Napoléon. La Maison de l’Empereur


Montréal, Musée des Beaux-Arts, du 4 février au 6 mai 2018.
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts, du 8 juin au 3 septembre 2018.
Kansas City, Nelson-Atkins Museum of Art, du 19 octobre au 2018 au 3 mars 2019.
Fontainebleau, Musée national du château de Fontainebleau, du 5 avril au 15 juillet 2019.

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1. Joseph Chinard (1756-1813)
Buste de l’impératrice Joséphine, 1805
Marbre - 71,1 x 44,4 x 28 cm
Ottawa, Musée national du Canada
Photo : Didier Rykner
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Selon Jean Tulard, depuis sa mort, un livre par jour dans le monde est dédié à la figure de Napoléon. Il pourrait être intéressant également de compter les expositions consacrées à l’Empereur, leur nombre étant certainement non moins impressionnant. Le personnage fascine et pas seulement en France. Le Québec aussi, comme en témoigne l’exceptionnelle exposition que lui consacre le Musée des Beaux-Arts de Montréal. Il y a un « mythe de Napoléon au Canada français » pour reprendre le titre d’un livre écrit par Serge Joyal, l’un des collectionneurs québécois d’œuvres napoléoniennes, donateur du musée et étroitement associé à ce projet. Portant sur la Maison de l’Empereur, c’est-à-dire tous les dignitaires chargés d’organiser la vie quotidienne de Napoléon et de ses proches, il présente la qualité remarquable de montrer des œuvres fort peu connues mais admirables. Avouons que partir un jour et demi à Montréal pour voir une exposition sur ce sujet ne nous emballait pas outre-mesure. Nous en sommes revenu conquis par l’intelligence du propos et les nombreuses découvertes que nous avons pu y faire. Cette exposition viendra l’année prochaine à Fontainebleau, mais malheureusement dans une version réduite, faute de place. Dans les salles du Musée des Beaux-Arts, comme ensuite dans deux autres étapes américaines, elle permet de voir un nombre incroyable d’œuvres méconnues, venant soit du Mobilier National qui a généreusement beaucoup prêté (une cinquantaine d’objets, dont beaucoup étaient inédits), soit des musées nord-américains, soit encore de collections publiques ou privées françaises où le commissaire de l’exposition, un des conservateurs français du musée de Montréal, Sylvain Cordier, a su les dénicher.

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2. Andrea Appiani (1754-1817)
Joséphine Bonaparte couronnant
le myrte sacré
, 1796
Huile sur toile - 98 x 73,5 cm
Milan, collection duchesse Salviati
Photo : Didier Rykner
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Apportons néanmoins un bémol à notre enthousiasme. Si le catalogue est un ouvrage passionnant, riche de nombreux essais explorant les différentes facettes de ce thème, il est néanmoins difficile d’y voir le reflet de l’exposition. Seules certaines œuvres donnent lieu à une étude approfondie, il est extrêmement difficile de retrouver celles de l’exposition dans le catalogue (qui bénéficie néanmoins d’un index), celui-ci obéissant à une logique différente. Bref, si l’exposition est excellente, et si le catalogue ne l’est pas moins, les deux sont difficiles à concilier.
Dès le haut de l’escalier central du pavillon du musée où se trouve l’exposition, on est accueilli par un grand projet de panorama prêtée par la galerie Kugel et que l’on avait pu voir il y a quelques années à la Tefaf de Maastricht (voir l’article). Il permet de découvrir le Paris de l’Empire du haut du toit du pavillon de Flore des Tuileries, posant ainsi le principal décor de l’histoire qui va nous être racontée. Pour illustrer la dichotomie existant entre le catalogue et l’exposition - nous n’y reviendrons plus - soulignons que la seule manière de retrouver cette œuvre dans le livre est de chercher l’occurrence du nom de son auteur (Pierre Prévost) dans l’index pour se rendre à la page où elle est analysée, mais non reproduite…


