Une Crucifixion d’Adrien Sacquespée préemptée par le Musée des Beaux-Arts de Rouen


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Adrien Sacquespée (1629-1692)
Christ en croix, 1656
Huile sur toile - 83 x 49 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s

1/4/14 - Acquisition - Rouen, Musée des Beaux-Arts - C’est une préemption comme on les aime que vient de faire aujourd’hui le Musée des Beaux-Arts de Rouen à la vente de tableaux anciens et XIXe chez Christie’s Paris. Car on espérait qu’elle aurait lieu, tant l’œuvre était intéressante pour ce musée et l’histoire de la peinture rouennaise, et d’un prix abordable (elle s’est vendue 14 000 € sans les frais). Il s’agit d’une Crucifixion d’Adrien Sacquespée, signée et datée 1656.

On connaît moins d’une vingtaine de tableaux de cet artiste né à Caudebec-en-Caux et qui a été étudié assez longuement par Éléonore Georges-Picot dans le catalogue de l’exposition de 1984 « La peinture d’inspiration religieuse à Rouen au temps de Pierre Corneille ». On trouve ses œuvres essentiellement dans les églises normandes et au Musée des Beaux-Arts de Rouen qui en conservait six avant l’acquisition de ce Christ en croix. Celui-ci n’était pas tout à fait inédit puisqu’il était cité (mais non reproduit) comme une redécouverte récente en collection particulière dans l’essai que Diederik Backhuÿs consacre à la peinture à Rouen au XVIIe siècle du catalogue de la récente rétrospective Nicolas Colombel.

Cette toile de 1656, l’une des premières connues de l’artiste1, détonne dans la production française de l’époque. Elle évoque davantage la première moitié du siècle, les années 1630 plus précisément, avec une certaine influence de Simon Vouet mais dans un style plus expressionniste. Cela semble témoigner d’un certain retard de l’art de Sacquespée sur la peinture parisienne. Les œuvres postérieures, comme Saint Bruno en oraison de 1671 ou Chartreux ensevelis sous la neige de 1670-1675 (les deux sont au Musée des Beaux-Arts de Rouen) se rapprochent davantage, toujours donc avec un certain décalage, de l’atticisme parisien. Ce caractère « provincial » n’est en rien synonyme de médiocrité. Les tableaux cités, tout comme le grand Martyre de saint Adrien, également au Musée des Beaux-Arts de Rouen, ou celui qui vient d’entrer au musée, font d’Adrien Sacquespée un excellent peintre.

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Didier Rykner, mardi 1er avril 2014


Notes

1D’après la biographie du peintre dans le catalogue de 1984 cité, si les premières œuvres retrouvées de Sacquespée datent de 1651, d’importants repeints empêchent de reconnaître sa facture.





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