Anne Hidalgo favorable à l’open data : et les photos d’œuvres ?


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Jules Jollivet (1794-1871)
Évangélistes
Décor de la chapelle Saint-Louis
Peinture à la cire sur le mur
Paris, église Saint-Louis-en-l’Île
Photo : Didier Rykner

Anne Hidalgo, nouvelle maire de Paris, est favorable à l’open data comme l’un de ses innombrables communiqués de presse nous l’apprend fièrement. On y lit ainsi qu’ « à partir du 17 avril 2014, tous les marchés publics de la Ville de Paris comportent une clause open data […] obligeant le futur prestataire à libérer les données produites dans le cadre de l’exécution du marché auquel il répond ». Formidable, on ne peut qu’être absolument en phase (pour une fois) avec elle.

Seul petit problème, qu’elle ne connaît peut-être pas, mais dont nous sommes ravi de l’informer : toutes les photographies des œuvres des musées (et des églises) de la capitale sont gérées par la Parisienne de Photographie, société d’économie mixte de la ville, qui a l’exclusivité de leur distribution et les vend aux éditeurs d’art à des prix qu’on peut qualifier de très élevés. Un exemple : cela va de 76 €HT par photographie pour 1/8e de page ou moins, à 168 €HT pour une pleine page (pour un tirage de 1000 à 2500 exemplaires)… Sans compter une illustration de couverture : 404 €HT !

Cette pratique est non seulement absolument opposée au principe de l’open data telle que le défend Mme Hidalgo (rappelons que cet anglicisme désigne le fait pour une collectivité de « mettre à disposition sur internet les données que ses administrations utilisent ou produisent de façon gratuite ») mais elle est aussi très discutable. Elle consiste en effet, dans bien des cas, à vendre des photographies qui ne sont pas soumises au droit d’auteur : d’une part, les œuvres qu’elles reproduisent sont tombées dans le domaine public, et d’autre part les photographies sont de simples reproductions, sans « originalité » qui ne relèvent donc pas du droit d’auteur tel qu’il est défini par la loi (et qui comprend obligatoirement la notion d’originalité1).

Bref : nous attendons avec impatience qu’Anne Hidalgo mette en vigueur dans tous les domaines, y compris dans celui de la culture, son amour immodéré (et vertueux) pour l’open data


Didier Rykner, vendredi 25 avril 2014


Notes

1Pour tous ceux qui en douteraient, nous renvoyons à cet instructif article de Numérama.





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