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Manguin. La volupté de la couleur


Giverny, Musée des Impressionnismes, du 14 juillet au 5 novembre 2017.
Lausanne, Fondation de l’Hermitage, du 22 juin au 28 octobre 2018.

Notre première impression, lors de la visite de cette exposition, fut que Manguin était un suiveur. Si beaucoup de tableaux sont de grande qualité, par exemple son Autoportrait qui ouvre le parcours (ill. 1), on ne peut s’empêcher de constater que sa manière propre est difficile à appréhender. Il y a de tout dans sa peinture : Cézanne (ill. 2), Gauguin, Monet, Toulouse-Lautrec ou Degas dans ses dessins et pastels de jeunesse, Signac dans ses aquarelles, Matisse, Picasso (ill. 3), etc. Mais une exposition, parcourue parfois un peu rapidement, peut être trompeuse si l’on ne prend pas soin de lire le catalogue. Et celui-ci démontre, en donnant des exemples précis, que l’artiste fut parfois le premier à peindre tel ou tel motif, ou à innover dans la gamme colorée.


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1. Henri Manguin (1874-1949)
Autoportrait, 1905
Huile sur toile - 55 x 46 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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2. Henri Manguin (1874-1949)
Le Pot vert, 1905
Huile sur toile marouflée sur panneau - 55 x 48 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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3. Henri Manguin (1874-1949)
Claude au flûtiau, 1908
Huile sur toile - 116 x 89 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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Il faut dire que Manguin est encore bien mal connu. Cela s’explique aisément : ses œuvres sont rares dans les collections publiques. Élève de Gustave Moreau dans l’atelier duquel il eut pour coreligionnaires la plupart des futurs Fauves, Manguin en fut incontestablement un représentant important ; il exposa pas moins de cinq tableaux (quatre d’entre eux sont réunis à Giverny) au Salon d’Automne de 1905 lors duquel celui-ci fut « baptisé » par Louis Vauxcelles (« Donatello dans la cage aux fauves »). L’invention du fauvisme n’est pas celle d’un seul homme, les échanges étant la règle, et les influences croisées, Manguin participa pleinement de cette effervescence. Mais il est difficile à comprendre car son style est très divers, rappelant tour à tour ses prédécesseurs ou ses contemporains plus illustres. Pourtant, comme le rappelle la commissaire de l’exposition, Marina Ferretti-Bocquillon, ses Odalisques qui évoquent tant Matisse sont antérieures à celles de ce dernier (ill. 4). Mais l’analyse de ce jeu des influences et de la recherche de l’inventeur de telle ou telle innovation est sans doute vain et devrait reposer, comme nous l’a dit Marina Ferretti, sur une analyse fine de la chronologie qui reste à mener.


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4. Henri Manguin (1874-1949)
Nu allongé sur le divan rouge, 1908
Huile sur toile - 35,5 x 75 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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Cela n’a finalement que peu d’importance face aux œuvres. Et indubitablement, ce peintre est l’auteur de beaucoup de très beaux tableaux que le Musée des Impressionnismes permet de découvrir, la plupart provenant par la force des choses de collections privées.


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5. Henri Manguin (1874-1949)
Le Banc, rue Boursault, 1899
Huile sur toile - 55 x 38 cm
Strasbourg, galerie Thomas Salis
Photo : Didier Rykner
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6. Henri Manguin (1874-1949)
La Coiffure, 1904-1905
Huile sur toile - 116 x 89 cm
Collection Couturat
Photo : Didier Rykner
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On retiendra donc d’un parcours qui se concentre sur les années de formation et la période Fauve jusqu’aux environs de 1913 quelques toiles vraiment remarquables : un paysage urbain, Le Banc, rue Boursault (ill. 5) aux accents nabis, une scène intime, La Toilette (ill. 6) ou encore des paysages.
Ce sont d’ailleurs surtout ces paysages qui font de Manguin un excellent artiste. Devant des œuvres aussi poétiques que Le Pré, Villa Demière (ill. 7) ou Les Grands Chênes-Lièges, Villa Demière (ill. 8), on oublie complètement que l’un puisse évoquer Monet tandis que l’autre fait plutôt penser à Cézanne ou Gauguin. On est face à deux chefs-d’œuvre, tout simplement.


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7. Henri Manguin (1874-1949)
Le Pré, Villa Demière, 1905
Huile sur toile - 55 x 46 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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8. Henri Manguin (1874-1949)
Les Grands Chênes-Lièges, Villa Demière, 1905
Huile sur toile - 81 x 100 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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Une seconde étape l’année prochaine à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne montrera aussi sa carrière jusqu’à sa mort en 1949. Il semble cependant qu’après 1914 il continua à peindre dans le même style, désormais dépassé. Manguin est un fauve, qui finit par s’assoupir.

Commissaire : Marina Ferretti Bocquillon.


Sous la direction de Marina Ferretti-Bocquillon, Manguin. La volupté de la couleur, Gallimard, 2017, 160 p., 29 €. ISBN : 978207742514.


Informations pratiques : Musée des Impressionnismes, 99 rue Claune Monet, 27620 Giverny. Tél : Tél. +33 (0)2 32 51 94 65 . Ouvert tous les jours, y compris les jours fériés, de 10h à 18h . Tarif : 7 € (réduit : 4,50 et 3 €).


Site du Musée des Impressionnismes.


Signalons encore aux visiteurs motorisés de Giverny qu’ils peuvent ensuite se rendre à Vernon, à quelques kilomètres de là, pour voir l’exposition que le musée de la ville consacre à Blanche Hoschédé, fille d’Ernest Hoschédé qui fut un grand collectionneur et ami de Monet, et le premier propriétaire d’Impression, soleil levant. Après la mort de Camille, la première femme de Claude Monet, celui-ci épousa Alice, épouse d’Ernest Hoschédé de qui elle était séparée et avec qui il vivait depuis plusieurs années. Blanche fut très marquée par l’art de Monet au point de peindre à ses côtés et d’imiter sa manière. Certes, elle n’atteint jamais la même qualité, mais les peintures réunies à Vernon montrent une artiste attachante capable de quelques réussites, comme La Maison de Claude Monet (ill. 9) ou Plage de la côte normande (ill. 10).


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9. Blanche Hoschedé-Monet (1865-1947)
La Maison de Claude Monet, vers 1926
Huile sur toile - 60 x 73 cm
Vernon, Musée
Photo : Didier Rykner
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10. Blanche Hoschedé-Monet (1865-1947)
Plage de la côte normande
Huile sur toile - 54 x 73 cm
Vernon, Musée
Photo : Didier Rykner
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Commissaire : Philippe Piguet.


Philippe Piguet, Blanche Hoschédé-Monet, un regard impressionniste, Intensité éditions, 2017, 48 p., 9,90 €. ISBN : 9782911410086.


Blanche Hoschedé-Monet, un regard impressionniste, exposition du 8 juillet au 29 octobre 2017, Musée de Vernon, 2 Rue du Pont, 27207 Vernon. Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h 30 à 18 h. À partir du 2 novembre : de 14 h à 17 h 30 du mardi au vendredi et de 14 h 30 à 17 h 30 les samedi et dimanche. Tarif : 4,80 € (réduit : 3 €).


Site du Musée de Vernon


Didier Rykner, lundi 2 octobre 2017





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