Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère Contenu abonnés


Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts, du 24 février au 24 mai 2015

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1. Salvator Rosa (1615 - 1673)
Scène de sorcellerie, vers 1646
Huile sur toile - 72 x 132 cm
Londres, The National Gallery
Photo : The National Gallery

Et puis il y a celui qui « de son pinceau en arriva à peindre truanderies et gueuseries […], nuées d’ivrognes et de scélérats, gitans […], souillons, vauriens, traîne-misère : l’un s’épouille et l’autre se gratte […], un qui pisse, un qui chie […], un musicien ambulant qui joue […], et le peintre aujourd’hui ne pense faire rien de bon s’il ne peint pas un groupe de loqueteux, si sa peinture n’est pas vile. » Ainsi se lamentait Salvator Rosa1 qui semble pourtant prendre un certain plaisir à peindre un pendu et un nouveau-né offert à un monstre tandis que quelques sorcières répugnantes s’affairent autour d’eux, à l’image de l’artiste, peut-être, qui observe la nature et l’utilise pour la modifier (ill. 1).

C’est bien dans une débauche de peintures « ignobles » que se vautrent les visiteurs du Petit Palais, entrainés, à l’occasion d’une nouvelle exposition, dans les bas-fonds de Rome. « Ignobles » au sens propre (si l’on peut dire) : car certains artistes qui séjournèrent dans la cité au début du XVIIe siècle renversèrent les codes et remplacèrent les dieux et les héros par des gueux et des mendigots. Sous l’égide de Bacchus, ils plongèrent dans le monde licencieux des tavernes et dans la misère patibulaire des quartiers mal famés ou des campagnes alentours…

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2. Claude Gellée, dit le Lorrain (1604-1682)
Vue de Rome avec une scène de prostitution, 1632
Huile sur toile - 60,3 x 84 cm
Londres, The National Gallery
Photo : The National Gallery

L’exposition ne met pas en exergue un seul courant stylistique, elle souligne au contraire que la vermine inspira des peintres bien différents, italiens, hollandais ou français alors actifs à Rome, caravagesques, suiveurs de Bamboche ou même l’inattendu Claude Gellée qui place au premier plan d’un paysage, une scène de prostitution dans l’ombre des feuillages et sous l’égide d’une statue d’Apollon, mais au loin surgit dans la lumière une église victorieuse de l’antiquité païenne et de ses turpitudes (ill. 2). Paysage, portrait, bambochade, les genres s’entremêlent. Michael Sweert par exemple peint des Lutteurs romains pour lesquels il s’inspire de la statuaire classique ; il les intègre pourtant dans une scène urbaine et une peinture de genre, acteurs d’une activité populaire susceptible de provoquer des débordements.
Les artistes jouent également sur plusieurs registres - de l’humour au drame, du burlesque à la poésie -, ils exploitent l’ambiguïté de leurs peintures qui se complaisent à montrer un vice plutôt qu’à le dénoncer - suscitent-elles l’opprobre ou la compassion, l’éveil des sens ou la décence ? La frontière est mince enfin entre réalité et fiction, entre l’espace de la peinture et celui du spectateur.
Ainsi le propos va-t-il au-delà d’une simple réunion thématique d’œuvres : il souligne les inventions formelles des peintres, leur recherche…

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