Chronique Semaine de l’Art n° 4 : Visite du chantier du département des Objets d’Art au Louvre


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 4 du 30 janvier 2014.

Nous avons eu la chance, avec quelques journalistes, de visiter le chantier du département des objets d’art au premier étage de la Cour carrée du Louvre. Ces salles, qui vont de l’époque Louis XIII à celle de Louis XVI, étaient fermées depuis 2007 pour des raisons de sécurité - les installations n’étaient plus aux normes - et de muséographie considérée comme désuète. Il s’agit là d’un des plus gros chantiers du musée depuis l’ouverture du Grand Louvre puisque les travaux ont coûté 26 millions d’euros, payés uniquement par les fonds propres du musée et par un mécénat provenant de diverses origines. Rappelons tout de même qu’initialement le budget prévu était de 11 millions seulement et que le chantier a dépassé largement ses délais, une première équipe ayant été retenue et – à juste titre d’ailleurs – éjectée du projet.
On sait que le décorateur Jacques Garcia, qui sévit déjà à Versailles, assiste depuis le Louvre dans ces travaux. Très franchement, on se demande pourquoi. On pourrait penser que le musée dispose chez ses conservateurs du savoir faire nécessaire pour les mener à bien. La muséographie, à notre sens, n’est pas affaire de décorateur. Du coup, on a ce à quoi l’on pouvait s’attendre : comme à Versailles où Jacques Garcia sévit également, le faux fait officiellement son entrée au Louvre. Car il s’agit ici de reconstituer des period-rooms, c’est-à-dire de recréer un décor comme il existait dans son lieu d’origine. Ceci est possible lorsque l’essentiel de ce décor subsiste. Mais lorsqu’il n’existe pas, on le reconstitute d’après des documents plus ou moins fiables.

L’ouverture au public est prévu le 6 juin prochain. Compte tenu des délais d’installation des œuvres d’art elles mêmes, cette date semble très proche puisque pratiquement rien n’est encore terminé. Si nous jugerons de l’ensemble après l’inauguration, nous pouvons déjà faire quelques remarques. Positives d’abord : un grand nombre de décors étaient depuis toujours conservés en réserve. Leur révélation au public va faire l’effet d’une véritable redécouverte. Parmi ces décors, notons une chose tout à fait admirable, la reconstitution de la rotonde Callet, c’est-à-dire la mise en place d’un plafond peint par Antoine Callet pour un pavillon de jardin, un rare exemple de peinture de plafond d’époque Louis XVI.
Autre plafond intéressant, celui provenant du Palais Pisani à Venise, autrefois attribué à Giovanni Battista Tiepolo et qui est aujourd’hui donné à l’un de ses suiveurs, Giovanni Scarjario.

En revanche, dans les salles que nous avons vues et pratiquement terminées, certaines reconstitutions sont beaucoup plus discutables. Citons ici le « cabinet » provenant de l’Hôtel Le Bas de Montargis place Vendôme. Sauf qu’ici tout est copié ou inventé à l’exception de trois éléments (deux étaient ancienneemnt présentés dans les salles, un troisième un été retrouvé en réserves et avait conservé, derrière une importante couche de crasse, sa dorure d’origine). Ces trois éléments ne proviennent pas de la même pièce. Le visiteur peu averti aura l’impression de visiter une pièce originale alors que presque tout est faux. Nous avons posé la question de savoir si ce qui est faux serait clairement signalé. On nous a répondu par l’affirmative. Il n’empêche que l’on sait que les visiteurs ne prennent pas toujours le temps de lire les cartels ou de consulter en détail les panneaux explicatifs ou les bornes interactives qui seront installées. Ils auront ici l’impression de pénétrer dans un décor XVIIIe, admireront sans doute les lambris neufs ou les corniches reconstituées en pensant regarder des œuvres authentiques. Est-ce vraiment la mission du Louvre de montrer du faux ? On peut se poser la question. On peut s’interroger également sur les surcoûts provoqués par ces reconstitutions d’ailleurs fort bien faites.

En fin de parcours, les salles sont couvertes de boiseries qui, manifestement, sont entièrement neuves. Là encore, est-ce bien dans les missions du Louvre de créer des salles d’exposition avec un faux décor XVIIIe ?
Très probablement, une fois terminé, l’ensemble sera très beau et plaira beaucoup au public. Mais la question de l’authenticité, dans un musée n’est pas anodine. Rendez-vous début juin pour une critique plus détaillée.


Didier Rykner, jeudi 30 janvier 2014





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