - 85,5 x 105,5 cm
Braga, Irmandade de Nossa Senhora das
Dores e Santa Ana dos Congregados
Photo : Didier Rykner
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11. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Christ flagellé, 1670
Huile sur toile - 111 x 85 cm
Lisbonne, collection Banco de Portugal
Photo :

La fin du parcours est consacré aux grands retables que Josefa multiplia lorsqu’elle prit son indépendance. Pour des raisons de coût et de fragilité, l’exposition n’en montre que peu, mais on en rencontre beaucoup dans les églises d’Obido et de sa région. La marque de Séville y est encore plus prégnante que dans ses œuvres de petite taille (ill. 12).
L’exposition se termine sur plusieurs œuvres de Frei Cipriano da Cruz (ill. 13), sculpteur représentatif du baroque portugais et contemporain de Josefa. Ces grandes figures en bois polychrome montrent comme pour cette dernière l’influence de l’art espagnol.


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12. Josefa de Óbidos (1630-1684)
Christ attaché à la colonne, 1679
Huile sur toile - 218,5 × 150,5 cm
Peniche, Santa Casa da Misericórdia
Photo :
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13. Frei Cipriano da Cruz (vers 1645-1716)
Plusieurs statues de saints en bois polychrome
Photo : Didier Rykner

Il est bon, parfois, de sortir des sentiers battus. Il est regrettable que nos musées s’intéressent finalement si peu à l’art de certains pays étrangers. On se rappelle avec bonheur de l’exposition du Grand Palais consacrée à la Bohème, ou plus récemment à celle du Louvre dédiée à Pinsel (voir l’article). Le Portugal à son tour, incontestablement, mériterait d’être montré à Paris.


Commissaires : Joaquim Oliveira Caetano, Anísio Franco et José Alberto Seabra Carvalho.


Collectif, Josefa de Óbidos e a Invenção do Barroco Português, INCM, 2015, 247 p., 27,50 €. ISBN : 9789722723749.
Nous avons utilisé ce catalogue en portugais, mais nous n’avons pu le lire entièrement. Il semble qu’une édition anglaise va paraître, mais nous n’en avons pas eu la confirmation, ni la date de sortie.


Informations pratiques : Museu Nacional de Arte Antiga, R. das Janelas Verdes, 1249-017 Lisbonne. Tel. : +351 213 912 800. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 6 € (réduit : 3 €).

Site de l’exposition.
Site du musée


Didier Rykner, lundi 13 juillet 2015





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