Il faut sauver les sculptures de la chapelle de Versailles


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Corneille Van Clève (1645-1732)
Saint Luc et Saint Matthieu, 1707
Statue en pierre de Tonnerre - 283 cm
Versailles, Chapelle royale
Photo : Didier Rykner

Françoise de la Moureyre publie aujourd’hui dans nos colonnes un article expliquant pourquoi il est absolument nécessaire que les sculptures surplombant la chapelle de Versailles soient déposées, restaurées et mises à l’abri, puis remplacées par des copies (moulages). Celle-ci, néanmoins, le fait en des termes diplomatiques qui ne nous paraissent pas complètement en phase avec l’urgence de la situation. C’est pour cette raison que nous mettons en ligne cet éditorial, sur le même sujet.

Nous voulons d’abord apporter une nuance : si, comme Françoise de la Moureyre, nous nous réjouissons de la restauration de la chapelle, nous nous inquiétons que celle-ci reprenne les mêmes principes qui ont prévalu pour les travaux sur le corps central la vieille aile (dont l’intérieur a par ailleurs été détruit). On va, une fois de plus, dorer les toits. Cette dorure, qui existait sans doute au XVIIe siècle comme on le voit sur certains tableaux, était évidemment bien plus discrète que l’or clinquant comme une gourmette auquel nous avons droit aujourd’hui (et qui ne se patine pas avec le temps). Et, surtout, le reste du château (à commencer par l’aile Gabriel et le pavillon Dufour) a été profondément modifié au cours des siècles suivants, ce qui rend la dorure - qui avait disparu au XIXe siècle - complètement anachronique.

Ceci, bien que condamnable, demeure bénin par rapport au principal scandale que dénonce Françoise de la Moureyre. Ne pas remplacer les sculptures originales par des copies afin de les mettre à l’abri et de les sauver d’une destruction inéluctable n’est pas seulement regrettable, c’est un crime contre le patrimoine1. La restauration de la chapelle constitue une occasion unique de réaliser ce sauvetage. Personne (sauf les architectes en chef Pierre-André Lablaude, Jacques Moulin et Frédéric Didier) ne conteste la mise à l’abri des statues du parc. Si cette solution n’est pas pleinement satisfaisante, elle est la seule qui garantisse la pérennité de ces œuvres. Les sculptures des jardins dépendant de la conservation du château leur remplacement par de copies était décidée par celui en charge de la statuaire, soutenu par Béatrix Saule (un point à mettre à son crédit).

La conservation du château, en revanche, par une répartition des rôles absurde et sans fondement, n’a aucun pouvoir sur les sculptures ornant l’architecture, et Laurent Salomé qui vient d’être nommé n’en aura pas davantage. C’est le privilège de Frédéric Didier, l’architecte en chef des monuments historiques, qui a décidé qu’il n’était pas question de les déposer, son avis étant suivi par Catherine Pégard, la présidente de l’établissement.
Seule cette dernière aurait le pouvoir d’imposer ce remplacement. Mais Catherine Pégard n’est pas spécialiste de sculpture, pas historienne de l’art, pas restauratrice, pas conservateur, et n’a aucune compétence scientifique connue ou reconnue dans le domaine du patrimoine. Elle suit l’avis de Frédéric Didier. Les statues resteront en place et pourront continuer à se détériorer jusqu’à ce qu’elles soient irrécupérables.

Nous refusons cette décision, qui équivaut à un vandalisme contraire à la première mission de l’établissement public : conserver son patrimoine. Ces sculptures doivent être sauvées, remplacées par des copies et exposées au public. Qu’il faille, pour cela, faire appel au mécénat comme le suggère Françoise de la Moureyre, ou que l’Établissement public et le ministère de la Culture y consacrent l’argent nécessaire, peu nous chaut. Nous en avons plus qu’assez de voir le château de Versailles abandonné, voire détruit par ceux qui sont censés l’entretenir.


Didier Rykner, samedi 26 novembre 2016


Notes

1Nous avons interrogé l’établissement public, sans obtenir aucune réponse de sa part.





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