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3. Antoine-Jean Gros (177-1835)
Napoléon sur le champ de bataille d’Eylau, 1807
Huile sur toile - 104,9 x 145,1 cm
Toledo Museum of Art
Photo : Didier Rykner
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4. Jean-Baptiste Regnault (1754-1829)
Marche triomphale de l’Empereur vers l’immortalité, vers 1804-1805
Huile sur papier marouflé sur toile - 52,4 x 93 cm
Charlottesville, Fralin Museum of Art
Photo : Didier Rykner
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La première salle de l’exposition, qui montre quelques-uns des principaux protagonistes de l’Empire, permet de découvrir un très beau buste en marbre de Joséphine par Chinard, conservé à Ottawa (ill. 1), deux tableaux d’Andrea Appiani dont une autre figure de Joséphine (ill. 2) provenant d’une collection privée milanaise, deux esquisses provenant de musées américains, celle de Gros pour Napoléon sur le champ de bataille d’Eylau du Salon de 1808 (ill. 3) et celle de Jean-Baptiste Regnault pour un plafond à la gloire de Napoléon, Marche triomphale de l’Empereur vers l’immortalité (ill. 4).
Cette même salle étudie l’iconographie de l’Empereur en majesté, fortement dérivée de celle de Louis XIV dont l’esquisse de Hyacinthe Rigaud, récemment acquise par le musée - voir la brève du 16/5/17 - est exposée en comparaison. On y découvre aussi deux œuvres étonnantes : l’une est un rare exemple de la production de l’École impériale de mosaïque qui fut créée à Paris dès le consulat par l’italien Francesco Belloni (ill. 5). Cette école était réservée à ses débuts aux élèves sourd-muet, avant d’être ensuite ouverte à tous et de devenir école impériale. L’œuvre fut réalisée d’après un tableau de Gérard en 1814, trop tard pour trouver un débouché. Elle fut acquise pour Malmaison et est actuellement au château de Bois-Préau, donc invisible du public puisque celui-ci est fermé.
L’autre est une statuette de Napoléon en costume de consul - malgré sa date, 1804 - de la manufacture belge Wouters (ill. 6).


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5. École impériale de mosaïque de
Francesco Belloni (1772-1863)
d’après François Gérard (1770-1837)
Portrait de Napoléon en uniforme de colonel
des grenadiers à pied de la garde
, 1813-1814
Mosaïque de pierre dure, pâte de verre - 115 x 80 cm
Rueil-Malmaison, Musée national des
châteaux de Malmaison et Bois-Préau
Photo : Didier Rykner
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6. Manufacture Wouters
Modelé par Jacques Richardot (1743-1806)
Napoléon, empereur, 1804
Faïence - H. 77 cm
Genève, collection Walewski
Photo : Didier Rykner
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7. Jean-Ange-Joseph Loque (1752-1835)
Chapelle orfévrée des pages de la Maison de l’Empereur, 1805
Vermeil
Paris, Mobilier National
Photo : Didier Rykner
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Les deux salles suivantes sont dominées par quelques objets extraordinaires. L’un est un ensemble en vermeil par l’orfèvre Jean-Ange-Joseph Loque, pour la chapelle des pages de la Maison de l’Empereur, prêté par le Mobilier National (ill. 7). Un autre est une crosse de carabine offerte par Napoléon au général Rapp avec un décor d’or et d’argent (ill. 8), déposé par le Musée de l’Armée au Musée de la Chasse et de la Nature. Mais le morceau de bravoure, absolument sublime, est la garniture d’autel du mariage de Napoléon et Marie-Louise (ill. 9), composée de six chandeliers et d’un crucifix, qui fut ensuite déposée aux Tuileries et qui se trouve aujourd’hui au Palais du Tau à Reims. La scénographie de l’exposition, si elle est parfois un peu excessive dans ses effets, met ici parfaitement en valeur ces chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie qui ont été soigneusement nettoyés pour l’occasion.


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8. Nicolas-Noël Boutet (1761-1833)
Carabine de chasse, vers 1806-1809
Bois, acier, or, argent, argent doré
Paris, Musée de la Chasse et de la Nature
Photo : Didier Rykner
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On pourra aussi admirer une table à décor de porcelaine de Sèvres, dite des « Palais impériaux » (ill. 10), modifiée après l’Empire par l’effacement des figures de Napoléon et des symboles de l’Empire, ainsi que par la modification de trois résidences, une transformation faite à la demande de Louis XVIII par la manufacture de Sèvres alors que la table était à peine achevée, sans que ces modifications soient visibles.


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9. Henry Auguste (1758-1816)
Garniture d’autel du mariage de Napoléon et Marie-Louise, 1809
Vermeil
Reims, Palais du Tau
Photo : Didier Rykner
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10. Manufacture impériale de Sèvres
Décor du plateau peint par Jean-François Robert (1778-1855)
Table dite des palais impériaux, puis des palais royaux,
1811-1814, modifiée entre 1814 et 1817
Porcelaine dure, bronze doré
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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La grande pièce suivante veut évoquer une grande salle du trône. On y voit notamment quatre cartons de tapisserie inédits peints par François Dubois (ill. 11) d’après des dessins de Saint-Ange pour les portières de la galerie de Diane aux Tuileries, prêtés par le Mobilier National. De la même provenance, on notera aussi plusieurs fauteuils de représentation par l’atelier de Jacob-Desmalters et par Pierre-Antoine Bellangé (ill. 12) et un fragment de tapisserie inachevée pour Napoléon reçoit au Louvre les députés de l’armée après son couronnement d’après une peinture de Gioacchino Serangeli.
En sortant de cette salle, on entre dans un couloir au bout duquel se trouve le portrait de Talleyrand par Prud’hon du Musée Carnavalet. Quand on regarde où sera présentée cette œuvre, comme toutes celles prêtées par Carnavalet, on s’aperçoit qu’elles seront absentes des deux étapes américaines. Dans sa grande générosité, ce musée prive Richmond et Kansas City de ces objets alors qu’ils ne seront visibles nulle part puisque le musée, comme on le sait, est en travaux !


