Une miniature acquise par Fontainebleau


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Jacques-Joseph de Gault (1738- après 1812)
Allégorie de l’élévation à l’Empire :
Napoléon couronné par les dieux de l’Olympe
, 1804-1805
Miniature sur ivoire - D. 8,1 cm
Fontainebleau, Musée Napoléon Ier
Photo : Musée Napoléon Ier

14/10/16 - Acquisition - Fontainebleau, Musée Napoléon Ier - C’est une miniature sur ivoire totalement inédite que le Musée Napoléon Ier a récemment acquise1. Réalisée par Jacques-Joseph de Gault, elle représente une Allégorie de l’élévation à l’Empire : Napoléon est couronné par les dieux de l’Olympe, avec cette légende dans la partie inférieure : « Felicitas publica, 1804 ».

L’œuvre a été achetée à la galeriste Nathalie Lemoine-Bouchard, elle-même auteur d’un ouvrage sur les peintres de miniatures2 dans lequel elle n’est pas répertoriée. Jacques-Joseph de Gault est réputé pour ses peintures en grisaille imitant des camées en onyx notamment, comme c’est le cas ici. La scène mythologique se déploie sur un fond rouge : au centre, Minerve trône, sa chouette à ses pieds. Elle est casquée et armée de son bouclier orné de la tête de Méduse. Elle tient sur ses genoux un grand médaillon sur lequel est représenté Napoléon de profil dans la tradition des portraits d’empereurs romains. Il fait écho à un autre portrait de Napoléon Bonaparte réalisé plus tôt par Gault qui le dépeint, encore Premier Consul, dans un ovale, de profil, et cherche comme ici à imiter un camée en onyx sur fond rouge.
La déesse est entourée de trois allégories : la Justice, qui brandit un glaive et une balance, la Prudence qui regarde dans son miroir, et la Victoire ailée, une palme dans une main, une couronne de lauriers dans l’autre, qu’elle élève au-dessus de l’effigie de Napoléon. Contrairement à ce que la légende de l’image pourrait laisser croire, la Félicité ne fait partie des allégories représentées ; elle est en général incarnée par une femme portant un caducée et une corne d’abondance.
Les figures féminines sont placées d’un côté, les masculines de l’autre. Le portrait du nouvel empereur est ainsi pointé du doigt par Hercule vêtu - c’est beaucoup dire - de la dépouille du lion de Nemée, et muni de sa massue, par Apollon également, sa lyre sous le bras, tandis que Neptune présente son trident par le manche, les dents vers le bas, allusion sans doute à l’espoir d’envahir l’Angleterre. En effet, comme le rappelle Christophe Beyeler, la Grande Armée campe sur le littoral de la Manche jusqu’en août 1805.
Surplombant la scène, Jupiter et Junon dans les nuages sont accompagnés de leurs oiseaux respectifs, l’aigle et le paon. Jupiter tend une couronne au dessus du portrait de Napoléon. Ce n’est plus une monarchie de droit divin, mais un empereur couronné par l’Olympe.
La composition est soigneusement équilibrée et joue sur la répétition de motifs : deux oiseaux, deux couronnes et puis l’ovale du médaillon qui fait écho à celui du miroir et du bouclier, tandis que les lignes énergiques du glaive, de la lance, du trident et de la palme renforcent l’éloquence des gestes des différents personnages.

Peut-être Jacques-Joseph de Gaul s’est-il inspiré de la célèbre tasse Farnèse illustrant les bienfaits non de l’Empire mais de la crue du Nil. Les points communs sont là : ce grand camée de forme ronde est taillé dans du sardonyx et orné à son revers d’un visage de Gorgone.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, vendredi 14 octobre 2016


Notes

1Nous remercions Christophe Beyeler pour les informations qu’ils nous à données, à partir desquelles cette brève est rédigée.

2Nathalie Lemoine-Bouchard, Peintres en miniature actifs en France 1650-1850, Éditions de l’Amateur, Paris, 2008.





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