Publicité Annonce Tribune de l'Art souscription 2

Contemplations. Tableaux des églises de Bretagne


Saint-Malo, chapelle Saint-Sauveur, du 14 octobre 2017 au 7 janvier 2018.
Vannes, Muse de la Cohue (2018).

JPEG - 362.9 ko
1. Vue de l’exposition « Contemplations » dans
la chapelle Saint-Sauveur de Saint-Malo
De gauche à droite : Adoration des Mages de Jean Boucher,
L’Assomption de la Vierge attribuée à Nicolas Loir,
La Prédication de saint François Xavier d’Alexandre Ubelesqui
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Guillaume Kazerouni, le conservateur en charge des collections anciennes du Musée des Beaux-Arts de Rennes, c’est monsieur Plus. Il ne se contente pas de faire une exposition, en général il en rajoute une. C’est ainsi que parallèlement à celle consacrée aux tableaux de l’abbé Desjardins envoyés au Québec (voir l’article) il en organise une deuxième1 - avec l’excellente conservation des monuments historiques de la DRAC Bretagne - dont l’idée est née pendant l’organisation de la première et dont l’objectif est de réunir quelques-uns des plus beaux tableaux classés monuments historiques des églises de Bretagne. Et lorsqu’il publie un catalogue, il en profite toujours pour rajouter de nouvelles trouvailles et de nouvelles attributions d’œuvres non présentées dans l’exposition ! Celui qui accompagne cette exposition2 ne faillit pas à la tradition : il y publie notamment, outre toutes les découvertes dans les églises de Bretagne, deux tableaux inédits de Nicolas de Plattemontagne, une nouvelle toile attribuée à Nicolas Loir, un Charles Poerson, un Alexandre Ubelesqui, plusieurs toiles de Pierre-Jacques Cazes… Monsieur Plus !

JPEG - 357.4 ko
2. Jacob Jordaens (1593-1678) et atelier
Le Christ en gloire ou La Trinité
entourée de saints
, vers 1635-1645
Huile sur toile - 275 x 203 cm
Argentré-du-Plessis, église Notre-Dame
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Les lecteurs de La Tribune de l’Art savent à quel point les œuvres conservées dans les églises nous passionnent, surtout celles peu connues que l’on découvre parfois par hasard au détour d’une visite. Malgré les différentes périodes iconoclastes (dont la dernière, tragique, est celle liée à Vatican II, dans les années 60-70), les églises françaises sont d’une richesse parfois insoupçonnée. Et celles de Bretagne ne font pas exception à la règle comme le démontre ce rassemblement de vingt-six tableaux, tous classés, provenant de divers édifices religieux de la région. Le lieu, la chapelle Saint-Sauveur qui sert de salle d’exposition ou de concert, est particulièrement bien adapté à la présentation de ces retables parfois de grande taille (ill. 1).

Les découvertes sont nombreuses, mais la plus impressionnante est sans conteste celle d’une très grande toile par Jacob Jordaens et son atelier (ill. 2). On ne s’explique pas comment un tableau de cette importance, pourtant repéré au moins depuis les années 1980 et classé en 1992 déjà sous une attribution à Jordaens, a pu rester inédit. Si l’atelier d’où il provient ne fait pas de doute (un dessin de Jacob Jordaens présente une composition assez proche), le degré de participation du maître lui-même dans sa réalisation n’était pas certain avant l’exposition. Il ne peut en réalité y avoir aucun doute : malgré les usures, la qualité montre qu’il s’agit indubitablement d’une toile de l’atelier de Jordaens avec une participation importante du maître. Quant à l’iconographie complexe, avec un nombre considérable de personnages, elle reste encore un peu mystérieuse : classé comme Triomphe de la Religion, le tableau est publié dans le catalogue de l’exposition comme Le Christ en gloire ou La Trinité entourée de saints, un titre qui devra probablement être précisé.


JPEG - 316.6 ko
3. Claude Vignon (1593-1670)
Saint Yves entre le riche et le pauvre, 1635
Huile sur toile - 194 x 134 cm
Saint-Brieuc, évêché
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Si deux peintures sont désormais bien connues puisqu’elles ont été identifiées récemment et ont été présentées dans des expositions récentes : le Christ de l’Apostolado de Jusepe Ribera (exposition de Rennes et Strasbourg) et le Christ chez Marthe et Marie de Matthieu Le Nain (exposition de Lens, voir aussi la brève du 28/2/17), et si quelques-unes ont fait l’objet de publications récentes, beaucoup n’ont été citées que dans des publications anciennes, parfois sous des attributions erronées, ont fait l’objet d’une notice de la thèse de Mylène Allano sur les peintures italiennes en Bretagne3, inédite à ce jour, ou ont été repérés par Maud Hamoury dans sa thèse publiée aux éditions des Presses Universitaires de Rennes4 qui ne prend en compte que les œuvres commandées pour les édifices qui les conservent et dont les photos sont souvent très petites. Leur présentation dans l’exposition permettra de les faire mieux connaître comme une Déploration du Christ de Palma le Jeune ignorée des historiens de l’art italien ou un Claude Vignon (ill. 3) absent de la monographie de Paola Pacht-Bassani et seulement identifié et publié par Maud Hamoury dans des actes de colloques publiés par les PUR.


