Chantilly : restaurations, expositions, actualité du Musée Condé


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1. Vue du Cabinet d’angle restauré
Chantilly, Musée Condé
Photo : Martine Savart

9/4/14 - Restaurations, exposition - Chantilly, Musée Condé - Les restaurations se poursuivent au Château de Chantilly, notamment dans les Grands Appartements, au premier étage du petit château1, en partie aménagés au début du XVIIIe siècle par Jean Aubert pour Louis-Henri duc de Bourbon, Prince de Condé (1692-1740). Après la Grande Singerie en 2007 et le Salon de Musique en 2012, le Cabinet d’angle a retrouvé en 2013 l’éclat de son décor, les boiseries blanc et or, de style Régence ; le parquet, la voussure en plâtre du plafond, le lustre et les éléments de serrureries ont également été restaurés (ill. 1). On retrouve dans cette pièce un mobilier de Jean-Baptiste Séné ainsi que le bureau plat déposé par Versailles (voir la brève du 19/3/12) et un vase en bronze de Benoit Marrel, offert au duc d’Aumale en 1847, orné d’un bas-relief représentant la Bataille des Amazones d’après Rubens. Les dessus-de-porte qui avaient été retirés à la Révolution, ont par la suite été remplacés par des scènes de batailles que Francesco Giuseppe Casanova et Jean-Baptiste Le Paon avaient peintes pour le Palais Bourbon, illustrant notamment des combats menés par le Grand Condé.

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2. Vue de la Chambre de Monsieur le Prince
en cours de restauration
Chantilly, Musée Condé
Photo : NdA

À côté de cette pièce se trouve la chambre de Monsieur le Prince qui, elle, est en cours de restauration (ill. 2) : les boiseries également exécutées sous la direction de Jean Aubert vers 1720 étaient elles aussi encrassées. Elles ont été déposées, dévoilant la structure des murs ; un linteau par exemple trahit l’existence d’une ancienne porte qui donnait sur une chambre plus petite et plus facile à chauffer. Le parquet, enlevé, révèle des interventions du XIXe siècle. La salle est chauffée par une bouche de soufflage qu’il faudrait, dans l’idéal, déplacer, l’air qu’elle laisse passer abimant les boiseries et les peintures de Huet qui avaient été installées au XIXe siècle, lorsque le château, pillé sous la Révolution, fut réaménagé ; ces cinq toiles ont été restaurées précédemment (voir la brève du 12/2/07). Dans cette pièce se trouve habituellement une commode de Riesener réalisée pour la chambre de Louis XVI à Versailles ; elle reste visible du public, présentée le temps des travaux dans le Salon de musique.

Au rez-de-chaussée, les Petits Appartements ou appartements privés du duc et de la duchesse d’Aumale, ont été aménagés par Eugène Lami. On y trouve la Petite Singerie, restaurée entre 2011 et 2013 (ill. 3) : le décor, peint là encore par Christophe Huet pour la duchesse de Bourbon, décline six scènes, quatre d’entre elles évoquent les saisons, une autre représente une partie de cartes et une dernière montre une singesse à sa toilette ; au plafond, sont illustrées des fables de La Fontaine et dans les angles des camaïeux reprennent le thème des saisons. Les boiseries ont été déposées, et l’on a découvert des restaurations antérieures, notamment un rechampi de couleur sur certaines scènes, qu’il a fallu enlever, tandis que les dorures ont été refaites aux XIXe. Le plafond, - à l’origine peinture à l’huile sur plâtre transposé sur toile – souffrait de repeints. Il a fallu rendre à l’ensemble une homogénéité.


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3. Vue de la Petite Singerie restaurée
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé
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4. Vue du Santuario restauré
Chantilly, Musée Condé
Photo : M.Savart

C’est dans le Santuario, autrement dit le sanctuaire, que sont conservées les perles de la collection du duc d’Aumale (ill. 4). Cette petite pièce hexagonale, ancien cabinet des estampes, présente sur une tenture bleue et sous un éclairage zénithal deux des trois Raphaël conservés2 - Les Trois Grâces et La Vierge de la Maison d’Orléans - accrochés au côté d’un panneau de Filippino Lippi, Esther et Assuerus et de quarante enluminures peintes par Jean Fouquet, extraites du Livre d’heures d’Étienne Chevalier.
Cette pièce a fait l’objet d’une restauration entre 2012 et 2013. La couleur du velours d’origine qui orne les murs a été retrouvé. L’humidité est contrôlée et la lumière naturelle zénithale a été conservée et maîtrisée par un verre isolant.

La campagne de restauration continue en 2014, et s’attaquera à un morceau de choix : la Grande Galerie de peintures. Il est prévu, pour un budget de 2 millions d’euros, de dépoussiérer la toile peinte des murs, de restaurer la verrière et de mettre en place un nouveau système d’éclairage afin d’améliorer la visibilité des œuvres ; le réglage de la température fait également partie des travaux. La restauration des peintures et des cadres, pour un budget de 400 000 euros, se fait par tranches afin de laisser la galerie ouverte. Cette nouvelle campagne de restauration sera financée à parts égales par l’État, et S.A. le prince Aga Khan.


