La rénovation de la Tate Britain


La Tate Britain, qui n’avait jamais totalement fermé ses portes, a rouvert entièrement il y a quelques mois après de longs travaux qui lui ont redonné une nouvelle jeunesse.
Nulle révolution dans cette rénovation dont on aimerait qu’elle inspire davantage de musées. Il s’agissait ici de respecter le bâtiment tout en lui apportant les améliorations nécessaires à son bon fonctionnement. Les auteurs de cette rénovation sont les architectes Peter St John et Adam Caruso. Leur volonté de ne pas tout bouleverser est particulièrement visible dans la rotonde centrale où un nouvel escalier (ill. 1 et 2), très beau, a été créé, dont on pourrait croire qu’il a toujours été présent tant il respecte l’architecture environnante. On aurait pu regretter qu’il ait nécessité de casser le sol, mais ce n’était déjà plus celui d’origine.


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1. Peter St John et Adam Carus
Escalier de la rotonde de la Tate Britain
Photo : Didier Rykner
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2. Peter St John et Adam Carus
Escalier de la rotonde de la Tate Britain
Photo : Didier Rykner

Les salles ont conservé leurs beaux volumes (ill. 3). On constate ici une nouvelle fois qu’on n’a encore rien inventé de mieux, pour exposer des tableaux, que des pièces classiques, formées de quatre murs et de cimaises avec lambris. L’accrochage est assez serré même si sur certains murs on aurait pu espérer encore davantage de tableaux présentés. Des sculptures sont également réparties tout au long du parcours (ill. 4 et 5). Le nombre d’œuvres conservées par la Tate Britain est très important et on regrette toujours celles que l’on ne voit pas.


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3. Salle de la Tate Britain rénovée
Photo : Didier Rykner
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4. Salle de la Tate Britain rénovée
Photo : Didier Rykner

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5. Richard Westmacott (1863-1920)
Jupiter et Ganymède, 1898
Marbre - 68,5 x 51,5 x 19 cm
Londres, Royal Academy of Art
Photo : Didier Rykner

Il est difficile d’être original pour parler des collections. Nulle part dans le monde on ne peut mieux découvrir l’histoire de la peinture anglaise qu’à la Tate. Ceux qui douteraient de sa variété y découvriront une école bien plus riche et diversifiée qu’on ne le pense souvent. Le parcours est chronologique mais mélange les styles et les genres rapprochant des œuvres qui sont d’ordinaire exposées séparément.

Une des caractéristiques de l’art anglais est la manière dont il a été irrigué par des apports extérieurs, notamment par la Flandre. Un artiste tel que Van Dyck est parfois considéré outre-manche comme autant anglais que flamand. Certains même, tel Peter Lely (ill. 6), sont unanimement rattachés à l’école anglaise malgré leurs origines étrangères. On trouve aussi accrochées dans les salles des peintures d’italiens comme Benedetto Gennari (ill. 7) ou Canaletto. La Tate est finalement davantage un musée de l’histoire de l’art en Angleterre que de l’histoire de l’art anglais.


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6. Peter Lely (1618-1680)
Deux dames de la famille Lake, vers 1660
Huile sur toile - 127 x 181 cm
Londres, Tate Britain
Photo : Didier Rykner
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7. Benedetto Gennari 1633‑1715)
Elizabeth Panton, Later Lady Arundell
of Wardour, en Saint Catherine
, 1689
Huile sur toile - 125 x 102,1 cm
Londres, Tatte Britain
Photo : Didier Rykner

On ne pourra bien sûr, dans le cadre de cet article, décrire ne serait-ce que sommairement les richesses de la Tate Britain. Signalons toutefois que, comme auparavant, une aile est dédiée à Joseph Mallord William Turner (celle-ci est d’ailleurs restée ouverte pendant les travaux, accueillant parfois d’autres parties de la collection lors d’accrochages temporaires) et que William Blake bénéficie aussi de ses propres salles.


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8. James Barry (1741-1806)
Le roi Lear pleurant sur le corps de Cordelia, 1786-1788
Huile sur toile -
Londres, Tate Britain
Photo : Tate Britain
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9. Herbert James Draper (1863-1920)
La Lamentation sur le corps d’Icare, 1898
Huile sur toile - 182,9 x 155,6 cm
Invisible derrière sa vitre
Londres, Tate Britain
Photo : Didier Rykner

Un des grands plaisirs de la visite, à côté des noms connus - on reconnaîtra parfois certaines œuvres récemment acquises que nous avions publiées, comme les Archers de Joshua Reynolds (voir la brève du 25/5/05) est la découverte d’artistes mal connus en France, tel que Richard Westmacott (ill. 5, en prêt de la Royal Academy), James Barry (ill. 8) ou Herbert Draper, La Lamentation d’Icare. On pourrait multiplier cette liste presque à l’infini tant est riche cette peinture anglaise trop souvent mal considérée en dehors de quelques grands noms.


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10. Martin Creed (né en 1968)
Work N° 227 : The lights going on and off, 2000
(là, la lumière est off)
Photo : Didier Rykner
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11. Galerie centrale de la Tate Britain
un peu vide
Photo : Didier Rykner

Cette rénovation de la Tate Gallery est donc une vraie réussite. Nous nous permettrons néanmoins une ou deux critiques. Quelques tableaux, comme le Draper (ill. 9) dont nous parlions plus haut, sont presque invisibles car recouverts d’une glace réfléchissante (une pratique qui tend à se répandre, notamment en France, et que nous ne cesserons de dénoncer). À l’occasion de la réouverture, une grande salle était réservée à une installation de Martin Creed intitulée Work N° 227 : The lights going on and off, de 2000 (cette installation, acquise par le musée, est désormais terminée). Peut-on dire, sans passer pour un réactionnaire borné, notre agacement ? Ce type d’œuvre ne dépendrait-il pas plutôt de la Tate Modern ? Le visiteur de la Tate Britain a-t-il vraiment envie de venir voir une grande salle vide (ill. 10) qui s’allume, qui s’éteint, qui s’allume, qui s’éteint... pendant que des tableaux sont mis en réserve faute de place ? Cette question de l’espace perdu doit également être évoquée pour les galeries centrales, elles aussi très vides (ill. 11) : on n’y trouve que quelques rares sculptures contemporaines et elles seraient sans doute mieux adaptées à la présentation des sculptures d’Henry Moore (qui disposent néanmoins de salles spécialement dédiées) tandis que ses murs pourraient accueillir des toiles. On aime tellement la Tate Britain qu’on voudrait qu’il y en ait encore davantage !


Didier Rykner, mardi 22 avril 2014





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