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Un décor du XVIIe siècle retrouvé dans l’église de Retiers


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1. Chœur de l’église de Retiers (le tableau du centre
est actuellement dans l’exposition de Saint-Malo - ill. 2)
Photo : Didier Rykner
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Les maires qui prétextent l’impossibilité financière de restaurer leur église ou les œuvres d’art qu’elles contiennent, voire qui veulent les démolir, devraient regarder ce que réalisent certaines petites communes conscientes de leur responsabilité. Elles ne sont que les héritières de ce patrimoine et leur rôle est de le transmettre aux futurs générations, ce qu’a bien compris la municipalité de Retiers en Ille-et-Vilaine, à une quarantaine de kilomètres de Rennes.
L’exemple est d’autant plus significatif que l’on se trouve ici dans une église dont l’intérêt est majeur, mais qui n’est pas protégée monument historique. Cette absence de protection, bien qu’il s’agisse d’un édifice ancien, s’explique par les modifications apportées au XIXe siècle qui, loin de lui donner un intérêt complémentaire, ont plutôt contribué à dégrader son aspect extérieur . L’église n’est pas laide, mais elle n’a pas de réelles qualités esthétiques.


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2. Nicolas de Plattemontagne (1631-1706)
La Pentecôte
Huile sur toile - 380 x 230 cm
Retiers, église Saint-Pierre
Photo : Didier Rykner
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3. Jules-Élie Delaunay (1828-1891)
ou d’après Jules-Élie Delaunay
La Communion des Apôtres
Huile sur toile
Retiers, église Saint-Pierre
Photo : Didier Rykner
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Si la nef est également banale, l’église conserve néanmoins de véritables trésors qui, eux, sont classés ou inscrits. Son chœur tout d’abord, riche d’un retable sculpté du XVIIe siècle et de trois tableaux (ill. 1), dont l’un est une grande Pentecôte de Nicolas de Plattemontagne (ill. 2) actuellement exposée à Saint-Malo (voir l’article). Les deux autres tableaux sont à droite une toile de Jean-Bernard Chalette datant également du XVIIe siècle et à gauche, remplaçant probablement un tableau plus ancien qui a disparu, une Communion des apôtres du XIXe siècle (ill. 3). Celle-ci était restée anonyme jusqu’à ce que nous y reconnaissions lors de notre visite une composition de Jules-Élie Delaunay dont on connaît deux versions : l’une conservée au Musée des Beaux-Arts de Nantes, et l’autre à la cathédrale de cette même ville. S’agit-il d’une autre réplique autographe ou plutôt d’une copie du tableau du musée de Nantes (on y voit peu de différences) ? Son examen rapide montre une œuvre de belle qualité qui rend possible la première hypothèse. Quoi qu’il en soit, sa nécessaire restauration devra à terme permettre de confirmer ou non l’autographie.


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4. Georges-Claudius Lavergne
L’Eucharistie et plusieurs saints
Vitrail
Retiers, églsie Saint-Pierre
Photo : Didier Rykner
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5. Georges-Claudius Lavergne
Le Bon Pasteur
Vitrail
Retiers, églsie Saint-Pierre
Photo : Didier Rykner
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Autres œuvres remarquables : deux autels secondaires avec chacun un tableau (de moindre qualité que les trois autres) et un ensemble de douze vitraux de la nef (inscrits monuments historiques), dus à Georges-Claudius Lavergne, fils de Claudius Lavergne l’élève lyonnais d’Ingres qui créa un atelier célèbre produisant des verrières qu’on trouve en grand nombre dans les églises de France. Tous sont des compositions originales (ill. 4 et 5), tandis que les quatre se trouvant dans les deux premières travées de la nef sont réalisés d’après des cartons du père, Claudius Lavergne.


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6. Décor du XVIIe siècle retrouvé
dans le chœur de l’église de Retiers
Photo : Didier Rykner
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7. Décor du XVIIe siècle retrouvé
dans le chœur de l’église de Retiers
Photo : Didier Rykner
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8. Décor du XVIIe siècle retrouvé
dans le chœur de l’église de Retiers
Photo : Didier Rykner
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Bien que non protégée donc, l’église a vu sa couverture entièrement refaite. Grâce à diverses aides du département, de la Région, de l’État et de la DRAC rendues possibles car ces travaux étaient nécessaires pour la conservation du retable et des autels latéraux qui sont, eux, classés monuments historiques mais aussi avec une importante participation de la commune qui a dû débourser pas moins de 349 679 €, soit 40% du total, ce qui représente un gros effort pour ses finances. Mais comme le disent les élus que nous avons rencontrés, à la fois très conscients de l’importance de ce patrimoine et fiers de contribuer à sa sauvegarde, c’est une question de choix. On ne saurait trop les féliciter.
Ils ont d’ailleurs été récompensés d’une découverte sensationnelle : sous le plâtre de la voûte du chœur, du transept et d’une grande partie de la nef est apparu un décor peint du XVIIe siècle d’une très grande qualité (ill. 6 à 8). Lorsqu’une telle trouvaille est faite derrière une œuvre plus récente mais importante du point de vue historique et/ou artistique, il convient d’être prudent et de ne pas détruire les apports des siècles successifs. Dans ce cas, la question ne se posait pas vraiment. La voûte du XIXe n’a objectivement pas grand intérêt (ill. 9), tandis que le plafond peint est à la fois remarquable, en bon état de conservation, et avait été fait pour s’harmoniser avec les retables.
Néanmoins, le restaurer a un coût non négligeable, et pour l’instant la décision prise a été de ne le mettre au jour que dans le chœur. Il faut espérer qu’à terme - c’est le conseil de la DRAC et les élus n’y semblent pas opposés - le transept et sans doute la nef pourront être rendus à leur splendeur d’origine. Il reste que la priorité aujourd’hui porte sur la restauration des tableaux du maître-autel (hors le Plattemontagne qui a déjà été traité) et de ceux des autels latéraux.


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9. Voûte du transept de l’église Saint-Pierre de Retiers
(XIXe siècle). Un décor peint du XVIIe est conservé en dessous
Photo : Didier Rykner
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Plus tard également, les vitraux devront bénéficier à leur tour d’une restauration. Bien qu’en bon état apparent, leur structure doit être renforcée, et il serait bon qu’ils soient protégés de l’extérieur. En attendant ces prochains travaux, Retiers - dont l’église est ouverte dans la journée - mérite au moins un arrêt, voire un détour, pour quiconque visite la Bretagne. Déjà riche de retables classés, la ville vient de s’enrichir d’un décor du XVIIe siècle.


Didier Rykner, lundi 16 octobre 2017





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