Musée des Beaux-Arts de Tours et isolation par l’extérieur : Jack Lang, au secours !


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Le Musée des Beaux-Arts de Tours menacé par
le projet de « pavillon Martine et Léon Cligman »
Photo : Didier Rykner

On pourra au moins mettre deux choses au crédit d’Audrey Azoulay : avoir fait avancer dans le bon sens le dossier du Musée des Tissus de Lyon (une initiative qui reste néanmoins encore à concrétiser définitivement) et avoir fait amender la loi patrimoine pour la rendre moins catastrophique qu’elle ne l’était. En ce sens, le remplacement de Fleur Pellerin (qui vient de quitter la fonction publique, une excellente chose) a été bénéfique. Mais la malédiction du ministère de la Culture semble néanmoins ne pas vouloir s’arrêter. Car son silence, sinon sa complicité, sur deux des dossiers les plus graves du moment est assourdissant et inadmissible.

Le premier est l’agrandissement du Musée des Beaux-Arts de Tours. Nous nous étions trompé à ce propos : la délibération du conseil municipal donnant l’autorisation à Léon Cligman de déposer un permis de construire pour l’aile qui doit venir saccager le jardin et le site du Musée des Beaux-Arts de Tours n’était pas, stricto sensu, illégale. Léon Cligman a déposé le 30 juin 2016 son permis de construire sur un site classé, dans un secteur sauvegardé, aux abords d’un monument classé, et sur un terrain appartenant à la Ville de Tours. Si cela n’est pas légal, ce n’est pas non plus illégal si le propriétaire ne s’y oppose pas. C’est le sens d’une jurisprudence récente (datant de 2012) du Conseil d’État ! Le propriétaire étant la Ville de Tours, qui se félicite haut et fort de ce vandalisme, il n’y a évidemment aucune chance qu’elle s’y oppose, d’autant que c’est elle qui doit accorder le permis de construire. En revanche, nous n’étions pas très loin de la vérité lorsque nous suggérions, pour plus de clarté, que le Musée des Beaux-Arts de Tours soit renommé « Musée Martine-Martine », du nom d’artiste de Mme Cligman. En effet, la demande de permis porte sur « la construction d’un pavillon Martine et Léon Cligman Musée des Beaux-Arts » ! Ce que cherche en réalité ce « mécène » âgé de 96 ans, c’est bien la construction de son mausolée, le plus voyant possible, ou plutôt de son cénotaphe car il n’est pas encore question qu’il y soit inhumé. C’est révoltant, mais certainement pas autant que la complaisance à peine cachée du ministère de la Culture qui s’apprête à délivrer toutes les autorisations nécessaires à ce massacre.

L’autre dossier est encore plus inquiétant car il concerne tout le territoire français : il s’agit, évidemment, de l’isolation par l’extérieur dont nous avons plusieurs fois dénoncé les méfaits. Sur ce plan pourtant essentiel pour le patrimoine monumental et historique, que dit le ministère ? Rien, absolument rien. Il laisse faire. Nous devrions plutôt dire : la ministre laisse faire car en réalité son administration est horrifiée. Audrey Azoulay pense-t-elle que son nom ne sera pas associé à ce désastre annoncé ? Elle se trompe. Quant au ministère de l’Environnement, il donne dans l’humour noir ou la provocation. Aux associations qui s’opposent à son scandaleux décret, craignant « voir les professionnels du bâtiment proposer des solutions d’isolation thermique par l’extérieur clé en main inadaptées au bâti à des propriétaires incapables de s’y opposer », l’entourage de Ségolène Royal (dans un article du Moniteur) répond que ce point de vue « laisse planer un doute important et assez désobligeant sur la probité des entreprises du bâtiment et sur la capacité des propriétaires à défendre leur propre patrimoine » ! Mieux vaut en rire.

Peut-être, finalement, faudrait-il souhaiter le retour à ce poste de Jack Lang ? Car son intervention sur la restauration déplorable de la galerie Vivienne, que La Tribune de l’Art avait été la première à dénoncer, semble avoir porté ses fruits. La presse en parle, l’AFP lui a même consacré un article ! Et l’on y apprend qu’Audrey Azoulay, sans aucun doute impressionnée par l’intervention de l’ancien ministre, a demandé à la rentrée la réunion de toutes les parties concernées afin de regarder ce qu’il convient de faire pour rattraper ce ratage.

C’est donc en nous adressant à Jack Lang que nous terminerons cet éditorial. Monsieur le Ministre, merci d’être intervenu pour la galerie Vivienne. Pourriez-vous aussi dénoncer haut et fort le massacre à venir du Musée des Beaux-Arts de Tours, et le décret scélérat sur l’isolation par l’extérieur décidé par le ministère de l’Environnement ? En l’absence d’un vrai ministre de la Culture, vous êtes manifestement indispensable.


Didier Rykner, mercredi 24 août 2016





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