Un Zurbarán et un Champaigne offerts au Seattle Art Museum


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1. Francisco de Zurbarán (1598-1664)
La Fuite en Egypte, 1630-1635
Huile sur toile - 150 x 159 cm
Photo : Seattle Art Museum

23/12/11 - Acquisitions - Seattle, Art Museum - Deux peintures d’importance ont rejoint les cimaises du Seattle Art Museum, offertes par le collectionneur Bamey A. Ebsworth. Il s’agit d’un fractional gift, une forme originale de don : le collectionneur cède à un musée la propriété d’une partie de l’œuvre (et bénéficie de déductions fiscales) et conserve temporairement le reste. La totalité de l’objet appartiendra au musée soit au bout de dix ans, soit à la mort du donataire si celui-ci décède avant cette période. Les deux tableaux, La Fuite en Egypte de Francisco Zurbarán (ill. 1) et La Visitation de Philippe de Champaigne (ill. 2), exposés au musée depuis le 21 décembre, y seront donc présentés pendant trois mois au moins chaque année, le collectionneur pouvant les récupérer, le reste du temps (à moins qu’il ne décide de les laisser en dépôt).

La Fuite en Egypte de Zurbarán, mentionnée par Odile Delenda dans son catalogue raisonné1 date des années 1630-1635 environ. L’œuvre séduit par le raffinement des couleurs, la sobriété de sa composition triangulaire qui met en valeur des figures monumentales animées par le jeu des drapés. Le peintre traite le thème avec une certaine originalité puisque la fuite en Egypte est en général prétexte à représenter des personnages perdus dans un paysage, ici au contraire, ils envahissent tout l’espace. Plusieurs copies de ce tableau sont connues, l’une du Péruvien Joaquin Urreta est signée et datée de 1767, une autre est conservée à l’Ashmolean Museum. Une version conservée au Musée des Beaux-Arts de Besançon, qui présente des différences avec celui de Seattle (notamment dans le paysage à l’arrière-plan), était attribuée jusqu’à présent à Zurbarán ou à son atelier. Selon Odile Delenda, la réapparition de la toile aujourd’hui à Seattle confirme les doutes sur ce tableau. Elle souligne que la scène est plus anecdotique et moins réaliste, que les personnages sont moins monumentaux, plus menus, et les volumes moins marqués. Elle l’attribue donc au Maître de Besançon, un maître de convention actif à Séville vers 1630-1640, qu’elle a créé et auquel elle restitue vingt-sept tableaux.

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2. Philippe de Champaigne (1602-1674)
La Visitation, vers 1643
Huile sur toile - 122,4 x 97,8 cm
Seattle, Art Museum
Photo : Wildenstein Gallery

La Visitation provient de la chapelle Tubeuf de l’église de l’Oratoire à Paris2 où Philippe de Champaigne peignit tout le décor : sur l’autel se trouvait la Nativité aujourd’hui au Palais des Beaux-Arts de Lille, au plafond L’Assomption de la Vierge conservé au Musée Thomas-Henry à Cherbourg et sur les murs latéraux un Songe de Joseph aujourd’hui perdu et cette Visitation3. On connaît plusieurs versions de ce sujet par l’artiste ou par son atelier, en pied, notamment au Musée d’Art et d’Histoire de Genève et à Villeneuve-lès-Avignon. Une autre peinture passée en vente chez Christie’s le 7 juillet 1995, a un format horizontal, présente l’image en sens inverse, et le peintre a ajouté à droite une troisième figure masculine.

Signalons enfin pour conclure que ce très beau tableau, qui avait déjà appartenu à la galerie Wildenstein, avait été acquis par le Pasadena Art Museum (devenu depuis le Norton Simon Museum) et vendu en 19684, nouvel exemple qui devrait plaider en faveur de l’inaliénabilité des œuvres muséales.

English version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges et Didier Rykner, vendredi 23 décembre 2011


Notes

1Odile Delenda, avec la collaboration de Almuden Ros de Barbero, Zurbarán. Los conjunto y el obrador, volumen II, Wildenstein Institute, 2010, pp. 298-300.

2L’église, rue Saint-Honoré à proximité du Louvre, est aujourd’hui un temple protestant.

3Nous tirons ces informations de la notice de Joseph Baillio dans le catalogue de l’exposition The Art of France, New York, Wildenstein Gallery, 2005, dont nous avions fait une recension ici-même (voir l’article). Notons, sans vouloir ranimer la polémique entre Moana Weil-Curiel (voir l’article) et José Gonçalves (voir sa réponse) que dans le catalogue de Philippe de Champaigne de ce dernier consultable en ligne ici, cette Visitation a pour historique : « Chapelle Tubeuf, dans l’église de l’oratoire, rue Saint Honoré à Paris » mais que la notice explique : « Cadré en demi-figures, ce qui l’exclut du décor pour la chapelle Tubeuf comme cela a prévalu jusqu’à ce jour, dont les trois autres tableaux sont en pied ; c’est d’ailleurs une réduction, simplifiée, de la Visitation de ce décor », ce qui manque pour le moins de rigueur. On ne comprend d’ailleurs pas comment l’auteur peut écrire que les autres tableaux de ce décor sont en pied, puisque le Songe de saint Joseph est perdu, si l’on ne constate pas qu’il affirme ailleurs que le tableau de ce sujet de la National Gallery serait celui de la chapelle Tubeuf.

4Remarquons encore que José Gonçalves indique comme dernier élément d’historique de ce tableau : « puis Wildenstein, Passadéna »...





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