Les Amis du Louvre achètent une peinture de l’École de Fontainebleau


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Ecole de Fontainebleau, vers 1550
Pandore
Huile sur toile - 92 x 70 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Sotheby’s

1/2/16 - Acquisition - Paris, Musée du Louvre - C’est un superbe tableau de l’École de Fontainebleau qui va entrer au Louvre, entièrement financé par les Amis du musée : il a été adjugé 754 000 dollars (frais inclus) lors de la vente de Sotheby’s le 28 janvier 2016 à New York. Il n’avait pas été vu sur le marché depuis 1898.
Une femme, debout, présente une coupe dotée d’un couvercle, assez comparable à un ciboire. Elle se tient près de ce qui semble être un autel. Le cadre architectural monumental s’ouvre sur la droite : on aperçoit dans la lumière deux personnages qui montent des escaliers. La nudité de la figure féminine est modérément cachée par un voile transparent, plus suggestif que pudique. Les proportions de ce corps allongé et terminé par une tête relativement petite, les mains aux doigts détachés et ondulés, la pose également, le contrapposto gracieux, sont typiques de la première École de Fontainebleau.
Cette femme - sa nudité, son voile, sa blancheur, sa posture - est comparable à la princesse de Nicolo delle’Abbate dans La Continence de Scipion. Mais la musculature - les bras, le mollet - est ici beaucoup plus marquée.

L’attribution et le sujet de l’œuvre ont été discutés. Il s’agirait de Pandore sur le point d’ouvrir la boite qui renferme tous les maux de l’humanité. Grazzini a néanmoins proposé d’y voir la Carthaginoise Sophonisbe, célèbre pour sa beauté, épouse d’un roi numide, qui préféra s’empoisonner plutôt que d’être prisonnière des Romains.
La peinture fut attribuée à Primatice et vendue comme telle au XIXe siècle. Elle été plus récemment donnée à Nicolò dell’Abate, et aurait été peinte dans les années 1550. Sylvie Béguin pensait qu’il pourrait s’agir d’une peinture de cet artiste d’après un dessin de Primatice. Dominique Cordellier rapproche cette figure de l’une des filles de Loth dessinées par Primatice sur une feuille conservée au British Museum. Pour Forti Grazzini enfin, elle a été exécutée, sous la direction de Primatice et de Nicolò dell’Abate, par un membre de l’atelier, entre 1556 et 1560 sous le règne d’Henri II peu après la visite de Francesco Salviati à Paris.

Si la brève consacrée aux ventes Sotheby’s de New York n’avait pas cité cette œuvre, c’était uniquement dû à la surabondance de beaux tableaux dont celui-ci faisait assurément partie. On se réjouit que la Société des Amis du Louvre, plutôt que de venir compléter financièrement les achats du Louvre comme elle le fait trop souvent ces dernières années, retrouve ainsi sa vocation qui est bien plutôt d’acquérir seule - bien entendu sur le conseil des conservateurs, ici Cécile Scailliérez - des œuvres d’art pour les offrir au musée.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 1er février 2016


P.-S.

La lettre mensuelle des Amis du Louvre envoyée aujourd’hui affirme que le tableau serait bien de Nicolò dell’Abate.





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