Publicité Annonce Tribune de l'Art souscription 2

Le Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis rouvre ses salles sur la Commune


27/9/17 - Accrochage - Saint-Denis, Musée d’Art et d’Histoire - Trop méconnu et pourtant facilement accessible par le métro et quelques minutes de marche, le Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, abrité dans un ravissant carmel des XVIIe et XVIIIe siècles, mériterait assurément d’être davantage visité. Ses collections sont riches et variées (on y trouve notamment d’importants tableaux du XVIIe siècle français).


JPEG - 366.1 ko
1. Une des salles consacrées à la Commune
Saint-Denis, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page
JPEG - 346.1 ko
2. Une des salles consacrées à la Commune
Saint-Denis, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Deux salles consacrées à la Commune de Paris viennent d’y être réaménagées, dans une nouvelle muséographie (ill. 1 et 2). Nous ne nous rappelons pas de la précédente ni des œuvres qui y étaient montrées, mais cette présentation actuelle est claire et didactique. Elle propose, outre des documents, affiches et estampes, des sculptures et peintures, dont certaines acquisitions plus ou moins récentes comme celle d’un beau portrait par Henri Lehmann de l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine, fusillé par les fédérés (ill. 3) acheté en 2009, ou des œuvres sorties des réserves. On appréciera par ailleurs l’absence de bornes interactives. Si ce genre d’équipement n’est pas forcément inutile, il n’y a rien de pire que de les voir envahir l’espace normalement consacré aux œuvres.


JPEG - 305.9 ko
3. Henri Lehmann
Portrait de l’abbé Deguerry
Huile sur toile
Saint-Denis, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Didier Rykner
Voir l'image dans sa page

Il reste que le Musée de Saint-Denis s’intitule Musée d’Art et d’Histoire, et que, puisqu’il prétend faire de l’histoire, il ne faudrait pas que celle-ci soit tronquée. Ce qui est hélas le cas. On pouvait d’ailleurs s’y attendre : difficile dans un établissement sous la tutelle de la mairie de Saint-Denis d’aller contre la doxa officielle qui nie les destructions volontaires et inexcusables de la Commune. Si les massacres perpétrés par l’un ou l’autre camp sont traités de manière équilibrée, il est faux de prétendre que les nombreux monuments historiques incendiés l’ont été pour freiner l’avance des troupes de Thiers comme on le lit sur les cartels et les panneaux d’information1. Les historiens - au moins ceux qui ne sont pas aveuglés par l’idéologie - l’ont démontré, et il suffit de lire l’ouvrage récent de Nicolas Chaudun (qui s’est appuyé sur les archives) pour comprendre qu’il s’agissait de faire table rase du passé (voir cet article). En ce sens, ce vandalisme délibéré n’est guère différent de celui que nous observons aujourd’hui dans certains pays. Dire cela, ce n’est pas nier les crimes des Versaillais, qui ont massacré à une échelle monstrueuse, c’est rappeler que si Paris fut en partie détruit, on le doit à la Commune. Cela fait partie de l’Histoire, et de l’Histoire de l’art. Il est triste que près de 150 ans après les faits, cela ne puisse être rappelé dans un musée dit d’Art et d’Histoire.


Didier Rykner, mercredi 27 septembre 2017


Notes

1« Les communards commencent à utiliser l’incendie pour tenter de limiter l’avance de leurs adversaires » lit-on sur un panneau, tandis qu’un cartel explique que « des feux sont bientôt allumés par les communards dans l’espoir d’entraver la progression de leurs ennemis ». Certes, ce dernier précise « Ces actions ont également une dimension symbolique, certains préférant brûler Paris plutôt que de le rendre ». Mais la réalité va bien au delà : il s’agissait d’une politique délibérée qui n’avait pas de rapport avec une quelconque tactique, mais tout à voir avec un vandalisme délibéré.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Deux anges musiciens attribués au Maître de Saint Barthélémy acquis par le Louvre

Article suivant dans Brèves : Le plan de la Ville et de la Métropole de Lyon pour démanteler le Musée des Tissus