La réouverture du Musée de Valence


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1. Musée de Valence
Cour intérieure, avec les surélévations
Photo : Didier Rykner

Si nous avions connu à l’avance la nature des travaux menés sur le Musée de Valence rouvert le 14 décembre dernier, nul doute que nous nous y serions opposés. Comme c’est trop souvent le cas dans ce type de rénovation, le bâtiment d’origine – non protégé, mais dans le périmètre de la cathédrale puisqu’il s’agit de l’ancien palais épiscopal – n’a pas suffisamment été considéré pour son intérêt architectural. Trop petit pour accueillir le musée nous a dit Hélène Moulin, la directrice de l’établissement, il a été agrandi. Si cette nouvelle architecture (par l’atelier Jean-Paul Philippon) est plutôt de bonne qualité, elle ne s’harmonise que bien peu avec le monument : bâtiments sur la cour surélévés (ill. 1), nouvelle aile s’insérant dans l’ancienne (ill. 2 et 3), espaces intérieurs largement éventrés même si certains éléments ont été conservés…
Une fois ceci dit, force est de constater que les œuvres elles mêmes sont désormais plutôt bien mises en valeur et que la muséographie est dans l’ensemble réussie, à l’exception d’une galerie étroite (ill. 4) où certains tableaux sont exposés en hauteur sans suffisamment de recul.


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S. Palais épiscopal de Valence
Carte postale ancienne
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3. Musée de Valence dans le palais épiscopal
après les travaux d’agrandissement
Photo : Didier Rykner

L’entrée se fait désormais sur le côté, dans une nouvelle aile faisant un angle droit avec la façade du musée. Une fois à l’intérieur, on est immédiatement confronté à ce mélange d’éléments architecturaux récents et de structures anciennes qui caractérise désormais ce « vaste hôtel particulier entre cour d’honneur pavée et jardin ombragé qui garde de nombreuses traces de son histoire séculaire1 ».
Le parcours débute au rez-de-chaussée et se poursuit ensuite aux étages supérieurs dans un ordre chronologique inversé, commençant par un historique du lieu, et se poursuivant par les collections archéologiques, des antiques jusqu’à la préhistoire. On admirera notamment la belle galerie ogivale (ill. 5) qui aboutit aux restes dégagés d’un escalier à vis.


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4. Musée de Valence
Galerie de peinture
Photo : Didier Rykner
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5. Musée de Valence
Galerie ogivale
Photo : Didier Rykner

Après les salles du rez-de-chaussée, un ascenseur mène donc au dernier étage d’où l’on peut se rendre sur le « belvédère » qui propose une belle vue sur la ville mais que l’on aurait pu s’épargner tant il dénature le bâtiment, notamment la cour (ill. 1). Un large plateau, où sont exposées des mosaïques et des sculptures gallo-romaines, offre un large panorama sur la cathédrale (ill. 6), tandis qu’un peu plus loin des vestiges conservés de l’ancien bâtiment (ill. 7) nous rappellent qu’on est aussi dans un monument historique… On est là dans une conception archéologique, par strate, de l’architecture.


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6. Musée de Valence
Salle avec vue sur la cathédrale
Photo : Didier Rykner
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7. Musée de Valence
Restes de fresque et d’une ouverture ancienne
Musée de Valence
Photo : Didier Rykner

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8. Hubert Robert (1733-1808)
L’Adoration des Bergers, vers 1780
Huile sur toile
Valence, Musée
Photo : Didier Rykner

Les collections de beaux-arts sont d’une richesse réelle. On passera rapidement sur les œuvres du XXe siècle et on rendra hommage ici à Hélène Moulin qui a su constituer une collection remarquable de paysages qui fait la force de ce musée autour de la figure d’Hubert Robert2.
Nous avons sur ce site signalé plusieurs de ces acquisitions mais la lecture des cartels fait comprendre à quel point cette politique a été menée avec détermination depuis près de trente ans. Le dernier achat, un Embarcadère méditerranéen d’Hubert Robert, a été effectué l’année dernière grâce à une souscription (voir la brève du 13/1/14) mais d’autres nous avaient échappé comme une rare peinture religieuse d’Hubert Robert (ill. 8) en 2003, un Paysage des Apennins de Jacob-Philip Hackert (ill. 9) en 2005 et une huile sur papier de Delacroix (ill. 10) en 2007.


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9. Jacob Philip Hackert (1737-1807)
Paysage des Apennins avec un arbre mort, 1780
Huile sur toile
Valence, Musée
Photo : Didier Rykner
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10. Eugène Delacroix (1798-1863)
Rochers, vers 1822
Huile sur papier marouflé sur toile
Valence, Musée
Photo : Didier Rykner

On citera également des acquisitions plus anciennes : en 1994, un superbe Paysage avec ruines et bergers de Pierre Patel (ill. 11) en 1994 ([Voir notre brève du 17/11/10), plusieurs autres tableaux d’Hubert Robert (Les Découvreurs d’antiques, acquis en 1984 ; Scène funéraire dans une église, acquis en 1988 ; Jeune femme tendant un biberon à un bébé, en 1992 ; deux assiettes peintes en 1995 ; Personnages dans une baie à Saint-Pierre de Rome, en 1991 ; Le Pont triomphal, en 2000 ; Intérieur de l’église Saint-Denis, en 2002…). Cette liste témoigne d’un travail admirable qui a transformé ce musée (déjà riche de nombreux dessins de l’artiste) en véritable conservatoire de son œuvre, le troisième plus riche au monde après le Louvre et l’Hermitage.


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11. Pierre Patel (1605-1676)
Paysage de ruines avec un grand escalier
Huile sur toile - 46 x 67 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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12. Claude Nattiez (actif à Rome entre 1641 et 1660)
La Villa Borghèse
Huile sur toile
Valence, Musée
Photo : Didier Rykner

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13. Peter van Mol (1599-1650)
Allégorie de l’air, dit L’oiseleur
Huile sur toile
Valence, Musée
Photo : Didier Rykner

On signalera également quelques raretés, telles ces trois toiles de Claude Nattiez (ill. 12), un français actif à Rome entre 1641 et 1660, spécialisé dans les vues d’architecture, mais aussi des tableaux sans rapport avec les paysages, comme une Allégorie de l’air de Peter van Mol (ill. 13), une Décollation de saint Jean-Baptiste de Martin Faber, un Portement de croix de Valdès Léal ou encore une Vanité de Cornelis Gysbrechts.
Le XIXe siècle, enfin, est également très bien représenté, tant par des paysages néoclassiques que des œuvres de l’école de Barbizon. Le Musée des Beaux-Arts de Lyon s’est montré très généreux avec Valence en déposant plusieurs paysages des XIXe et du début du XXe siècle.

On terminera ce court inventaire en rappelant que la Fondation BNP Paribas a récemment soutenu la restauration de quatre grands tableaux du XVIIe siècle encore anonymes (voir la brève du 3/4/13) qui bénéficient désormais d’une salle dédiée et qu’une autre pièce, décorée d’un beau papier peint néoclassique, abrite plusieurs sculptures du XIXe siècle.
Bref, le bilan est mitigé : un beau musée renaît, un monument historique a été en partie dénaturé. Il est dommage que l’un se soit fait contre l’autre.


Didier Rykner, lundi 21 avril 2014


Notes

1Comme le dit le dossier de presse.

2Qui n’est bien sûr pas originaire de Valence comme nous l’avions écrit par erreur.





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