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11. François Dubois (1790-1871)
Amérique, 1810
Huile sur toile - 270 x 204 cm
Paris, Mobilier National
Photo : Didier Rykner
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12. Pierre-Antoine Bellangé (1757-1827)
Fauteuil de représentation du grand salon
de l’appartement du roi de Rome aux Tuileries
, 1804-1815
Bois doré, soierie - 115 x 82 x 66 cm
Paris, Mobilier National
Photo : Didier Rykner
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Une autre pièce présente notamment un chef-d’œuvre de François Gérard du Musée de Houston, la duchesse de Montebello entourée de ses enfants (ill. 13), et un remarquable portrait de famille peint par le méconnu Fortuné Dufau (ill. 14), conservé dans un château du centre de la France et qui vient d’être opportunément classé monument historique avec l’accord de ses propriétaires. La présence de ce tableau jusqu’alors inédit se justifiait à double titre dans cette exposition : Armand-Samuel de Marescot était Grand officier de l’Empire et son épouse, Cécile de Marescot, dame du palais de l’Impératrice tandis que leur fils était page de l’Empereur. De plus, Charlotte de Marescot, mère de Cécile, que l’on voit à gauche de la toile, était la descendante d’une famille venue s’installer au Canada sous Louis XIV, et elle-même était née à Montréal. Morte à Paris en 1805, elle figure sur ce portrait de famille à titre posthume. Le châle que l’on voit sur le portrait autour de Cécile de Marescot est encore conservé chez ses descendants et est exposé à côté de la toile.


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13. François Gérard (1770-1837)
Portrait de la duchesse de Montebello et ses enfants, 1814
Huile sur toile - 295,9 x 219,1 cm
Houston, Museum of Fine Arts
Photo : MFAH
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14. Fortuné Dufau (vers 1770-1821)
Portrait de famille du général
Armand-Samuel de Marescot
, 1806
Huile sur toile - 240 x 195 cm
France, collection particulière
Photo : Didier Rykner
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15. Atelier de François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter
(1770-1841), d’après un dessin de Charles Percier et
Pierre-François-Léonard Fontaine
Fronton du dosseret du lit de l’Empereur aux Tuileries, 1808-09
Noyer, traces de dorures
Fontainebleau, Musée national du château
Photo : Didier Rykner
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L’un des points d’orgue de l’exposition ne l’est pas tant pour les Français que pour les Canadiens et les Américains puisqu’il s’agit du Songe d’Ossian d’Ingres que le musée de Montauban a pu prêter en raison de sa fermeture pour travaux. Sur un autre mur, sous un portrait de Napoléon par l’atelier de Gérard offert au Musée des Beaux-Arts de Montréal par Ben Weider, l’autre grand collectionneur napoléonien de la ville, aujourd’hui disparu, qui a donné sa collection au musée, se trouve une autre découverte récente, faite au château de Fontainebleau lors de la préparation de l’exposition. Il s’agit d’un bois sculpté représentant deux aigles reliés par une guirlande de lauriers (ill. 15) qui se trouvait dans un passage du château mais qui n’avait jamais été identifié. Il s’agit en réalité d’un élément du lit de l’Empereur aux Tuileries sculpté par l’atelier de Jacob-Desmalter d’après un dessin de Percier et Fontaine.


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14. Manufacture impériale de Sèvres
décor peint par Christophe-Ferdinand Caron (1774-1831)
Théière
Porcelaine dure - 20,5 x 20,5 x 18 cm
Minneapolis, Institute of Art
Photo : Didier Rykner
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15. Artisans anonymes chinois de Sainte-Hélène
Volière du jardin de Napoléon, 1819-1820
Bois peint, métal
Châteauroux, Musée-Hôtel Bertrand
Photo : Didier Rykner
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Nous n’avons pu, évidemment, que parcourir trop rapidement une exposition extrêmement riche, en omettant nécessairement beaucoup d’objets, dont notamment des Sèvres comme un service à thé à décor de fables de La Fontaine conservé à Minneapolis (ill. 16). Celle-ci, bien que non chronologique, se termine sur une salle consacrée à l’exil de Saint-Hélène où la maison de l’Empereur était réduite à peu de choses. Même la volière qu’il commanda à des artisans chinois présents sur l’île (ill. 17) resta vide, les quelques volatiles qui y furent mis passant rapidement de vie à trépas. Le climat de l’île n’était pas meilleur pour eux que pour l’aigle.


Commissaire : Sylvain Cordier.


Sous la direction de Sylvain Cordier, Napoléon. La Maison de l’Empereur, Hazan, 2018, 352 p., 45 €. ISBN : 9782754110419.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts de Montréal, 1380 rue Sherbrooke Ouest, 3000 Montréal. Ouvert tous les jours de 10h à 21h. Tarif : 20 $ (réduit : 12 $).
Site internet.


Didier Rykner, mercredi 11 avril 2018





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