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Impression(s), soleil


Le Havre, Musée d’Art Moderne André Malraux, du 10 septembre au 8 octobre 2017.

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1. Claude Monet (1840-1926)
Impression, soleil levant, 1872
Huile sur toile - 50 x 65 cm
Paris, Musée Marmottan
Photo : Didier Rykner
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Nous l’avouons volontiers : l’exposition du Havre ne nous emballait pas, a priori. Une manifestation de commande (dans le cadre des 500 ans de la ville), une de plus sur Claude Monet qui, avec ses confrères Impressionnistes et quelques autres peintres, est le sujet récurrent d’innombrables expositions, comme s’ils étaient les seuls ; un tableau dont on connaît à peu près tout ; une durée de moins d’un mois… Nous craignions qu’il ne s’agisse que d’un événement médiatique, sans fond réel.

Nous avions tort. Il est certainement regrettable que l’exposition ne dure qu’un mois, pas parce qu’elle n’a pas d’intérêt, mais parce qu’au contraire on aurait aimé qu’elle se poursuive plus longtemps. Il paraît qu’Impression, soleil levant ne quitte jamais pour plus d’un mois le Musée Marmottan, ce qui nous paraît une décision absurde : soit la toile ne peut pas bouger, et un mois ou trois mois ne changent rien, soit elle le peut, et les prêts doivent être faits en fonction de l’intérêt de l’exposition, et conformément aux usages habituels (en moyenne trois mois).
Il ne s’agit pas ici d’un accrochage qui s’appuierait uniquement sur le retour, pour la première fois depuis sa création, de la toile au Havre, où elle est née, mais d’un rassemblement d’œuvres ayant un sens, qui éclairent la naissance et la postérité de cette peinture tout en permettant de mieux comprendre ce qu’était Le Havre au XIXe siècle, et qui a donné lieu, en plus, à la parution d’un vrai catalogue.

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2. Joseph Mallord William Turner (1775-1851)
Le Havre, coucher de soleil sur le port, vers 1832
Gouache et aquarelle - 14 x 19,2 cm
Londres, Tate Gallery
Photo : Tate Gallery
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Le propos est simple : Impression, soleil levant (ill. 1), que l’on peut admirer avec en arrière-plan la mer qui y est représentée, est utilisé comme un point de départ, à partir duquel le musée raconte une histoire. Celle du Havre au XIXe siècle d’abord, qui est évoqué grâce à des photographies d’époque (un Havre disparu sous les bombes de la Seconde guerre mondiale), et celle des liens de cinq artistes avec la ville et de leurs rapports avec Claude Monet, qu’ils l’aient influencé ou qu’ils s’en soient inspirés.
On verra donc successivement des gouaches et aquarelles de Turner qui servirent de modèles pour des estampes parues en 1834 dans l’ouvrage intitulé Turner’s Annual Tour et dont l’une traite Le Havre à la manière d’un Claude Lorrain (ill. 2) ; des photos de Gustave Le Gray, qui à sa manière anticipa avec ce médium la vision de Monet ; des peintures d’Eugène Boudin, postérieures à l’œuvre de Monet, et qui montrent qu’il sut tirer la leçon de l’œuvre d’un artiste plus jeune que lui ; deux toiles de Vallotton, qui vint au Havre mais dont les œuvres sont tellement synthétiques qu’elles auraient pu être réalisées ailleurs ; et, enfin un ensemble plus conséquent de peintures de Raoul Dufy, l’enfant du pays, qui vers 1950 représente le port du Havre, alors détruit, dans une vue synthétique (ill. 3) obscurcie par une grande tâche noire dont on peut imaginer qu’elle correspond autant à la disparition de la ville sous les bombes qu’à la mort prochaine que l’artiste voit arriver.


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3. Raoul Dufy
Cargo noir, après 1948
Huile sur toile - 126,7 x 158,7 cm
Pqris, Musée national d’Art moderne
Photo : Didier Rykner
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4. Gustave Le Gray (1820-1884)
Bateaux quittant le port du Havre, 1856-1857
Papier albuminé sur carton - 32,5 x 42,5 cm
Le Havre, Musée d’Art Moderne André Malraux
dépôt des Archives départementales du Finistère
Photo : domaine public
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Chaque section de l’exposition, quoique courte, est originale, la plus passionnante étant sans doute celle consacrée à Gustave Le Gray. On sait que ses photographies peuvent atteindre des prix astronomiques, et il y a peu le Musée d’Orsay avait renoncé à tenter de préempter un tirage de Bateaux quittant le port du Havre qui s’était vendu extrêmement cher. Quelques temps après, les Archives départementales du Finistère ont découvert dans leur fonds ce même tirage qui est désormais déposé au Musée André Malraux (ill. 4). Quant à la bibliothèque du Havre, elle réussit encore à acquérir des œuvres de ce grand photographe dont deux sont ici exposées.
Eugène Boudin lui même, pourtant un artiste parfois un peu ennuyeux, arrive à surprendre. Deux grandes toiles montrent des vues du port du Havre à la fois authentiques et recomposées. Elles sont en effet vues selon un axe nord-sud, alors que le soleil couchant y est représenté dans l’axe (ill. 5). Comme Le Gray, Boudin juxtapose ainsi deux plans, la mer et le ciel, pris à des moments différents (et ici sous des points de vue différents).


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5. Eugène Boudin (1824-1898)
Le Havre, l’avant)port au soleil couchant, 1882
Huile sur toile - 54 x 74 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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6. Sylvestre Meinzer (née en 1971)
Vue du port en bleu, mars 2017
Sténopé
© Sylvestre Meinzer
Photo : Didier Rykner
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N’ayant vu cette exposition qu’aujourd’hui, et celle-ci se terminant dans une dizaine de jours seulement, nous sommes ainsi contraint d’écrire notre article sans avoir lu de manière approfondie le catalogue, en ayant juste le temps de le parcourir. Les photos du Havre font l’objet de notices particulières tandis que les autres œuvres sont commentées dans les essais qui s’intéressent aux différentes sections de l’exposition.
Et une fois n’est pas coutume : nous terminerons en citant une artiste contemporaine du nom de Sylvestre Meinzer, qui montre ici une vidéo (que nous n’avons pas eu le temps de voir), mais surtout trois photos (ill. 6) réalisées selon le principe rudimentaire du sténopé, chambre obscure, sans lentille, qui constitue la forme la plus simple que l’on peut imaginer d’appareil photo. Elle réussit admirablement encore à rendre une impression, une impression du port du Havre, dans un hommage fort réussi à l’œuvre de Claude Monet.

Commissaire : Annette Haudiquet.


Collectif, Impression(s), soleil, Somogy Éditions d’art, 2017, 224 p., 29 €. ISBN : 9782757212912.


Informations pratiques : Musée d’Art Moderne André Malraux, 2 Boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre. Tél : +33 (0)2 35 19 62 62. Ouvert tous les jours sauf le lundi, exceptionnellement pendant l’exposition de 7 h 30 à 20 h 30. Tarifs : 10 € et 7 €.

Site internet


Didier Rykner, vendredi 29 septembre 2017





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