Le Salon du dessin, édition 2015


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1. Frans Snyders (1579-1657)
Étude d’un chien endormi
Pierre noire, sanguine et craie blanche - 181 x 269 cm
Galerie Motte-Masselinck
Photo : Galerie Motte-Masselinck

Toujours le même, mais toujours renouvelé. La réussite du Salon du Dessin prouve la vitalité du marché de l’art parisien, alors que pas moins de cinq jeunes galeristes français exposent pour la première ou la deuxième fois dans le Palais de la Bourse. La relève est déjà assurée, tandis que beaucoup d’« anciens » sont toujours là, et on l’espère pour longtemps. Pour certains, il s’agit d’une dynastie comme c’est le cas de la galerie Prouté, ou de la galerie de Bayser qui avait cédé une quinzaine de dessins dès la soirée d’inauguration. Même si certaines ventes étaient déjà plus ou moins conclues avant l’ouverture du Salon, tous les galeristes que nous avons interrogés – y compris ces « jeunes » sur lesquels nous reviendrons – étaient très satisfaits, pas seulement parce qu’ils s’étaient déjà séparés de plusieurs feuilles, mais aussi en raison de la qualité des visiteurs. On voyait en effet se presser dans les allées tout ce que le monde du dessin compte de collectionneurs et de conservateurs.


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2. Giambattista Tiepolo (1696-1770)
Académie d’homme assis
Pierre noire, sanguine, rehauts
de craie blanche - 42 x 29,4 cm
Galerie Marty de Cambiaire
Photo : Galerie Marty de Cambiaire
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3. France ou Italie, XVIIe siècle
Étude de bateaux d’apparat
Plume et lavis d’encre brune - 38 x 48,5 cm
Galerie Tarantino
Photo : Galerie Tarantino

Parmi ces cinq jeunes marchands donc, qui avaient chacun de très beaux stands, nous commencerons avec Nathalie Motte-Masselinck qui participait au Salon pour la deuxième année consécutive. Nous avons retenu chez elle (le choix n’était pas facile) une feuille vendue dès la soirée de mardi : un dessin de Frans Snyders représentant un chien (ill. 1).
Chez Marty de Cambiaire, parmi beaucoup de grands dessins publiés dans un beau catalogue – tous n’étaient d’ailleurs pas présentés le jour de l’inauguration et sont venus rejoindre les cimaises pour remplacer les œuvres déjà vendues - nous avions remarqué un Giambattista Tiepolo aux trois crayons (ill. 2), assez différent de ce que l’on voit d’habitude de cet artiste. Un point rouge est venu l’orner très rapidement.
Autre nouvel arrivant, Antoine Tarantino, dont la galerie rue Saint-Georges, peut-être un peu excentrée du parcours habituel, n’est pas suffisamment connue. Il était très heureux de rencontrer grâce au Salon beaucoup de clients potentiels qui ont apprécié la qualité des feuilles qu’il présentait, d’autant qu’il s’agissait d’un des rares marchands – voire le seul – à ne proposer que des dessins anciens. Dès l’ouverture, un grand musée européen achetait une très belle feuille inédite de Simon Vouet, tandis qu’un musée américain non moins connu achetait le lendemain une grande feuille de Giacinto Calandrucci, et que d’autres institutions (une française, une européenne) réservaient chacun un dessin (nous ferons rapidement des brèves sur ces acquisitions). Mais c’est une feuille anonyme – peut-être florentine, peut-être provençale – montrant plusieurs études de navires, sans doute d’apparat, que nous reproduirons ici (ill. 3).


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4. Gustav Adolf Mossa (1844-1926)
Madame Butterfly, 1902
Pastel - 60 x 41,2 cm
Galerie Matthieu Néouze
Photo : Galerie Matthieu Néouze
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5. Edgar Degas (1834-1917)
Le Duo, vers 1876-1878
Pastel sur monotype - 13 x 17,4 cm
Damien Boquet Art
Photo : Damien Boquet Art

Si La Tribune de l’Art s’intéresse essentiellement à l’art ancien et du XIXe siècle, le sous-titre indique que nous nous aventurons parfois, en fonction de nos goûts, jusqu’aux années 30. Deux galeristes parisiens spécialisés dans l’art de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe exposaient ici, l’un pour la première fois, Damien Boquet, l’autre pour la deuxième, Matthieu Néouze.
Chez Matthieu Néouze, parmi plusieurs œuvres symbolistes, nous avons retenu une superbe aquarelle d’Alphonse Mossa représentant Mme Butterfly (ill. 4), tandis que Damien Boquet (qui va également jusqu’à la seconde moitié du XXe puisqu’il présente, par exemple, un dessin de Keith Haring) expose un pastel sur monotype par Degas (ill. 5). Chaque année, un petit espaces est consacré à des œuvres anonymes proposées pour moins de 10 000 €, et la palme allait sans doute à un puissant dessin symboliste représentant une Tête macabre, appartenant également à Matthieu Néouze qui n’a pas réussi à en identifier le monogramme. La feuille a été vendue immédiatement, à un prix affiché à 2600 €.


