Chronique Semaine de l’Art n° 19 : Le vandalisme à Paris, encore et toujours...


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 19 du 22 mai 2014.

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Démolition des maisons anciennes qui
abritaient la Samaritaine
Photo : Didier Rykner

Alexandre Gady, dans Le Monde, publie aujourd’hui un point de vue qui replace l’affaire de la Samaritaine sur son vrai terrain, celui du droit et de la manière dont certaines grandes entreprises, notamment LVMH, parviennent à obtenir d’une Ville de Paris particulièrement complaisante des dérogations dont un simple particulier serait bien en peine de bénéficier.
Il y a des règles, en l’occurrence un Plan Local d’Urbanisme, pourtant conçu par la ville de Paris elle même, assez bien d’ailleurs. Trop bien peut-être. Dès qu’un projet porté par un investisseur ne convient pas au PLU, on n’adapte pas le projet, on adapte le PLU, faisant ainsi des règles d’exception pour plaire à quelques puissants. Dans le cas de la Samaritaine, Alexandre Gady rappelle ainsi que le PLU a été modifié pour ce projet seulement, ce qui pose de vraies questions de démocratie.

Alexandre Gady écrit : « le maître d’ouvrage bénéficie ainsi de droits que d’autres citoyens ne sauraient obtenir. Cette rupture d’égalité vient rappeler que la ville n’est pas aisément un espace partagé : certains y exercent une forme d’arrogance immobilière et peuvent déguiser une densification sous un geste architectural qui focalise l’attention. » Bref, la Ville de Paris arroge à quelques-uns des droits qu’elle nie à d’autres.
Le président de la SPPEF rappelle également que la loi permet aux associations de faire des recours en justice, un droit légitime, d’ailleurs de plus en plus restreint par l’État, qu’il est inquiétant de voir ainsi remis en question.

A l’affaire de la Samaritaine, s’est ajoutée cette semaine celle de la piscine Molitor, que les lecteurs de La Tribune de l’Art ne pouvaient ignorer puisque nous en avions parlé à deux reprises au moins, dans une émission Patrimoine en question, et dans un article. Nous avions alors dénoncé ce qui pouvait être constaté par tout le monde : la destruction quasi totale d’un monument historique pourtant inscrit. Il était évident alors que la piscine Molitor n’existait plus.
Ce qui a été reconstruit n’est qu’un faux, un pastiche, où quelques pauvres éléments d’origine ont été réemployés comme alibi. Mais les photos que nous avons publiées prouvent que tout cela est une imposture.
Une imposture qui fonctionne, néanmoins. Les journaux ayant rappelé cette disparition totale du monument sont en effet bien rares. La seule polémique ayant surgi est celle sur les tarifs. Or, qu’un hôtel de luxe avec une piscine aux tarifs hors des moyens d’un consommateur ordinaire soit construit à Paris n’est pas forcément gênant. Il y a, par exemple, au Ritz, place Vendôme, une piscine dont les tarifs sont proches de ceux de la nouvelle piscine Molitor. Ce qui est scandaleux c’est d’une part la démolition d’un monument historique, et d’autre part la transformation d’un lieu appartenant à la ville de Paris en espace inaccessible. Et le troisième scandale tient à l’opacité de toute l’opération car si l’on recherche les délibérations du Conseil de Paris, on s’apercevra que les élus ont été bien mal informés, puisqu’on leur promettait des tarifs beaucoup plus abordables pour le bassin d’hiver (4,50 €) et bien que très élevés pour le bassin d’été, beaucoup moins que ceux qui sont désormais mis en pratique.

Pour conclure, les dossiers de la Samaritaine et de la piscine Molitor se rejoignent sur plus d’un point : tous les deux sont portés ou soutenus par la Mairie de Paris, tous les deux aboutissent à des destructions patrimoniales, tous les deux impliquent la construction d’un hôtel de luxe. Pour une mairie qui se proclame socialiste, on avouera que cela fait mauvais genre. On pourra rajouter à ces deux affaires celle de la Poste du Louvre : encore un patrimoine historique malmené et, ô surprise, encore un hôtel de luxe à construire. On proclame partout ne pas vouloir transformer la ville en musée, va-t-on la transformer en hôtel de luxe ?


Didier Rykner, jeudi 5 juin 2014





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