Une toile d’Odevaere pour le Musée Groeninge


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Joseph Denis Odevaere (1778- 1830)
Narcisse
Huile sur toile - 172 x 109,5 cm
Bruges, Groeningemuseum

9/7/15 - Acquisition - Bruges, Groeningemuseum - Narcisse est souvent représenté allongé au bord d’une eau dans laquelle il a plongé, son regard, pour admirer son reflet. Or Joseph Denis Odevaere choisit de le montrer presque debout et de face, offrant aux yeux du spectateur la beauté idéale empruntée aux sculptures antiques d’un corps juvénile, dont la blancheur est mise en valeur par un drap bleu et des bois sombres. Accompagné de deux chiens, il a posé son carquois et ses flèches, et s’agrippe à une branche. Il semble vouloir entrer dans l’eau ou se pencher pour boire et s’y rafraîchir plutôt que pour s’y mirer. Fidèle au récit d’Ovide, davantage qu’à la version de Pausanias, le peintre choisit d’illustrer ce moment où le fils de Céphise et de Liriopé, qui n’a pas encore aperçu le reflet de son visage, s’approche d’une source pour s’abreuver après une ardente journée de chasse. C’est l’instant où tout va basculer, il va voir son image, en tomber amoureux, et rester à le contempler et se laisser mourir de langueur, désespérant de ne pouvoir la saisir.
On retrouve le choix de ce moment chez François Lemoyne, tandis que Poussin a traduit la langueur mortifère de Narcisse. Parmi les contemporains néoclassiques d’Odeveare, Charles Thévenin ou le Russe Karl Bryullov préfèrent la contemplation amoureuse.

C’est le Musée Groeninge qui a acquis ce tableau, adjugé 93 750 dollars lors de la vente Sotheby’s organisée le 29 janvier 2015 à New York. L’œuvre fut exposée au Salon de Paris en 1820 et au Salon de Gand la même année. Elle fut en outre gravée par Pierre-Jean de Vlamynck (1795-1850) qui travailla dans l’atelier du peintre et reproduisit ses peintures au burin.
Né à Bruges et mort à Bruxelles, Odevaere se forma à l’Académie de Bruges. Il se rendit à Paris pour travailler dans l’atelier de Suvée puis dans celui de David à partir de 1801. Il gagna le grand prix de Rome avec La Mort de Phocion (Paris École national des Beaux-Arts) et passa donc quatre ans en Italie, où il fut influencé, comme en témoigne cette toile, par l’Antiquité.

Narcisse vient rejoindre au Musée Groeninge d’autres œuvres de l’artiste, quelques dessins ainsi que Lord Byron sur son lit de mort


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 9 juillet 2015





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