Donation Cligman à Tours : suite et fin


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Château de Tours
Photo : Guillaume Piolle (CC BY 3.0)
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8/4/17 - Musée - Tours, Donation Cligman - Depuis l’abandon heureux de la construction d’une aile sur le jardin du Musée des Beaux-Arts de Tours (voir les articles) qui aurait ruiné définitivement ce lieu magnifique et au moins quatre fois protégé à des titres divers, nous n’avions plus rien dit de cette affaire. Il s’agissait pour la donation de se replier sur le château de Tours mais ce nouveau projet s’était heurté à un autre obstacle, le tout sortant de notre champ : les expositions que le Jeu de Paume de Paris y organisent étaient en effet menacées par l’installation de la donation. Une nouvelle polémique était alors née sur le plan local, les habitants se montrant manifestement très attachés à ces expositions.
C’était sans compter sans un nouveau caprice du donateur : celui-ci faisait en effet savoir, au moment de signer la convention qui le reliait à la ville, qu’il avait de nouvelles exigences1. Il s’agissait ni plus ni moins de privatiser à son profit le château. La collection n’était plus offerte ni à l’État, comme c’était prévu initialement, ni même à la ville, mais à un fonds de dotation mis en place par lui et ses ayant-droits, qui auraient eu un droit de regard sur tout, y compris sur les expositions organisées dans ce monument. Des conditions inacceptables selon le maire qui a cette fois parfaitement bien réagi, refusant catégoriquement de les accepter. Le Jeu de Paume reste au château, et la donation Cligman en part avant même d’y avoir été installée.

Il s’agit d’une évolution excellente pour Tours. On ne sait toujours pas officiellement, près d’un an après le début de cette affaire, ce que contient effectivement la donation Cligman. N’est-il pas inquiétant que la réelle valeur de cette collection ait été si bien cachée, alors que les quelques personnes en ayant eu connaissance soulignent discrètement que son intérêt est très limité (pour ne pas parler des œuvres de Martine Martine, femme du donateur) ? La seule nouvelle à ce sujet, qui avait filtré dans la presse locale (voir cet article de 37°Mag), était l’indication que finalement seules 600 œuvres étaient jugées « muséables » (quel affreux terme) par le ministère de la Culture. Rappelons-nous les chiffres de départ : 1800 œuvres, dont 600 avaient déjà été rejetées en juin 2016 lorsque l’affaire avait été connue. Et depuis, 600 autres œuvres « non muséables » pour n’en garder que 600 ! Combien donc au total, lorsque la donation aurait été concrétisée ? Comment considérer une collection de 1800 œuvres réunie par une personne très riche dont les deux-tiers ne sont même pas dignes d’un musée ?

Tout cela confirme une chose : pour une collection mineure, on allait consacrer beaucoup de moyens de fonctionnement qui allaient forcément grever ceux, déjà insuffisants, consacrés au Musée des Beaux-Arts. La collection Cligman était un cadeau empoisonné pour Tours. Espérons seulement qu’elle ne le devienne pas pour une autre ville.


Didier Rykner, samedi 8 avril 2017


Notes

1Cette information a été relayée par plusieurs journaux locaux comme France-Bleu ou La Nouvelle République.





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