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6. François-Joseph Navez (1787-1869)
Trois figures entrelacées, 1826
Pierre noire, estompe,
craie blanche - 76,5 x 53 cm
Galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron

Même si les œuvres du XXe siècle sont nombreuses, la spécificité du Salon reste tout de même le dessin ancien et XIXe. Cette tradition est respectée, non seulement grâce à certains des marchands déjà cités plus haut mais aussi avec les habitués, qu’ils soient parisiens comme les galeries Didier Aaron où l’on remarque à la place d’honneur un dessin monumental de Jean-François Navez (ill. 6), Jean-François Baroni, Coatalem, Talabardon & Gautier, Terrades ou les galeries londoniennes comme celle de Jean-Luc Baroni, qui expose une œuvre splendide de Paul Gauguin (ill. 7), Day & Faber, Bellinger-Colnaghi ou Stephen Ongpin, new yorkaises, Pandora Old Masters (avec un pastel de Charles Flach, un artiste brésilien ayant travaillé à Paris que nous avouons avoir découvert ici - ill. 8), Mark Brady et Jill Newhouse ; ou encore des galeries allemandes et espagnoles, également habituées du salon (Arnoldi-Livie, Thomas Le Claire, Martin Moeller, Arturo Cuéllar…). Cette énumération non exhaustive - nous n’avons pas cité les galeries spécialisées dans le XXe siècle, mais nous pourrions aussi parler du belge Patrick Derom qui présente régulièrement de belles œuvres symbolistes - démontre le caractère international de cette manifestation.


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7. Paul Gauguin (1846-1903)
Nègreries Martinique, 1890
Gouache et aquarelle - 34,3 x 24,7 cm
Jean-Luc Baroni Ltd
Photo : Jean-Luc Baroni Ltd
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8. Charles Flach (1863-1933)
Portrait de fille avec une collerette, 1897
Pastel - 43,6 x 29,7 cm
Pandora Old Masters
Photo : Pandora Old Masters

Celle-ci constitue aussi un rendez-vous pour l’histoire de l’art : outre le traditionnel colloque d’une demi-journée qui était consacré pour la seconde année consécutive aux dessins d’architectes (les actes du précédent viennent de paraître), chaque édition est l’occasion d’une exposition d’œuvres provenant d’une collection publique ou privée.


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9. Étienne-Louis Boullée (1728-1799)
Projet de cénotaphe de Newton (élévation
perspective, vue de nuit)
, 1784
Plume et encre, lavis gris et brun - 39,4 x 64,5 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF
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10. Frantz Jourdain (1847-1935)
Paris, la Samaritaine, façade du magasin 2,
rue de la Monnaie
, vers 1905
Crayon, plume et encre, aquarelle - 59,5 x 37 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF

Cette année, c’est la Bibliothèque nationale de France qui révéle, avec un commissariat de Marc Le Cœur et la participation de Barbara Brejon de Lavergnée, une quarantaine de dessins d’architecture du XVIe au XXe siècle. On sait peu, en effet, que parmi les merveilles conservées rue de Richelieu, se trouvent une collection de plusieurs milliers de feuilles achetées ou offertes par les plus grands architectes. C’est ainsi qu’on peut admirer pour quelques jours le Projet de cénotaphe de Newton (ill. 9) ou – délicate attention pour La Tribune de l’Art ? – un dessin de la façade de la Samaritaine par Frantz Jourdain (ill. 10). Cet accrochage – dont le petit catalogue est inclus dans celui du Salon - est très remarquable et justifierait à lui seul une visite au Palais Brongniart s’il fallait vraiment une raison autre pour s’y rendre.

Informations pratiques : Du 25 au 30 mars 2015. Palais de la Bourse, Place de la Bourse, 75002 Paris. Horaires : de 12h à 20h30.

Site du Salon du Dessin


Didier Rykner, jeudi 26 mars 2015





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