Les Rembrandt jusqu’à la lie


Il fut un temps où La Tribune de l’Art était boycottée à la fois par le Louvre et par le ministère de la Culture. Si le Louvre nous traite désormais très bien et nous invite à toutes ses conférences de presse, le ministère de la Culture est revenu à ses vieux démons : Pellerin et Donnedieu, même censure ! Nous n’avons en effet pas été conviés à la conférence de presse qu’organisait la rue de Valois pour présenter l’accord entre le Rijksmuseum et le Louvre pour l’acquisition conjointe des deux Rembrandt. Cette censure médiocre ne nous empêchera évidemment pas de donner toutes les informations concernant ce sujet.


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1. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Portrait de Marten Soolmans, 1634
Huile sur toile - 210 x 135 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : WGA (domaine public)
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2. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Portrait de Oopjen Coppit,
épouse de Marten Soolmans
, 1634
Huile sur toile - 210 x 134 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : WGA (domaine public)

L’affaire des Rembrandt Rothschild restera sans doute comme l’un des plus tristes épisodes de l’histoire des collections du Louvre. Le musée, comme nous l’avons écrit, n’a rien fait pour retenir les tableaux en France ; il a raté l’occasion d’acheter les deux œuvres ensemble alors que la Banque de France était prête à les payer toutes les deux ; il n’a jamais négocié le prix avec les propriétaires. Le Louvre a par la suite tout cédé au Rijksmuseum : le plus beau tableau, mais aussi celui en meilleur état et le seul signé, c’est-à-dire le portrait d’homme, est acheté par le musée néerlandais1 ; plus grave encore, des dissensions sont apparues entre les deux musées sur la restauration. Comme il n’était évidemment pas question que les deux œuvres soient traitées différemment, il fallait choisir. La France est, il faut s’en féliciter, plutôt minimaliste en terme de restauration. Les conservateurs français souhaitaient donc que les deux tableaux soient soumis à un allègement modéré des vernis. Au contraire, le Rijksmuseum voulait un dévernissage nettement plus drastique. Où seront finalement restaurés les deux tableaux ? À Amsterdam, sous la direction de l’australienne Petria Noble qui est la responsable de la restauration au Rijksmuseum. Une fois de plus donc, le Rijksmuseum a eu le dernier mot. Et même si un parti médian est choisi, il ira forcément au delà de ce que les spécialistes français voulaient mettre en œuvre.

Les deux toiles, après un très léger nettoyage en France, seront exposées trois mois au Louvre après avoir été « inaugurées » lors de la visite du roi des Pays-Bas les 10 et 11 mars, puis trois mois au Rijksmuseum, et enfin restaurées. Elles seront ensuite exposées, en principe trois ans2 à Amsterdam avant de revenir au Louvre pendant trois ans. Une garde alternée dont il y a fort à parier qu’elle cessera un jour devant les contraintes qu’elle impose et les dangers qu’elle fait courir aux œuvres.


Didier Rykner, lundi 1er février 2016


Notes

1Nous avons pu lire un constat d’état qui confirme cela : le visage de la femme, en particulier est en partie usé.

2Nous n’avons pas eu confirmation de ce point, on a aussi parlé de cinq ans.





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