L’Ashmolean reçoit un portrait collectif de Dobson


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William Dobson (1611–1646)
Portrait collection, le prince Rupert, le colonel William Legge
et le colonel John Russell, vers 1645
Oxford, Ashmolean Museum
Photo : Ashmolean Museum
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20/05/17 - Acquisition - Oxford Asmolean Museum - Un tableau historique a rejoint l’Ashmolean Museum d’Oxford, acquis selon le processus de l’acceptance in lieu (équivalent anglais de la dation)1
Portrait collectif de trois grands chefs militaires royalistes, réalisé par William Dobson en 1645-1646, il évoque indirectement l’importance de la ville d’Oxford durant la guerre civile anglaise ; c’est là en effet que se réfugia Charles Ier et sa cour après avoir quitté Londres en 1642. Cet enrichissement des collections est aussi l’occasion de rappeler que le musée célèbre cette année le 400e anniversaire de la naissance de son fondateur, Elias Ashmole, contemporain des personnages représentés dans le tableau.

À gauche se tient Robert Rupert, dit « Rupert du Rhin », fils d’Elisabeth Stuart et de Frédéric V prince-électeur et comte palatin du Rhin, roi de Bohême à partir de 1619. Le prince Rupert était le neveu de Charles Ier d’Angleterre qu’il rejoignit en 1642 et qui lui confia le commandement de la cavalerie. Il obtint plusieurs victoires pendant la guerre civile, s’empara de Bristol en 1643, mais finit en 1645 par abandonner la ville à Thomas Fairfax à la tête de la New Model Army. Cette reddition fut considérée comme une trahison par le roi qui retira le commandement de son armée à son neveu. Celui-ci réclama d’être jugé en cour martiale pour prouver son innocence et affirmer sa loyauté à Charles Ier.
À droite, le colonel John Russel dirigea le régiment d’infanterie des Bluecoats au service du Prince Rupert. Il est le commanditaire de ce tableau qui resta dans sa famille jusqu’ aux précédents propriétaires. Le personnage central fut un temps identifié comme William Murray, mais il s’agit plus probablement de William Legge, officier royaliste proche du prince.
Une autre version du tableau, conservée à the Ashdown House, sans doute une copie, comporte des inscritpions dorées sur la base de la colonne, qui suggèrent d’autres identités pour les deux hommes de droite : le Prince Maurice et le duc de Richmond.

Dobson fut en quelque sorte le chroniqueur de la guerre civile anglaise : lui qui fut probablement peintre officiel à la cour de Charles Ier à la suite de Van Dyck (dont il regarda les œuvres), il portraitura les partisans royalistes, cavaliers et courtisans. Il évite les poses statiques, et met véritablement en scène ses personnages qu’il répartit ici autour d’une table. Leurs postures semblent décomposer un mouvement, l’un debout, l’autre penché, le troisième assis. Le cadre est théâtral, avec ce grand rideau qui tombe et cette colonne monumentale. L’ensemble trahit une influence de la peinture vénitienne que l’auteur a pu voir dans les collections royales. Le prince Rupert a laissé sur un fauteuil son manteau rouge de commandant, celui qu’il portait le jour de la rédition. Il tient dans sa main un rouleau de papier qui fait peut-être allusion à la feuille blanche que lui envoya le roi pour qu’il confesse sa trahison. Le prince la lui retourna vierge par l’intermédiaire de Legge2 et aurait ainsi obtenu le pardon de Charles Ier. La présence du chien avec les initiales PR affirme la fidélité et la loyauté due Rupert (il fait peut-être allusion au chien que celui-ci possédait, Boy, qui étant cependant un caniche blanc, célèbre dans l’histoire anglaise).


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, samedi 20 mai 2017


Notes

1La peinture se trouvait à Ombersley Court (Worcestershire), elle appartenait au baron et à la baronne Richard et Patricia Sandy décédés en 2013 et 2015.

2Anecdote qui apparaît dans The Journal of Prince Rupert’s Marches.





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