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5. Grand Croix de la Légion d’Honneur,
avec le profil de Henri IV
Au revers inscription « Honneur et Patrie »
La croix est surmontée d’une couronne en or fleurdelisée
Modèle unique : époque Monarchie de Juillet :
du 13 août au 26 août 1830
Or, émail - 10,7 x 7,2, cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMNGP / Michel Urtado
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6. Communiqué officiel. Alger, 2 mars 1848.
Manuscrit autographe in-4 signé H d’Orléans :
En-tête du « Gouvernement général de l’Algérie. Cabinet »
Communiqué dans lequel le duc d’Aumale,
alors gouverneur général de l’Algérie, relaie l’annonce
de la formation d’un gouvernement républicain à Paris.
Chantilly, Musée Condé
Photo : Pierre Bergé et associés

Pour finir, deux expositions sont en cours. L’une, « d’or et d’argent », organisée en collaboration avec le Musée de la Légion d’honneur, s’accompagne d’un catalogue ; elle présente les décorations des princes de Condé et du duc d’Aumale, avec près de soixante-dix objets issus presque tous des collections de Chantilly. Ces décorations, accompagnées de portraits peints et sculptés, racontent le destin des derniers propriétaires de Chantilly : les princes de Bourbon-Condé, Louis-Joseph (1736-1818), Louis-Henri-Joseph (1756-1830), Louis Antoine-Henri, duc d’Enghien (1772-1804), et Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897).
Ordres militaires, religieux et hospitaliers, ordre de chevalerie à caractère dynastique et étatique... Le contexte de leur création et l’évolution de leur iconographie évoquent aussi la grande Histoire. On peut admirer l’ordre du Saint-Esprit réservé à la haute noblesse, tandis que l’ordre de Saint-Louis est récompense militaire, l’ordre de Saint-André de Russie, et celui de Malte, la Toison d’or aussi. Le Musée Condé conserve en outre deux rares exemplaires de croix de la Légion d’honneur : il s’agit du premier modèle de la Monarchie de Juillet (ill. 5). Le duc d’Aumale a quant à lui reçu de nombreux ordres étrangers, jusqu’à l’un des tout premiers exemplaires de la Médaille coloniale avec une barrette « Algérie » en mémoire de ses années en Afrique du Nord.

La seconde exposition « Aumale secret », présentée dans la bibliothèque du château, déploie une trentaine de documents, lettres, ouvrages et manuscrits, tel ce communiqué officiel du 2 mars 1848 - acquis lors de la vente Villepin du 29 novembre 2013 - écrit de la main du duc Aumale alors gouverneur général de l’Algérie, dans lequel il relaie l’annonce de la formation d’un gouvernement républicain à Paris (ill. 6). C’est la fin de la Monarchie de Juillet. Au cours de son exil en Angleterre, il entretient une correspondance avec Laplagne-Barris, homme de confiance, avec lequel il traite d’affaires publiques et privées. Ce fonds, conservé dans la même famille depuis 150 ans et constitué de plusieurs milliers de pièces, a rejoint les collections de Chantilly en 2013 également. Enfin, sa correspondance avec le Comte Gustave de Reiset révèle un aspect plus intime du duc.

Pour finir, l’automne devrait être italien au Musée Condé avec une exposition « Fra Angelico, Botticelli, chefs-d’œuvre retrouvés » conçue autour de la reconstitution des polyptyques italiens dispersés dans le monde entier, du 6 septembre 2014 au 4 janvier 2015.

« Aumale secret, archives inédites du château de Chantilly », du 6 avril au 29 juin 2014, Chateau de Chantilly, Cabinet des Livres. Commissaire : Olivier Bosc.


« D’Or et d’argent. Décorations des princes de Condé et du duc d’Aumale », du 6 avril au 29 septembre 2014, Château de Chantilly, Musée Condé, Galerie de Psyché. Commissaires : Nicole Garnier et Patrick Spilliaert.
Nicole Garnier-Pelle, Patrick Spilliaert, Astrid Grange, D’Or et d’argent. Décorations des princes de Condé et du duc d’Aumale, Monelle Hayo et Société des amis du musée de la Légion d’Honneur, 2014, 120 p., 25 €. ISBN : 978-2-903824-89-1


Informations pratiques : Château de Chantilly, 60500 Chantilly. Tél : +33 (0)3 44 27 31 80. Ouvert tous les jours du 29 mars au 2 novembre, de 10h à 18h. Tarif : 20 € (réduit : 10 €).

English version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 9 avril 2014


Notes

1Petit Château, construit vers 1560 pour le Connétable Anne de Montmorency par l’architecte Jean Bullant.

2Le troisième, la Vierge de Lorette, a longtemps été considéré comme une copie.




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