Béziers souhaitait donner des œuvres du musée des Beaux-Arts


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1. Copie écran de la page Facebook de la Mairie de Béziers
prise le 2 juin dans la matinée

4/6/15 - Inaliénabilité - Béziers, Musée des Beaux-Arts - On aura décidément tout vu. Sur le site Facebook de la Mairie de Béziers, on pouvait lire jeudi matin l’annonce suivante (ill. 1) :

« La Ville propose au don trois monuments funéraires et une colonne torse provenant du cimetière vieux et aujourd’hui situés dans le jardin du Musée des Beaux-Arts hôtel Fayet, 9 rue du Capus. Les œuvres sont sculptées dans la pierre. Les monuments funéraires ne portent aucune inscription et un joli décor. La Ville offre gratuitement ces éléments à charge pour le preneur de les emporter par ses propres moyens. Le jardin est accessible depuis la rue à des véhicules. »

Suivaient quelques informations pratiques pour permettre à ceux qui voulaient se servir d’emporter ces « jolis » monuments.

Jolis, ils le sont. Et même un peu plus comme le montrent les photographies publiées sur Facebook (ill. 1 à 4). Manifestement, deux d’entre eux sont d’une qualité remarquable et datent probablement du XVIIe siècle, tandis que le troisième nous paraît plutôt du XIXe. Quant à la colonne torse, également superbe, elle semble assez ancienne, peut-être du XVIIe siècle. Conservés dans un jardin du musée des Beaux-Arts, labellisé Musée de France (rappelons que le musée est dans deux édifices : l’hôtel Fabrégat et l’hôtel Fayet), ces monuments font évidemment partie de ses collections. Ils sont donc inaliénables, et ne peuvent ainsi ni être vendus, ni donnés, ni cédés à qui que ce soit (sauf à un autre musée de France) et à quelque titre que ce soit


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1. Deux des monuments funéraires que la ville de Béziers
voulait donner (XVIIe siècle ?)
Photo : Ville de Béziers
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3. Monument funéraire (également sur
l’illustration 1) que la ville de Béziers
voulait donner (XVIIe siècle ?)

Nous avons donc appelé la mairie et la DRAC, et le résultat a été immédiat : l’annonce Facebook a été retirée (elle est encore accessible par le cache Google), et nous avons eu successivement un appel de la communication de la ville et de la nouvelle directrice des affaires culturelles. Il en ressort que la municipalité voulant organiser des concerts dans le jardin du musée, ces monuments étaient gênants, d’autant que la colonne torse se fend à sa base et risque de s’écrouler. « Plutôt que de les jeter, nous avons préféré les donner » nous a-t-on dit. La directrice nous a affirmé que désormais tout était interrompu et que les choses allaient être reprises depuis le début. Elle nous a dit également que ces monuments n’étaient pas sur les inventaires du musée (ce qui reste à vérifier).
Nous nous permettrons quelques conseils. La procédure est simple : il faut inventorier ces œuvres, de réelle qualité, les étudier et les restaurer, notamment la colonne puisque celle-ci semble en péril.


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4. Un des monuments que la ville de
Béziers voulait céder (XIXe siècle ?)
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5. Colonne que la ville de Béziers voulait
donner (XVIIe siècle ?)
Photo : Ville de Béziers

La DRAC, qui a contacté la mairie, nous a dit que les élus n’étaient pas au courant de cette affaire. Nous n’en croyons rien, d’autant qu’il y a deux jours, on pouvait lire sur Facebook que c’était l’un des adjoints au maire qui avait mis l’annonce. Et si les élus ne sont pas au courant, deux jours après, de ce que propose la « page officielle de la Ville de Béziers », cela est un peu inquiétant.
On voit ici la conséquence de l’absence de responsable scientifique dans un musée. Car s’il y a bien un conservateur du patrimoine à la tête des musées de Béziers, celui-ci est en arrêt maladie depuis janvier1. Cette décision de donner des œuvres qui se trouvent dans le jardin a donc été prise en son absence, sans que cela gêne quiconque, élu ou fonctionnaire. Fort heureusement, le simple fait que nous prévoyons d’écrire un article a pu tout arrêter. Mais que ce serait-il passé si nous n’avions rien vu ? Nul doute que ces œuvres n’auraient pas été perdues pour tout le monde.


Didier Rykner, jeudi 4 juin 2015


Notes

1Et non septembre comme nous l’avions écrit dans un premier temps (correction du 8/6/15).





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