Place de la République : les fontaines du XIXe siècle seront supprimées


L’aménagement de la Place de la République a pour objectif de réduire l’espace dévolu à l’automobile. Cette idée ne nous paraît a priori pas mauvaise1 tant les voitures contribuent à rendre Paris invivable.


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1. Fontaines aux dauphins
Paris, Place de la République
Photo : Didier Rykner
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2. Dauphins en bronze, fin XIXe siècle
Paris, Place de la République
Photo : Didier Rykner
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Seul problème : le projet lauréat fait presque entièrement table rase des aménagements de la fin du XIXe siècle. Si la statue de la République n’est pas touchée, les squares herborés (ill. 1) construits au même moment et qui forment avec elle un ensemble cohérent sont condamnés, leurs grilles et leurs fontaines sculptées (ill. 2) seront déposées et envoyées dans un hypothétique musée où elles pourront croupir dans des réserves.
Leur sort, à vrai dire, était scellé dès le diagnostic établi par la Direction de la Voirie et des Déplacements. On y lit en effet page 47, dans un paragraphe intitulé « Une masse végétale importante mais des terre-pleins dégradés et peu attractifs » : « Les squares sont peu utilisés et désuets. La pauvreté de l’aménagement paysager des terre-pleins est flagrante : des fragments de pelouses, des fontaines pas toujours en état de marche, des surfaces d’enrobés noirs [?] trop importantes, des poubelles abîmées, des clôtures… »
On croit rêver : à qui la faute, si les pelouses sont fragmentaires, les fontaines hors service et les poubelles abîmées2, sans parler de la saleté repoussante de ces squares3 (ill. 3 et 4) ? Et en quoi les belles « clôtures » en fonte ou en fer forgé, en bon état, sont-elles gênantes ? Elles font partie d’une composition architecturale de réelle qualité, avec ces groupes de dauphins en bronze de très belle facture4 ? Rien, absolument rien n’empêche de mener la réorganisation de la place en respectant ces éléments, plutôt que de les condamner à la disparition.


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3. Fontaines aux dauphins
Paris, Place de la République
Etat le 2 juillet 2011
Photo : Didier Rykner
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4. Place de la République
Etat le 2 juillet 2011
Photo : Didier Rykner
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5. Place de la République
Carte postale ancienne publiée
dans le diagnostic.
On voit les porte oriflammes enlevés en
1988 et jamais remis en place.
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Allons plus loin. Le diagnostic retrace l’historique de la place, et rappelle que très récemment, en 1988, quatre grands porte-oriflammes dessinés par l’architecte H. Mayeux, qui ornaient à l’origine l’extrémité des terre-pleins centraux (ill. 5), ont été enlevés car ils pouvaient s’avérer dangereux en cas de vent violent. Or, « les plans précis de leur modénature ont été conservés et les socles en bronze sont entreposés dans le dépôt des œuvres d’art de la mairie de Paris ». Et le diagnostic précise : « Il est donc possible de les reconstituer ». Bien entendu, le projet ne le prévoit pas.
La Mairie de Paris, sur le site intitulé « Place de la République 2013 » prétend qu’un des objectifs de cet aménagement est de « revaloriser le patrimoine historique ». Une fois de plus, il s’agit d’une contre-vérité éhontée. On constate au contraire la volonté manifeste d’éliminer peu à peu tous les éléments de mobilier historique de la place ce qui constitue un vandalisme évident et pour tout dire inexplicable5. A moins qu’un des autres objectifs soit, lui, prépondérant : « renforcer la convivialité de la place et dessiner un lieu de rassemblement ». Incontestablement, la présence de ces pelouses, de ces fontaines et de ces clôtures peut gêner les fêtes qui, on le sait, font office de politique culturelle pour la municipalité. Elles doivent donc être éliminées.

Le projet n’est, pour l’instant, pas encore validé. Une enquête publique a eu lieu qui s’est terminée le 8 juillet. Le commissaire-enquêteur devra rendre ses conclusions qui ne s’imposeront d’ailleurs pas6. Puis, le projet doit obtenir l’aval de l’Architecte des Bâtiments de France et être voté au Conseil de Paris les 26 et 27 septembre 2011. La Mairie de Paris va-t-elle assumer jusqu’au bout ce vandalisme, un de plus, totalement injustifié et inutile ? Voilà également un beau dossier pour la direction des Patrimoines qui pourrait décider de s’y opposer. A moins que, à la République comme à Auteuil, les plus hautes autorités de l’Etat aient décidé de laisser la bride sur le cou de Delanoë.


Didier Rykner, lundi 11 juillet 2011


Notes

1Notons cependant que certains, notamment le site Delanopolis, s’y opposent en estimant que cela va rendre impossible la circulation dans ce quartier parisien.

2Nous ne parlerons pas des surfaces d’ « enrobés noirs » car nous ne savons pas ce que c’est.

3La propreté de Paris n’est manifestement plus une priorité de la mairie. La ville est de plus en plus sale.

4Nous ne connaissons pas le nom du sculpteur, nous le préciserons si nous le trouvons.

5Nous avons questionné Danièle Pourtaud, adjointe au maire chargée du patrimoine. Celle-ci ne nous a bien sûr pas répondu.

6Il serait tout de même temps que les citoyens puissent participer à ces enquêtes par Internet plutôt que d’être obligés de se déplacer.





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