Entre Beaubourg et le Louvre, quelle différence ?


Nous pourrions, pour parler de la nomination de Serge Lasvignes à la tête du Centre Pompidou, reprendre exactement l’article que nous avions consacré à l’arrivée de Catherine Pégard à la présidence du château de Versailles en ne le modifiant qu’à la marge. Les deux situations sont à peu près identiques : des personnalités proches du pouvoir, sans aucun passé dans l’administration de la Culture, aucune expérience des musées et pas davantage de compétences dans le domaine concerné (l’art ancien pour Catherine Pégard et l’art des XXe et XXIe siècles pour Serge Lasvignes), nommées à un poste pour lequel ils n’ont aucune légitimité. Une fois de plus, François Hollande démontre que pour ce qui touche à la culture, il n’est guère différent de Nicolas Sarkozy

On lit ici ou là que Catherine Pégard aurait un bilan plutôt positif. Notre objectif n’est pas ici d’examiner celui-ci en détail. Si ce constat est sans doute exact sur certains points (les expositions, par exemple, souvent remarquables comme actuellement celle consacrée à Charles de La Fosse, ou la poursuite des restaurations des décors des plafonds), on ne peut en dire autant sur tout (voir par exemple cet article).
Il est vrai, par ailleurs, que même quelqu’un n’ayant aucune compétence a priori peut dans certains cas se révéler excellent. Nous verrons ce qu’il en sera de ce monsieur Lasvignes dont nous venons juste d’apprendre l’existence.

Mais il faut reconnaître aussi que le comportement de certains conservateurs, lorsqu’ils sont nommés à la tête d’établissements publics, est parfois terriblement décevant. Peut-on vraiment dire que la politique menée par le Musée d’Orsay, notamment celle de location tous azimuts de ses collections (voir cet article), aurait été différente si c’était un énarque qui le dirigeait ? Il faut lire dans la Gazette de l’Hôtel Drouot du 27 février, l’interview surréaliste d’Olivier Simmat, directeur du mécénat « et des relations internationales », que le journaliste a pu interroger « entre deux avions » et qui explique comment ces locations d’expositions sont devenues une des principales sources de revenu du musée. On croirait entendre un directeur marketing d’une société du CAC 40 !
Peut-on vraiment dire, hélas, que la politique du Musée du Louvre, qui consiste à envoyer les réserves à Liévin, installer une boutique de bibelots dans les salles au détriment des œuvres ou abandonner les Rembrandt Rothschild, aurait été différente si c’était un politique qui dirigeait le Louvre ?

Ainsi, ceux qui militent pour mettre à la tête des grands musées des administrateurs plutôt que des scientifiques se voient finalement confortés, puisque certains conservateurs eux-mêmes leur préparent le terrain. On n’est jamais trahi que par les siens. D’après nos informations, le gouvernement réfléchirait discrètement à une modification des statuts du Musée du Louvre qui pourrait à terme être, comme Versailles ou comme le Centre Pompidou, dirigé par un pur technocrate. Il y aura toujours des amis à caser.


Didier Rykner, jeudi 5 mars 2015





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : À Paris, le mécénat va-t-il financer le vandalisme ?

Article suivant dans Éditorial : Saint-Roch : une nouvelle église parisienne en danger sous l’œil indifférent d’Anne Hidalgo