Menaces sur des wagons historiques du métro parisien


L’alerte semble passée - pour l’instant - mais elle a été chaude, et tant que des mesures concrètes de protection ne seront pas prises, rien ne dit que les menaces ne reviendront pas. La RATP avait en effet prévu ces derniers jours de détruire purement et simplement, en les livrant aux ferrailleurs, plusieurs voitures de métro historiques dont il ne reste, pour certaines d’entre elles, pratiquement plus aucun exemple équivalent. Nous renvoyons au blog Paris Bise Art qui avait publié un article sur cette affaire. Ces wagons et motrices sont « conservés » (le terme mérite d’être employé entre guillemets tant les conditions sont mauvaises) sur des voies de stockage sous le parc Monceau dans un lieu appelé boucle Villiers (ill. 1).
Les associations privées réunissant les amateurs de ce type de patrimoine (notamment l’Ademas et l’Amtuir) prêchent dans le désert depuis de nombreuses années pour la création d’un véritable musée des transports à Paris. La RATP semble se désintéresser de son histoire comme le prouve le mauvais coup qu’elle voulait lui porter.
Après avoir tenté de joindre la RATP pour connaître leur position, nous avons pu joindre Jean-Michel Leblanc, responsable du patrimoine de la société. Celui-ci nous a assuré qu’il n’était pas question de détruire ces voitures, qu’elles devaient être enlevées pour libérer une voie et que les wagons seraient installés à Villeneuve où un dépôt conserve déjà des voitures historiques.
On se réjouit de cela, mais nous maintenons que leur destruction était bien prévue. Il est probable que l’article de Paris Bise Art, nos questions et celles du ministère de la Culture que nous avions informé ont fait reculé la RATP.


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1. La réserve de Villiers
sous le parc Monceau
Photo : D. R.
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2. Voiture Nord Sud de première classe
exposée en 2010 porte de Versailles
Photo : D. R.

Certes, on est ici à la limite du champ de La Tribune de l’Art. Mais comment rester indifférent à la destruction possible de voitures dont certaines relèvent de l’Art nouveau, un Art nouveau appliqué à l’industrie ? Sur la boucle Villiers, se trouvent en effet une voiture de première classe et deux motrices de deuxième classe dites « Nord Sud », du nom de la ligne qu’elles empruntaient. Les cols de cygne des luminaires et le dessin des grilles d’aération (ill. 4) sont typiquement de ce style. Elles sont par ailleurs particulièrement belles et élégantes avec leurs couleurs gris-turquoise (pour la seconde classe) et jaune paille-rouge pour la première classe.
Si celles-ci étaient détruites, il ne resterait plus, en tout et pour tout (en supposant qu’ils soient depuis bien conservés), qu’une motrice de seconde classe et un wagon de première classe, ceux que l’on voit sur les ill. 1 à 3 lors d’un événement organisé à l’occasion des journées du patrimoine 2010 porte de Versailles. Détruire ces anciens matériels, reviendrait à perdre définitivement une partie importante de l’histoire du métropolitain, c’est-à-dire de l’histoire de Paris, sans qu’il ne soit jamais plus possible de reconstituer un train complet, véritable monument historique encore capable de rouler (et, accessoirement, de servir de décor de films).
Bien que taguées, les voitures de la boucle Villiers (ill. 5 ) pourraient être aisément restaurées, car la tôle émaillée n’est pas endommagée par les graffitis qui ne sont que superficiels.


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3. Motrice Nord Sud de seconde classe
exposée en 2010 porte de Versailles
Photo : D. R.
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3. Détail d’une motrice Nord Sud de seconde classe
Photo : D. R.

À ces voitures Nord Sud qu’il faut sauver s’ajoute une autre rame complète dite « Sprague Grises ». Ce type de voitures qui, comme les Nord Sud, ont été mises en circulation dans les premières décennies du XXe siècle a circulé jusqu’en 1983, et pourtant cette rame est la dernière qui subsiste. Elle sera également envoyée chez le ferrailleur !
En 1998, Jack Lang avait fait classer monument historique une rame Sprague complète de couleur verte et rouge, montrant ainsi la voie à ce qui aurait dû être une politique systématique de préservation de ce patrimoine. Et même si d’autres voitures actuellement garées sous le parc Monceau sont de ce dernier type, comment pourrait-on estimer suffisant de n’en conserver qu’un seul exemple et accepter l’envoi de ce qui reste à la benne. De nombreux musées, en France, et dans le monde, pourraient être intéressés par ces voitures.


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5. Motrice Nord Sud de seconde classe
dans la réserve Villiers, état actuel
Promise à la destruction par la RATP
Photo : D. R.
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5. Voiture Sprague grise
dans la réserve Villiers, état actuel
Promise à la destruction par la RATP
Photo : D. R.

Il est temps que l’État, dont dépend la RATP, impose enfin à celle-ci une politique patrimoniale digne de ce nom (rappelons dans le passé les nombreuses destructions de stations de métro de Guimard...) et que, dans un premier temps, afin d’empêcher le vandalisme, un classement d’office soit posé sur l’ensemble des voitures et motrices. L’année qui vient pourrait permettre d’étudier, avec le recul nécessaire, l’opportunité de classer définitivement certaines d’entre elles. Puisque la RATP nous a dit vouloir conserver ces voitures, un classement ne devrait pas la gêner, bien au contraire. En attendant un jour l’hypothétique ouverture d’un musée des transports parisiens, sur le modèle de ceux de Londres ou de New York...


Didier Rykner, vendredi 30 janvier 2015





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