L’Eglise d’Arc-sur-Tille menacée de destruction


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1. Charles-Félix Saint-Père (1804-1895)
Façade de l’église d’Arc-sur-Tille, 1826-1833
Photo : André Fanjaud
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La commune d’Arc-sur-Tille, à une quinzaine de kilomètres de Dijon, possède une jolie petite église, d’époque Restauration (1826-1833) et de style néo-classique (ill. 1), due à l’architecte Charles Félix Saint-Père. L’intérieur est riche d’un beau mobilier de la même époque, en partie classé1. Fermé depuis 1989 en raison de problèmes structurels, cet édifice est aujourd’hui menacé de démolition par la commune2.
La raison invoquée est le coût des travaux estimés, soit 2,2 millions d’euros. L’argument est irrecevable à plusieurs titres. D’abord parce qu’à ce compte, n’importe quel monument historique pourrait être détruit sous prétexte que cela coûte de l’entretenir ou de le restaurer ; ensuite, et surtout, car dans ce cas précis l’argent est un faux problème.


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2. Charles-Félix Saint-Père (1804-1895)
Eglise d’Arc-sur-Tille, 1826-1833
Photo : Jean-Louis Hannebert
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3. Charles-Félix Saint-Père (1804-1895)
Nef de l’église d’Arc-sur-Tille, 1826-1833
Photo : M. Voinchet
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En effet, cette estimation porterait3 sur une restauration complète du bâtiment, pas sur les travaux minimums nécessaires pour réparer les principales dégradations et le rendre au culte. Tout reposerait donc sur une mauvaise interprétation du devis. Il suffirait, en réalité de 300.000 euros pour sauver l’église, alors que la commune s’apprêterait à en dépenser 400.000 pour la détruire et en reconstruire une sans aucun intérêt architectural. La mairie ne parle d’ailleurs pas de destruction, mais, je cite, de « déconstruction », nouveau terme politiquement correct qu’il fallait inventer.


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4. France, vers 1888
Saint-Martin partageant son manteau
Vitrail
Arc-sur-Tille, Eglise
Photo : André Fanjaud
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5. Eglise d’Arc-sur-Tille
Vue du chœur (avec une copie de
La Cène de Léonard de Vinci)
Photo : André Fanjaud
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Les photos de l’église démontrent amplement ses qualités architecturales. Ainsi, la façade possède une colonnade néo-classique (ill. 1), d’ordre dorique, simple mais élégante, comme l’est d’ailleurs la silhouette générale de l’édifice (ill. 2).

L’intérieur, à nef unique, n’est pas moins intéressant (ill. 3) et possède des vitraux de bonne facture (ill. 4). Le chœur (ill. 5) est décoré de peintures murales notables par leur iconographie. Il s’agit en effet, de copies : la Cène de Léonard de Vinci (ill. 5) est entourée d’un Baptême du Christ (ill. 6) d’après Hippolyte Flandrin (l’original fait partie du décor de Saint-Germain-des-Prés à Paris) et du Mariage de la Vierge (ill. 7) d’après Raphaël (Brera, Milan). L’association Raphaël et Vinci avec Hippolyte Flandrin est originale et témoigne de la renommée qu’ont pu avoir les œuvres de ce dernier. L’ensemble est daté 1879 sur le Mariage de la Vierge. L’histoire de ce décor d’Arc-sur-Tille mériterait d’ailleurs d’être étudié, d’autant que ces copies semblent, d’après les photos, de bonne qualité.


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6. France, vers 1879, d’après Hippolyte Flandrin
Le Baptême du Christ
Arc-sur-Tille, Eglise (chœur)
Photo : André Fanjaud
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7. France, 1879, d’après Raphaël
Le Mariage de la Vierge
Arc-sur-Tille, Eglise (chœur)
Photo : André Fanjaud
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Il est peu banal qu’une église soit menacée de destruction, surtout lorsqu’il s’agit du seul édifice religieux d’une commune. Hélas, dans le contexte actuel, il est probable que ce genre de menaces va se multiplier, compte-tenu de la baisse régulière des crédits dédiés à la restauration des monuments historiques et de la désaffection de la pratique religieuse. Le combat des opposants à cette destruction est donc capital et exemplaire. Il est urgent de sauver l’église d’Arc-sur-Tille. Une pétition a été lancée sur Internet et j’invite tous les lecteurs de La Tribune de l’Art à la signer. Vous la trouverez à cette adresse, sur le site de l’association Une église pour Arc.

P.S. Grâce à la mobilisation des opposants à la démolition et au résultat des élections municipales, l’église semble sauvée (voir brève du 20/3/08)

Voir l’article : Le préfet de Côte-d’Or s’engage pour la destruction de l’église d’Arc-sur-Tille (1er août 2006)


Didier Rykner, lundi 22 mai 2006


P.-S.

L’église a finalement été sauvée (voir la brève du 16/12/10).


Notes

1Une partie de ce mobilier (sculptures, reliquaires,...) a été déposé au Musée d’Art Sacré de Dijon.

2Nous avons contacté par téléphone le maire d’Arc-sur-Tille, François Mauge, qui n’a pas voulu ou pas pu nous rappeler. La Direction Régionale des Affaires Culturelles nous a répondu qu’elle ne pouvait pas être partie prenante dans cette affaire. En effet, l’édifice a été présenté trois fois devant la Commission Régionale du Patrimoine, en 1989, 1990 et 1994. Les deux premières fois, l’avis de cette commission a été négatif, la troisième fois, elle a proposé l’inscription. La mairie étant opposée à cette protection, le Ministère de la Culture, sur avis du Préfet, l’a refusée. Le bâtiment n’étant ni classé ni inscrit, la seule possibilité pour la DRAC aurait été d’aider au financement grâce à la ligne budgétaire pour le patrimoine rural non protégé. Or, suite à la décentralisation, ce budget est maintenant délégué au niveau départemental. La DRAC a également précisé qu’elle avait financé en 1993 et 1995 deux études sur cette église. En 1990, le bureau Véritas estimait, toujours d’après la DRAC, les travaux de stabilisation à 3 millions de francs.

3Ces éléments budgétaires sont précisés dans une lettre envoyée à la Direction Régionale des Affaires Culturelles par l’Association des Architectes du Patrimoine.





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