Après Maastricht, une petite TEFAF ouvre à New York


24/10/16 - Marché de l’Art - New York - La Tefaf1 émigre à New York, mais il n’est pas question de remplacer Maastricht. C’est bien un concept différent que la célèbre foire a inauguré vendredi dernier en privilégiant ici l’art classique, dans un Salon de petite taille mais de haute tenue, en le doublant au printemps par une autre Tefaf consacrée cette fois à l’art contemporain.


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1. Frederic Edwin Church (1826-1900)
Le Mont Newport sur l’Île des Monts Déserts
Huile sur toile - 43,8 x 63,5 cm
Menconi + Schoelkopf Fine Art
Photo : Menconi + Schoelkopf Fine Art
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2. Joseph Wright of Derby (1734-1797)
Une grotte dans le golfe de Salerne,
avec la figure de Julia, bannie de Rome

Adam William Fine Art
Photo : Adam William Fine Art

La plupart des exposants sont des habitués de la Foire de Maastricht, mais on trouvait aussi des nouveaux venus, notamment en art américain. C’est ainsi que la galerie new yorkaise Menconi + Schoelkopf Fine Art montrait de nombreuses peintures du XIXe siècle parmi lesquelles un beau paysage de Frederic Church (ill. 1).
Que l’on y voit - c’est inévitable - des œuvre récemment présentées à Maastricht et à la Biennale des Antiquaires, n’est pas très grave lorsqu’elles sont de qualité. Cela nous permet de revenir ici sur un regret : celui de ne pas avoir reproduit dans notre article sur la Biennale la superbe grotte marine dans le golfe de Salerno peinte par Wright of Derby et exposée chez Adam Williams (ill. 2).


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3. Laurent de La Hyre (1606-1656)
Hercule et Athéna
Huile sur toile - 125,5 x 87 cm
Galerie Coatalem
Photo : Galerie Coatalem
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4. Ludovico Carracci (1555-1619)
Saint Sébastien
Huile sur toile - 151,5 x 112,7 cm
Carlo Orsi-Trinity Fine Art
Photo : Carlo Orsi-Trinity Fine Art

Beaucoup de tableaux, néanmoins, sont des découvertes. Un très beau Laurent de La Hyre proposé par Éric Coatalem, représentant Hercule et Athéna (ill. 3), était jusqu’ici inédit. Dans le domaine de la peinture italienne du Seicento également, les œuvres nouvelles ne sont pas rares2. C’est ainsi que la galerie Carlo Orsi associée à Trinity Fine Art montrait un Saint Sébastien par Ludovico Carracci (ill. 4), à l’attitude clairement inspirée par l’un des esclaves de Michel-Ange, un bel Andrea Vaccaro se voit chez Otto Naumann (qui malheureusement expose ses tableaux sans cadres et sur des fonds de couleur vives), ou encore un grand Saint Paul Ermite par Salvator Rosa, chez Carlo Virgilio (ill. 5).


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5. Salvator Rosa (1615-1673)
Saint Paul Ermite
Huile sur toile - 199 x 188,5 cm
Galleria Carlo Virgilio & Co
Photo : Galleria Carlo Virgilio & Co

Signalons aussi chez French & Company une œuvre absolument incroyable. Son auteur, connu sous le nom de convention de Maître aux Tapis, a récemment été identifié avec Francesco Noletti, peintre né à La Vallette et également surnommé Il Maltese. La photo que nous publions (ill. 6) ne laisse qu’à peine entrevoir la fascinante dextérité de cet artiste qui parvient, avec son pinceau, à reproduire la texture du tapis d’une manière si réussie qu’on croit presque qu’il s’agit de l’objet lui-même. On est ici à la limite du trompe-l’œil. Il s’agit, sans aucun doute, d’un chef-d’œuvre.


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6. Francesco Noletti (vers 1611-1654)
Nature morte au tapis
Huile sur toile - 98,6 x 135,5 cm
French & Company
Photo : French & Company
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7. Ferdinand Knab (1834-1902)
Ruines romaines au crépuscule, 1894
Huile sur toile - 100 x 130 cm
Jack Kilgore & Co
Photo : Jack Kilgore & Co

Le XIXe siècle est également bien représenté, mais nous avons noté moins d’œuvres de premier plan. On se contentera ici de reproduire un tableau de ruines romaines, proposé par Jack Kilgore, par un allemand du nom de Ferdinand Knab (ill. 7) dont nous avouons que nous ne le connaissions pas. L’atmosphère romantique (un romantisme très tardif puisque le tableau date de 1894) et un peu fantastique qui se dégage de la composition témoigne de sa dette envers Friedrich. On ne s’étonnera pas non plus, en voyant cette toile, que cet artiste se soit également illustré dans les décors de théâtre.


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8. Louis Delaville (1763-1841)
Allégorie de l’Éducation
Terre cuite - 37 x 21 x 15,4 cm
Galerie Perrin
Photo : Galerie Perrin
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9. Venise, vers 1400-1420
Saint Jean-Baptiste
Marbre - H. 58 cm
Galerie G. Sarti
Photo : Didier Rykner

On terminera en citant quelques sculptures comme la belle terre cuite du néoclassique Louis Delaville, une Allégorie de l’Éducation qui se trouve à l’entrée de la foire sur le stand de Philippe Perrin (ill. 8), ou le modèle en plasticine pour un relief du Grand Palais par le sculpteur marseillais Auguste Carli. Ou, enfin, en remontant dans le temps, un Saint Jean-Baptiste vénitien du début du XVe siècle, en marbre, sur le stand de Giovanni Sarti (ill. 9).
Cette diversité, de la Renaissance italienne au XIXe siècle français, est d’ailleurs encore plus grande que notre article ne peut le laisser penser. Outre les objets d’art dont nous aurions pu parler - une acquisition par un musée Canadien était exposée, nous y reviendrons dans les prochains jours - les stands dédiés à l’Antiquité (qui sortent de notre champ) ne semblaient pas moins intéressants.

L’objectif était clair : aller chercher les acheteurs américains chez eux alors qu’ils se rendent de moins en moins en Europe3. Il semble que le pari soit en passe d’être gagné puisque les visiteurs (riches, et même souvent très riches) se pressaient lors de l’inauguration. Des œuvres étaient vendues dès le premier jour, mais certains marchands attendaient encore la concrétisation de plusieurs touches. Il faut attendre encore un peu pour savoir si le succès commercial sera au rendez-vous.


Didier Rykner, lundi 24 octobre 2016


Notes

1Rappelons que TEFAF signifie The European Europe Fair. Elle porte donc mal son nom ici.

2Sauf erreur de notre part, toujours possible, ces toiles ayant pu être montrée dans une foire précédente sans que nous les remarquions.

3Signalons à ce propos un point qui nous a été confirmé sur place : l’état d’urgence instauré en France, dont l’utilité reste à prouver, dissuade fortement les Américains (et les Japonais) de venir en France car beaucoup de compagnies refusent d’assurer les touristes voyageant dans un pays où cette mesure est décrétée. Le gouvernement se plaint de la baisse du nombre de touristes tout en les faisant fuir…





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