Serres d’Auteuil : nouvelle reprise des travaux, mais rien n’est encore perdu


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Les serres chaudes en cours de destruction
par la FFT (état le 10/10/16)
Photo : Didier Rykner

14/10/16 - Patrimoine - Paris, Serres d’Auteuil - Ce serait presque comique si n’était pas en jeu le jardin des Serres d’Auteuil. Ce serait presque à suivre comme un match de tennis si le comportement de la FFT ne nous avait pas dégouté définitivement de ce sport.
Le juge du tribunal de grande instance s’est rétractée aujourd’hui et a autorisé la reprise du chantier pour l’extension de Roland-Garros. Mais dans cette affaire, où les retournements sont presque quotidiens, rien n’est encore perdu pour les associations de défense du patrimoine. Car lundi aura lieu une nouvelle audience du TGI qui aura un double objectif : fixer le calendrier de la procédure sur le fond (rappelons qu’il s’agit de l’atteinte au droit moral de Jean-Camille Formigé) et obtenir à nouveau une interruption des travaux. Cette procédure était prévue, mais la mise en œuvre rapide des destructions par la FFT avait incité l’avocat des descendants de Formigé, Me Zagury, à demander la semaine dernière une interruption qui avait surtout pour objectif de tenir jusqu’à l’audience de demain.

Celui-ci a fort à faire car la FFT, qui a pris comme conseil le cabinet Gide Loyrette Nouel, a une force de frappe sans commune mesure avec les descendants de l’architecte et les associations. Plusieurs avocats planchent sur cette affaire, et ils n’hésitent pas à sortir les arguments les plus douteux. Le dernier en date est la jurisprudence dans le procès entre Jean Nouvel et la Philharmonie, qui date du 5 septembre dernier, où le tribunal des conflits a décidé que si le jugement de l’atteinte ou non au droit moral revient bien au tribunal de grande instance, celui de la modification des travaux est du ressort du tribunal administratif.
Ce que feignent simplement d’oublier les avocats de la FFT (et il faut souhaiter que les juges du tribunal de grande instance ne s’y laisseront pas prendre), c’est que les deux affaires sont bien différentes : d’une part le stade à construire sur les Serres d’Auteuil n’est pas un bâtiment public, mais un bâtiment privé, construit par une association de droit privée, et que d’autre part il n’est pas question ici de modifier un bâtiment pour respecter le droit moral, mais bien de ne pas le dénaturer en partie.

De manière assez scandaleuse, la justice française n’oblige jamais la puissance publique à remettre dans l’état initial un lieu détruit une fois que le vandalisme a été réalisé, même si le jugement final lui est défavorable. Mais, encore une fois, le court de Roland-Garros n’est pas public. La FFT prend donc un grand risque en poursuivant les travaux malgré les procédures en cours : celui de devoir remettre en état l’ensemble, c’est-à-dire remplacer tous les arbres rares et reconstruire les serres chaudes et les serres techniques.


Didier Rykner, vendredi 14 octobre 2016





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