Georges de La Tour, trois « nuits » pour une renaissance


Rennes, Musée des Beaux-Arts, du 18 avril au 17 août 2014.

JPEG - 46 ko
1. Georges de La Tour (1593-1652)
L’Apparition de l’ange à saint Joseph
Huile sur toile - 03 x 81 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/G. Blot

Lorsque le grand public s’interroge sur ce qu’est l’histoire de l’art (une notion pas si facile à définir pour un néophyte), il est possible de répondre en donnant l’exemple de la redécouverte de Georges de La Tour au début du XXe siècle. C’est cette histoire fascinante que cherche à raconter l’exposition-dossier présentée par le Musée des Beaux-Arts de Rennes, profitant de la fermeture pour travaux de celui de Nantes qui lui permet de réunir tous les tableaux à l’origine de cette aventure.

Si l’histoire est bien connue des spécialistes, le visiteur profane - à moins d’avoir lu l’excellent livre de Jean-Pierre Cuzin et Dimitri Salmon paru dans la collection Découvertes Gallimard - l’ignore souvent. Elle est résumée brillamment dans le petit catalogue édité à cette occasion et nous ne rappellerons ici, très succinctement, que son début qui concerne justement les tableaux présentés dans l’exposition.
Si l’historien de l’art Herman Voss est celui qui constitua le premier corpus d’œuvres certaines de La Tour, Guillaume Kazerouni, co-commissaire de ce dossier, rappelle que le premier à avoir retrouvé le nom de La Tour fut un certain Alexandre Joly, un érudit lorrain qui, à partir des archives, reconstitua pour la première fois la figure du peintre. Il est triste que celui qui écrivit : « un jour ou l’autre on découvrira peut-être [...] une toile de cet artiste [...]. Attendons » ne put jamais voir une œuvre du peintre puisque la véritable redécouverte n’eut lieu qu’un demi-siècle après sa mort.

JPEG - 55.4 ko
2. Georges de La Tour (1593-1652)
Le Nouveau-né
Huile sur toile - 76 x 91 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/L. Deschamps

Nantes fut au cœur du processus de réattribution. Deux tableaux y furent repérés par Herman Voss : L’Apparition de l’ange à saint Joseph (ill. 1) et Le Reniement de saint Pierre, et celui-ci, dans une intuition géniale, les rapprocha du Nouveau né de Rennes (ill. 2), comprenant qu’il s’agissait de l’œuvre d’un seul et même peintre.
Certes, les deux tableaux de Nantes étaient signés, mais l’artiste ayant disparu de l’historiographie, les hypothèses les plus farfelues circulaient à leur sujet (le premier fut même attribué à Maurice Quentin de La Tour !).
L’exposition de Rennes permet ainsi la confrontation de ces trois tableaux qui furent les premier La Tour connus, auquel s’ajoute le Vielleur, également à Nantes, dont il est amusant de constater qu’il échappa à l’œil de l’historien de l’art : il s’agit d’une scène diurne et cet aspect de son œuvre restait encore à reconstituer.

À ces œuvres de La Tour, s’ajoutent également sur les cimaises la gravure anonyme représentant un tableau perdu également intitulé Le Nouveau-né (ou Les Veilleuses), que Voss avait aussi publié et deux interprétations plus récente du tableau de Rennes : une petite copie de Maurice Denis appartenant à une collection particulière et la vision toute personnelle qu’en donna François Morellet, Georges de La Tour défiguré, qui appartient aussi à Rennes mais sort de notre champ.
Enfin, deux tableaux complètent cette présentation : Le Reniement de saint Pierre de Gerrit von Honthorst (Rennes) qui répond à celui de La Tour par son sujet et en rappelant l’ambiance caravagesque des œuvres de ce dernier (dont on ne sait toujours pas s’il se rendit en Italie, une hypothèse qui devient de moins en moins crédible avec le temps), et une vue des salles du Musée des Beaux-Arts vers 1900 par un peintre amateur, Édouard-Charles Hulton, où l’on voit (dans un accrochage très serré comme on les aimait à l’époque) le Nouveau-né qui n’était pas encore de La Tour...

Malgré sa petite taille, cette exposition à laquelle se rattachent quelques documents (comme l’article de Voss dont on constate qu’il était extrêmement court) permettra au public de comprendre la renaissance de La Tour tout en admirant les tableaux de Nantes actuellement condamnés à l’ombre des réserves.

Commissaires Guillaume Kazerouni et Adeline Collange, assistés de Camille Bourdiel


Collectif, Georges de La Tour, trois "nuits" pour une renaissance, 2014, 146 p., 12 €, ISBN : 978-2-901430-52-0

Acheter ce catalogue


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20, quai Émile Zola, 35000 Rennes. Tel : +33 (0)2 23 62 17 45. Ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, le mardi de 10 h à 18 h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).

L’exposition s’est tenue à Nantes au passage Sainte-Croix du 6 décembre 2013 au 8 février 2014 (Adeline Collange est conservatrice au Musée des Beaux-Arts de Nantes).


Didier Rykner, jeudi 19 juin 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Le trésor de Naples. Les joyaux de San Gennaro

Article suivant dans Expositions : Érasme Quellin. Dans le sillage de Rubens