La Mairie de Paris sacrifie l’agrandissement de la Maison de Balzac


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1. Maison de Balzac
Photo : Didier Rykner
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En 2002, la Ville de Paris achetait un ensemble de maisons avec leur jardin, sur une superficie totale de 918 m2, jouxtant la Maison de Balzac. Il s’agissait alors d’agrandir le musée (ill. 1), beaucoup trop étroitement logé dans l’ancienne demeure de l’écrivain. L’acquisition avait été initiée par Jean Tibéri, mais elle ne s’était concrétisée qu’un an après l’élection de Bertrand Delanoë à la mairie, alors que ses velléités de politique culturelle pouvaient encore faire illusion. Depuis, les budgets consacrés au patrimoine ont été drastiquement revus à la baisse, les églises ont été largement abandonnées à leur sort (voir l’article) et les crédits d’acquisition des musées ont fondu. Il faut bien financer Paris-Plage, les nuits blanches ou la construction du nouveau stade Jean Bouin pour plus de 200 millions d’euros. L’heure est à l’événement et au sport business. Et l’explosion des prix du foncier parisien rend tentante l’idée de mener encore une belle opération, fut-ce aux dépens d’un établissement éminemment patrimonial et culturel comme celui-ci.


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2. Maisons du 43-45 rue Raynouard
Photo : Didier Rykner
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2. Escalier menant de la rue Raynouard
jusqu’aux jardins du 43-45 rue Raynouard
Photo : Didier Rykner
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4. La rue Berthon
A gauche, la Maison de Balzac
Au delà, l’arrière du 43-45 rue Raynouard
mis en vente par la Mairie de Paris
Photo : Didier Rykner
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Il y a quelques jours donc, et en catimini selon une pratique fréquente1, la Mairie de Paris a lancé un « appel à candidature pour la cession d’un ensemble immobilier communal, situé au 43-45 rue Raynouard dans le 16ème arrondissementt » ; les dossiers devaient être déposés au plus tard le 1er juillet.
Si cette opération est menée à bien, ce sera une perte majeure pour le patrimoine parisien. L’achat et la restauration de ces petites maisons du XVIIIe siècle2 (ill. 2), qui s’étendent sur plusieurs niveaux, devaient permettre, outre l’agrandissement du musée, de sauvegarder les derniers témoins des « terrasses de Passy », datant du XVIe siècle et qui ont été pratiquement entièrement loties aux XIXe et XXe siècles, de créer une « coulée verte » pour que les passants puissent traverser l’endroit par le charmant escalier (ill. 3) et les jardins qui mènent vers la pittoresque rue Berthon en contrebas (ill. 4), reliant ainsi une promenade menant sans solution de continuité de la rue de l’Annonciation piétonne au Champ-de-Mars, en passant par le parc de Passy, le square Alboni, le Pont de Bir-Hakeim et la promenade de l’Australie. Ils rendaient aussi possible d’ouvrir à la visite les caves de la maison de Balzac qui sont rien moins que les seules habitations troglodytiques, des XIVe et XVe siècles qui subsistent à Paris, un peu sur le modèle de celles des bords de Loire.


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5. Maisons du 43-45 rue Raynouard (datant du XVIIIe siècle)
Photo : Didier Rykner
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6. Jardins en terrasse du 43-45 rue Raynouard
Photo : Didier Rykner
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7. Toits des maisons du 43-45 rue Raynouard
bâchés par la Mairie de Paris
Photo : Didier Rykner
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On n’ose imaginer enfin ce que deviendra cet ensemble tout droit sorti du Paris de Balzac (ill. 5 et 6). Rien de tout cela n’est protégé, les dégradations sont importantes d’autant que la Mairie de Paris n’a fait aucun travaux depuis 9 ans, à part couvrir les toits de bâches (ill. 6) et il est à craindre que le lieu ne soit la proie de promoteurs qui pourront le faire disparaître à leur guise pour y construire un immeuble.
En 2006, le projet et les fouilles archéologiques qui venaient d’être menées sur ces terrains avaient été présentés à la Commission du Vieux-Paris. L’agrandissement du musée était considéré comme acté. Rappelons que celui-ci conserve des ensembles d’œuvres très importants, notamment une collection d’estampes du XIXe siècle exceptionnelle (toutes les gravures de Gavarni, 1200 Daumier, un fonds Henry Monnier...). Cela aurait permis de les montrer par roulement ainsi que d’ouvrir les salles d’expositions temporaires qui manquent cruellement au musée et qui obligent à le vider de ses collections permanentes périodiquement.
Rappelons pour conclure que Balzac n’est pas seulement un écrivain important pour les Français mais qu’il est très apprécié dans de nombreux pays. Les nombreux visiteurs étrangers qui fréquentent le musée sont là pour le prouver. Espérons que la révélation de ce nouveau mauvais coup que la Mairie de Paris réserve à son patrimoine engendrera des réactions qui dépasseront nos frontières.


Didier Rykner, lundi 11 juillet 2011


P.-S.

Après avoir mis en ligne cet article sur lequel nous travaillions depuis une dizaine de jours, nous avons constaté, en trouvant cet article de La VieImmo.com, que l’information avait déjà été révélée la semaine dernière par Le Parisien, ce que nous ignorions, ayant enquêté de manière tout à fait indépendante.


Notes

1Nous avons, comme toujours, demandé une réaction à Danièle Pourtaud, adjointe au maire de Paris chargée du patrimoine. Et, comme toujours, celle-ci n’a pas répondu.

2Elles datent de 1727, à l’exception d’une maison construite assez récemment au XXe siècle mais plutôt bien intégrée à l’ensemble.





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