Quatre anges de la Renaissance pour le V&A


17/02/15 - Acquisitions - Londres, Victoria and Albert Museum - L’histoire est rocambolesque : quatre anges en bronze de la Renaissance, que l’on croyait détruits, ont été retrouvés, identifiés et acquis par le Victoria and Albert Museum.


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1. Benedetto da Rovezzano (1474-1554)
Ange, vers 1524-1520
Bronze - 100 cm
Londres Victorias and Albert Museum
Photo : V&A
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2. Benedetto da Rovezzano (1474-1554)
Ange, vers 1524-1520
Bronze - 100 cm
Londres Victorias and Albert Museum
Photo : V&A

Ils furent commandés en 1524 par le cardinal Thomas Wolsey, pour orner son tombeau qu’il voulait fastueux, au sculpteur florentin Benedetto Grazzini plus connu sous le nom de Benedetto da Rovezzano.
Celui-ci travailla dans l’atelier d’Andrea Sansovino, intégra la gilde des tailleurs de pierre de Florence en 1508 et travailla notamment à la confection du David en bronze de Michel Ange (aujourd’hui perdu). Il réalisa aussi un certain nombre de monuments funéraires prestigieux, participant d’ailleurs à la confection, en Italie, de celui que commanda Louis XII à la mémoire de ses ancêtres de la branche Valois-Orléans, qui devait être installé dans l’église des Célestins (il se trouve aujourd’hui à Saint-Denis). Benedetto da Rovezzano partit pour l’Angleterre en 1524 et y séjourna jusqu’en 1536 environ.

Les quatre anges conçus pour le tombeau du cardinal Wolsey portent chacun un chandelier et devaient se dresser sur des colonnes aux quatre coins d’un sarcophage en marbre noir. Sans doute ce monument s’inspirait-il de celui d’Henry VII réalisé par un autre Florentin, Pietro Torrigiano.
Mais le tombeau ne fut pas terminé. Wolsey, principal conseiller d’Henri VIII, tomba en disgrâce après avoir échoué à convaincre le pape d’annuler le mariage du roi d’Angleterre et de Catherine d’Aragon.
Il mourut en 1530 à l’abbaye de Leicester et Henri VIII confia à Benedetto le soin d’utiliser les différentes parties du tombeau du cardinal pour son propre monument funéraire à Westminster qui resta lui aussi inachevé. Elizabeth I fit ensuite déplacer les éléments sculptés à Windsor en 1565, où ils restèrent jusqu’en 1645. Quelques pièces furent alors vendues pendant la révolution anglaise et l’on pensait qu’il ne restait plus rien, si ce n’est quatre chandeliers en bronze aujourd’hui conservés dans la cathédrale Saint-Bavon à Gand, ainsi que la pierre noire du sarcophage, qui fut plus tard utilisée pour le monument de l’amiral Nelson, créé en 1805 et situé dans la crypte de la cathédrale Saint-Paul.


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3. Benedetto da Rovezzano (1474-1554)
Ange, vers 1524-1520
Bronze - 100 cm
Londres Victorias and Albert Museum
Photo : V&A
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4. Benedetto da Rovezzano (1474-1554)
Ange, vers 1524-1520
Bronze - 100 cm
Londres Victorias and Albert Museum
Photo : V&A

Les quatre anges avaient quant à eux disparu. Deux d’entre eux ont ressurgi dans une vente de Sotheby’s en 1994, signalés - mais non illustrés - dans le catalogue comme étant simplement « dans le style de la Renaissance italienne ». C’est Guy Ladrière, marchand d’art parisien, qui les acheta, puis Francesco Caglioti les identifia. En 2008, la deuxième paire d’anges fut redécouverte à Harrowden Hall, une vaste demeure dans le Northamptonshire aujourd’hui détenue par le club de golf de Wellingborough. Il s’est avéré que les quatre statues se trouvaient en 1975 à Harrowden Hall, ornant le porche d’entrée, et que celles qui sont passées en vente chez Sotheby’s avaient été volées en 1988.
Guy Ladrière et le club de golf proposèrent de vendre chacun sa paire d’anges au Victoria and Albert, le prix des quatre s’élevait à 5 millions de livres.
Une souscription a été lancée ; le public s’est modérément mobilisé, puisque 87 000 livres ont été réunies grâce au dons individuels, le reste a été fourni par des fonds publics, privés et des associations : le National Heritage Memorial Fund,( £2 million), l’Art Fund ( £500,000), et les Amis du V&A (£200,000). Un don a en outre été fait en mémoire de Melvin R. Seiden, the Ruddock Foundation for the Arts.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 18 février 2015





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