Picasso et Jarry


JPEG - 143.2 ko
Laurent Le Bon, nouveau président du Musée Picasso
© Michael Kambler

Nous ne parlons pas, sur La Tribune de l’Art, des questions de management qui ne concernent pas directement l’histoire de l’art. Nous avions fait une exception pour notre précédent éditorial en renvoyant à l’article de Michel Guerrin évoquant une question qui préoccupe beaucoup de monde dans le secteur des musées : la gouvernance des établissements publics et les méthodes musclées de certains de leurs présidents.

C’est pour cette raison que la nomination de Laurent Le Bon à la tête du Musée Picasso est une excellente nouvelle. Celui-ci - que nous connaissons bien - n’est pas seulement un conservateur brillant qui a remarquablement réussi à la direction du Centre Pompidou Metz où il a notamment organisé de belles expositions. Il possède aussi une personnalité qui devrait, on peut l’espérer, apaiser les tensions délétères qui se sont fait jour ces derniers mois dans un musée dont la réouverture aura finalement lieu en septembre, l’avancement des travaux ne laissant guère d’autre choix.

Car la situation n’est pas loin d’être ubuesque : Anne Baldassari prétend désormais posséder un droit d’auteur sur l’accrochage tel qu’elle l’a conçu ! Dans Le Monde, l’avocat spécialisé Bernard Edelman explique (même s’il le regrette) que cela n’est pas forcément impossible, même pour un fonctionnaire, si l’accrochage est « précis et original ». On imagine ce que serait un pays où les accrochages des musées seraient figés par un conservateur sous prétexte qu’il sont « précis et originaux ». On nage vraiment, et de plus en plus, dans une folie du droit d’auteur que certains qualifient de copyright madness. Ceci est d’autant plus ahurissant que la ministre de la Culture lui a proposé de mener à bien cet accrochage, ce qu’elle a refusé.
Rappelons tout de même que l’ancienne directrice du Musée Picasso, que certains semblent beaucoup apprécier, est aussi la co-commissaire d’une des pires expositions qu’il nous ait été donné de voir : Picasso et les maîtres, ce qui relativise la douleur de son départ. Laurent Le Bon, comme le précise Michel Guerrin, est tout à fait capable de relever ce défi même s’il n’est pas a priori (encore) spécialiste de l’artiste.

Le comportement d’Anne Baldassari (qui, bien que révoquée, n’est tout de même pas à la rue) confirme a posteriori que la décision du ministère était légitime. Elle n’est ni la première, ni la dernière fonctionnaire à perdre son poste, qui d’ailleurs ne lui appartient pas.
Cela n’exonère pourtant pas pour autant le ministère de ses responsabilités. Il ne s’est jamais interrogé sur le montant des travaux et sur la manière dont ils ont été financés (en faisant circuler les collections pendant des années malgré les risques que cela leur faisait courir). Il a laissé édifier un bâtiment qui ne semble pas avoir de permis de construire et sans jamais intervenir. Il a laissé construire une pergola qui défigure une des plus belles façades de Paris et qu’il faudra bien enlever. La nomination de Laurent Le Bon ne clôt donc pas l’affaire du Musée Picasso...


Didier Rykner, vendredi 6 juin 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Qui sera le prochain ?

Article suivant dans Éditorial : Dites non au massacre des Serres d’Auteuil à l’occasion de l’enquête publique