JPEG - 342.6 ko
4. Jean Boucher (1575-1633)
L’Adoration des Mages, 1617
Huile sur toile - 370 x 246 cm
Paimpol, église Saint-Pierre de Plounez
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page
JPEG - 355.3 ko
5. Nicolas Bertin (1668-1736)
La Résurrection du Christ, après 1725
Huile sur toile - 315 x 195 cm
Auray, église Saint-Gildas
Photo : DRAC Bretagne, Hervé Raule
Voir l'image dans sa page

Parmi les tableaux particulièrement remarquables, signalons une grande Adoration des Mages par Jean Boucher (ill. 4), le peintre actif à Bourges et dans sa région, conservée dans l’église de Paimpol dans les Côtes-d’Armor, ainsi qu’un rare retable par Alexandre Ubelesqui (ill. 1), peintre d’origine polonaise actif à la cour de Louis XIV mais dont les œuvres retrouvées, étudiées par Pierre Rosenberg et François Marandel, restent rares. Cette Prédication de saint François-Xavier fut commandée par les Jésuites de Vannes pour le lieu où elle est aujourd’hui conservée. On pourra aussi admirer une Résurrection du Christ (ill. 5) bien connue de Nicolas Bertin (déjà publié en 1981 dans la monographie de Thierry Lefrançois) et une magnifique Vierge à l’enfant par Jean-Jacques Le Barbier, dite Vierge du Légué (ill. 6), qui a été peinte pour son emplacement actuel et qui, surtout, a dû être réalisé sur place puisque le paysage à l’arrière-plan que désigne la Vierge est parfaitement identifiable avec la tour de Cesson à Saint-Brieuc, premier monument historique classé de Bretagne (ill. 7).


JPEG - 351.8 ko
6. Jean-Jacques Le Barbier (1738-1826)
La Vierge du Légué, 1816
Huile sur toile - 212 x 145 cm
Plérin, chapelle du Légué
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page
JPEG - 352.1 ko
7. Jean-Jacques Le Barbier (1738-1826)
La Vierge du Légué, 1816 (détail)
Huile sur toile - 212 x 145 cm
Plérin, chapelle du Légué
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Nous pourrions encore reproduire ou citer beaucoup d’autres œuvres mais il faut aussi laisser la surprise à nos lecteurs. Nous publierons par ailleurs dans les jours à venir un retable de Nicolas de Plattemontagne ici exposé provenant de l’église de Retiers, en Ille-et-Vilaine à l’occasion de découvertes effectuées dans cette église et de sa restauration. Et nous terminerons sur une phrase écrite dans le catalogue par les deux conservatrices des monuments historiques co-commissaires de l’exposition, Christine Jablonski et Cécile Oulhen : « La bonne ventilation naturelle de l’édifice est […] essentielle [pour la bonne conservation des tableaux], et elle est avant tout assurée par l’ouverture au public. La fréquentation des édifices et des œuvres qu’ils renferment est l’une des meilleures garanties de leur conservation future. » Cela rejoint notre analyse, qui se base aussi sur ce que nous ont dit les policiers de l’OCBC : une église fermée est à tous points de vue plus dangereuse pour les œuvres qu’une église ouverte. Nous reviendrons bientôt sur ce constat qui mériterait d’être davantage partagé.


Commissaires : Henry Masson (commissaire général), Christine Jablonski, Guillaume Kazerouni et Cécile Oulhen (commissaires scientifiques).


Sous la direction de Guillaume Kazerouni, Contemplations. Tableaux des églises de Bretagne, 26 chefs-d’œuvre du XVIe au XVIIIe siècle classés monuments historiques, Snoeck, 2017, 96 p. 20 €. ISBN : 9789461613646 (catalogue à paraître dans les prochains jours).


Informations pratiques : Chapelle Saint-Sauveur, 8 rue Saint-Sauveur, 35400 Saint-Malo. Tél : 02 99 56 24 68. Du lundi au dimanche, de 10 h à 12 h et de 14 h à 19 h. Tarifs : 4 € (réduit 2 €).


Didier Rykner, dimanche 15 octobre 2017


Notes

1Et il ajoute - hors du champ de La Tribune de l’Art - deux expositions d’œuvres d’élèves et d’anciens élèves de l’école des Beaux-Arts de Rennes dans les églises proches du musée : l’église Toussaint et l’église Saint-Germain.

2Nous avons pu lire le PDF, mais le catalogue ne sortira que dans quelques jours.

3Mylène Allano, Peintures italiennes en Bretagne. Collections d’aujourd’hui, goûts d’hier, thèse de doctorat, université de Rennes 2, 2005.

4Maud Hamoury, La Peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Rennes, PUR, 2010. Catalogue des œuvres dans un CD-ROM.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Lorrains sans frontières

Article suivant dans Expositions : Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins