Don au Louvre d’un tableau de Josefa de Óbidos


22/9/16 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre et Porto, Museu da Misericórdia - Alors que certains renoncent à la moindre difficulté (« c’est trop difficile, on n’y arrivera pas », air connu), d’autres, avec moins de moyens mais beaucoup de passion, réussissent de véritables exploits. C’est ainsi qu’un très beau tableau sur cuivre du XVIIe siècle portugais, par Josefa de Óbidos une femme peintre que les lecteurs de La Tribune de l’Art commencent à connaître, vient de faire son entrée au Louvre. L’histoire de ce don vaut d’être racontée entièrement, car elle est véritablement exemplaire.


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1. Josefa de Óbidos (1630-1684)
La Madeleine réconfortée par les anges, 1679
Huile sur cuivre - 34 x 42 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Sotheby’s
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2. Josefa de Óbidos (1630-1684)
La sainte Famille avec saint Jean Baptiste,
sainte Elisabeth et des anges
, 1679
Huile sur cuivre - 35,2 x 43,1 cm
Porto, Museu da Misericórdi
Photo : Sotheby’s

Nous avions remarqué ce tableau (ill. 1), La Madeleine réconfortée par les anges, au moment de sa présentation à Londres chez Sotheby’s en décembre 2014, en prélude à sa vente le 28 janvier 2015 à New York, où nous avions pu le revoir. Nous l’avions même reproduit dans l’article que nous avions consacré aux enchères new yorkaises (voir l’article).
Un mois plus tard, lors de l’inauguration des Bas-fonds du Baroque (voir l’article), nous croisâmes Philippe Mendes qui nous apprit qu’il avait acheté le tableau pour l’offrir au Musée du Louvre, mais qu’il était trop tôt pour en parler car il devait d’abord trouver des mécènes pour le financer, car il ne pouvait à lui seul payer un tableau qu’il avait acquis pour 269 000 dollars, sans les frais ! Acheter une œuvre sans en avoir les moyens, en espérant trouver ensuite les donateurs qui permettrons de la faire entrer au Louvre, est une gageure qu’il a réussi à tenir, après beaucoup de sueurs froides et de nuits sans sommeil. Incontestablement, le patrimoine français lui doit beaucoup et le Louvre encore plus. L’œuvre vient juste d’être acceptée en don, et fait donc désormais partie des collections nationales.
Les circonstances de son achat pour le musée du Louvre, qui ont été connues très rapidement au Portugal, ont fait couler beaucoup d’encre. Inconnue en France, Josefa de Óbidos est célèbre dans son pays natal, et une rétrospective lui a été consacrée au Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne en juillet 2015 (voir l’article). Le cuivre aujourd’hui au Louvre y était mis à l’honneur, et se révélait comme l’un des chefs-d’œuvre du peintre.

En janvier 2016, soit un an plus tard, le pendant de cette Madeleine passait à son tour en vente à New York (elle provenait du même vendeur). Si l’on peut regretter la séparation d’une paire, c’est sous l’impulsion du même Philippe Mendes, qui soutient à la fois les musées français et les musées portugais (il possède la double nationalité), que le Museu da Misericórdia de Porto a décidé d’acquérir l’œuvre.
Il s’agit d’un musée très récent puisqu’il a ouvert ses portes en 2015. La Santa Casa da Misericórdia de Porto, fondation charitable religieuse et privée, fut créée en 1499 et officie dans le secteur de la santé et de l’éducation. Le fonds du nouveau musée est constitué d’œuvres appartenant à cette institution. Alors que les musées publics portugais ont des crédits d’acquisition extrêmement limités, voire parfois inexistants, le Museu da Misericórdia dispose d’un budget conséquent qui lui permet d’enrichir ses collections. La Sainte Famille avec saint Jean Baptiste, sainte Elisabeth et des anges (ill. 2) a été acquise aux enchères pour 250 000 dollars (sans les frais), soit sensiblement le même prix que le tableau du Louvre. Nous reviendrons, dans un prochain article, sur le Museu da Misericórdia et ses récents achats.


Didier Rykner, jeudi 22 septembre 2016





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