Une toile de Joseph-Nicolas Robert-Fleury acquise par Langres


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Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890)
Sujet tiré de la vie de Ribera, 1838
Huile sur toile - 74,5 x 83 cm
Langres, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Musée d’Art et d’Histoire

26/5/15 - Acquisition - Langres, Musée d’Art et d’Histoire - Ribera est depuis quelque temps sous le feu de l’actualité. Il va y revenir bientôt dans nos colonnes (une restauration, et une acquisition à venir), mais c’est sous un angle plus anecdotique, pas moins intéressant cependant, que nous parlerons aujourd’hui de ce peintre espagnol. Le Musée d’Art et d’Histoire de Langres a en effet acquis, auprès de la galerie Ana Chiclana à Madrid, un tableau de Joseph-Nicolas Robert-Fleury, daté de 1838 et exposé au Salon de 1840 sous le titre Sujet de la vie de Ribera, représentant le jeune Ribera entouré de membres du clergé, d’un mendiant et de deux enfants.

L’œuvre est notamment intéressante pour la fortune en France de l’artiste espagnol. Si ses peintures influencèrent les français, on pense surtout à des tableaux de la seconde moitié du siècle, tels ceux de Léon Bonnat ou de Théodule Ribot. Ribera était pourtant bien connu depuis le XVIIIe siècle en France, où une série de dix-huit eaux-fortes gravées d’après ses toiles circulait largement ; beaucoup de ses peintures, au début du XIXe siècle, étaient pourtant attribuées à d’autres artistes espagnols1.
L’acquisition de Langres montre le jeune Ribera entouré par des membres du clergé (qui seront ses commanditaires) et par un vieux mendiants et des enfants des rues qui seront ses modèles. La scène se déroule-t-elle en Espagne ou à Rome ? L’âge du peintre, qui ne semble pas avoir dépassé les quinze ans, ferait pencher pour la première hypothèse, l’architecture étant impossible à identifier en supposant qu’il s’agisse d’un édifice existant.
La même année 1840, Robert-Fleury présentait également une Scène de la vie de Murillo. Cet intérêt pour la peinture ibérique doit sans doute être mis en rapport avec l’ouverture au public, le 7 janvier 1838 au Louvre, de la galerie espagnole de Louis-Philippe.

Cette œuvre vient, notamment avec le Giotto dans l’atelier de Cimabue de Jules Ziegler et les deux Fra Angelico dans son atelier de Michel Dumas (voir la brève du 7/4/15), témoigner au Musée de Langres de l’intérêt des peintres du XIXe siècle pour la vie de leurs prédécesseurs. Si l’on ne peut en faire une règle absolue2, il est amusant de constater qu’ici, Ziegler et Dumas, élèves d’Ingres, s’intéressent aux primitifs italiens, tandis que le romantique Robert-Fleury leur préfère le « réaliste » Ribera.


Didier Rykner, mardi 26 mai 2015


P.-S.

Comme le signale Jérôme Montcouquiol dans un commentaire, sans doute la présence à Langres du grand Jésus parmi les docteurs jusqu’au 31 mai à Strasbourg dans l’exposition sur l’Apostolado, a-t-il joué dans la décision d’acquérir ce tableau.


Notes

1Voir le catalogue de l’exposition Manet Velazquez. La manière espagnole au XIXe siècle, p. 348, notice de Deborah L. Roldan.

2Ziegler fut également influencé par la peinture espagnole et le caravagisme.





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