Deux Fra Angelico acquis par le Prado


2/2/16 - Acquisitions - Madrid, Museo del Prado - Ce n’est pas un tableau de Fra Angelico qui vient d’enrichir les collections du Prado, mais bien deux ! Lors de son Grand Tour en Italie, le XIVe duc d’Albe, le jeune Carlos Miguel Fitz-James Stuart y Silva1, se passionna assez tôt pour le Quattrocento et acquit à Florence, en 1817, deux panneaux de cet artiste. Il était conseillé par les sculpteurs José Álvarez Cubero et Antonio Solá, et commanda des tableaux à Ingres. Deux siècles plus tard, son successeur, le XIXe duc d’Albe, vient de céder au Prado la Vierge à la grenade (ill. 1), un panneau très connu du peintre florentin, et de donner Les Funérailles de saint Antoine Abbé (ill. 2), naguère attribué au cercle de Fra Angelico et aujourd’hui reconnu comme de sa main.


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1. Fra Angelico (vers 1395/1400-1455)
Vierge à l’enfant et deux anges,
dite Vierge à la grenade, vers 1426
Tempera sur panneau - 83 x 59 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado

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2. Fra Angelico (vers 1395/1400-1455)
Les Funérailles de saint Antoine Abbé, vers 1426-1430
Tempera sur panneau - 29,2 x 19,5 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado

Cette vente au Prado, pour 18 millions d’euros2, un prix très avantageux pour une œuvre aussi importante (mais qui n’aurait jamais été autorisée à sortir d’Espagne), a pu être faite par le duc d’Albe sans que ses frères aient à donner leur avis (ils ne sont pas ravis si l’on en croit cet article d’El Mundo) grâce aux dispositions testamentaires prises par la duchesse d’Albe, disparue en novembre 2014. Celle-ci avait en effet organisé sa succession, partageant l’essentiel de ses biens entre ses enfants et laissant son fils aîné gérer la fondation familiale, dite Casa Alba. Celle-ci possède notamment une extraordinaire collection de tableaux (voir l’article) accrochée au Palacio Liria (on y trouve des œuvres de Goya, Titien, Véronèse, Greco...). Cette institution privée a le droit de vendre (ou de donner) des œuvres, mais sans que cela profite au reste de la famille. Selon le duc d’Albe, la vente a eu lieu afin de permettre le fonctionnement de la fondation qui manquait de liquidités.

D’après l’examen mené par le musée, la Vierge à la grenade est dans un excellent état de conservation. L’iconographie de la Vierge à l’enfant portant ce fruit est fréquente dans la peinture italienne de la Renaissance : la grenade est un symbole particulièrement fort pour la chrétienté, tout à la fois représentation de l’Église, de la charité mais aussi du sacrifice du Christ. Le Prado conservait déjà une Annonciation de l’artiste, tandis que l’État espagnol a acquis, avec la collection Thyssen en 1993, une autre Vierge à l’enfant. Pour ne pas faire doublon avec les collections madrilènes, celle-ci a été dès cette date mise en dépôt au MNAC de Barcelone. La confrontation des deux panneaux côte à côte devrait être passionnante, car bien que tous deux reconnus comme autographes, ils sont peints de manière assez différente (le tableau barcelonais semblant très légèrement plus faible).
Si aucun retable consacré par Fra Angelico à saint Antoine Abbé n’est documenté, le Houston Museum of Fine Arts conserve un autre panneau de dimensions similaires représentant Saint Antoine Abbé fuyant le tas d’or qui a pu faire partie de la même prédelle que celui qui vient d’entrer au Prado. Son état a nécessité une importante restauration (comme on le voit sur l’ill. 2, notamment sur la droite).


Didier Rykner, mardi 2 février 2016


Notes

1Il n’était pas le fils, mais un parent éloigné, de la célèbre XIIIe duchesse d’Albe, portraiturée par Goya (et sa supposée maîtresse).

2Dix millions sont apportés par l’État espagnol, quatre par les amis du musée et quatre par le musée sur ses fonds propres.





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