Venise envahie par les publicités géantes


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1. Venise, Piazza San Marco
Publicité Trussardi
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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L’affaire fait grand scandale en Italie et une pétition internationale a été lancée par le Comité Britannique pour la Préservation de Venise, adressée au ministre italien de la Culture Sandro Bondi et signée par de prestigieuses personnalités du monde de l’art1 : la Cité des Doges est désormais envahie par de grands panneaux publicitaires, affichés sur les façades en cours de restaurations. Les annonceurs, appelés « sponsors », changent au cours du temps mais le scandale risque d’être permanent puisque certains échafaudages vont rester en place pendant trois ans et que de nouveaux chantiers s’ouvrent régulièrement.
Place Saint-Marc, le visiteur non rebuté par l’acqua alta est donc accueilli par une publicité pour Trussardi (ill. 1) tandis que sur la Piazzetta c’est James Dean qui s’affiche avec une publicité pour Guess (ill. 2). Il y a quelques semaines, au même emplacement, on pouvait voir un immense John Travolta, « Professional pilot » qui vantait les mérites des montres Breitling2.


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2. Venise, Piazzeta San Marco face au Palazzo Ducale
Publicité Trussardi
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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Sur le Palais Ducal, encerclant littéralement le Pont des Soupirs qui n’est pourtant même pas en restauration, c’est la Banca Monte dei Paschi di Siena (ill. 3 et 4) qui fait sa promotion, une publicité qui remplace celle de Coca-Cola que l’on pouvait voir il y a peu encore au même endroit. Selon le Giornale dell’Arte, l’emplacement est vendu 40 000 € par mois, soit « moins qu’une page de publicité dans un grand quotidien national. »


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3. Venise, Palazzo Ducale
Publicité Monte dei Paschi de Sienne
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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4. Venise, Palazzo Ducale et Pont des Soupirs
Publicité Monte dei Paschi de Sienne
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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5. Venise, Chiesa della Salute
Publicité ENI
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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Tout le Grand Canal est concerné, jusqu’à la prestigieuse Salute embrigadée par la banque Eni (ill. 5), une société particulièrement active dans cette pollution visuelle. On la retrouve en effet sur la façade du Palazzo Giustinian Lolin (ill. 6), juste en face de l’Accademia qui attend elle-même son « sponsor » à moins que l’on ne soit entre deux campagnes d’affichages (ill. 7). Dès l’arrivée à Venise par le train, le visiteur avait été accueilli, en face de la gare, par la vision de l’église San Simeon Piccolo recouverte d’une affiche célébrant les bijoux Nomination (ill. 8).
Impossible donc d’échapper à cette pollution visuelle, d’ailleurs parfaitement illégale comme le souligne le Giornale dell’Arte, bien qu’elle ait obtenu l’aval de la Soprintendenza ai Beni Architettonici e Paesaggistici et de la ville de Venise. En Italie aussi, on se demande parfois à quoi sert la législation des monuments historiques.


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6. Venise, Palazzo Giustinian Lolin
Publicité ENI
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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7. Venise, Galleria dell’Accademia
En attente de publicité
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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La fin justifie-t-elle les moyens et peut-on accepter ce type de dérive sous prétexte de permettre la restauration de monuments insignes ? Le gouvernement de Berlusconi, qui a diminué de manière drastique les subventions de l’Etat pour le patrimoine, porte évidemment la première responsabilité de cette situation. Le « mécénat » tend ainsi à remplacer les fonds publics avec toutes les dérives qu’une telle pratique non encadrée peut susciter. Pourtant, d’autres solutions sont possibles et certaines sociétés acceptent de financer des restaurations en ayant leur nom de manière plus discrète sur les bâches recouvrant les échafaudages.


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8. Venise, Chiesa San Simeon Piccolo
Publicité Nomination
17/10/10
Photo : Didier Rykner
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9. Florence, Palais donnant sur la place de la
Plazza della Signoria, en cours de restauration
16/10/10
Photo : Didier Rykner
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A Florence, comme le raconte encore le Giornale dell’Arte, la société de supermarché Esselunga avait essayé l’année dernière de mettre une affiche sur le Ponte Vecchio mais celle-ci avait été retirée presque immédiatement face au tollé que cela avait suscité, le maire de la ville s’y étant d’ailleurs fortement opposé. Actuellement, un palais donnant sur la Plazza della Signoria est en cours de restauration mais aucune publicité ne vient la dénaturer (ill. 9), la bâche se contentant de reproduire la façade. Espérons que la mobilisation internationale viendra à bout de cette attaque sans précédent sur un site classé au patrimoine mondial.

English version


Didier Rykner, dimanche 17 octobre 2010


P.-S.

Voir le courrier envoyé par Gérard-Julien Salvy, Consul honoraire de France à Venise, qui confirme que ces panneaux publicitaires recouvrent souvent des façades sur lesquelles n’ont lieu aucun travaux.


Notes

1On y trouve notamment les noms de Norman Foster, de Mark Jones, directeur du V&A, Neil MacGregor, directeur du British Museum, Mikhail Piotrovsky, directeur de l’Ermitage, Martin Roth, directeur des Musées d’Etat de Dresde... Voir cet appel sur le site Venice in peril.

2Photo publiée par le Giornale dell’Arte d’octobre 2010.





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