Hôtel de la Marine : la vigilance demeure


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Hôtel de la Marine
Colonnade sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner

Depuis que la commission sur l’Hôtel de la Marine présidée par Valéry Giscard d’Estaing a rendu ses premières conclusions (voir l’article), une contre-offensive organisée, que l’on aurait tort de négliger, est menée dans certains médias.

On voit en effet fleurir sur Internet des articles, souvent anonymes, publiés presque chaque jour par des sites qui se font une spécialité de n’exercer aucun contrôle éditorial (tout le monde peut y publier ce qu’il veut), expliquer combien la France est rétrograde et conservatrice pour avoir osé repousser le magnifique projet, plein d’amour de la France et de philanthropie, d’Alexandre Allard et de Renaud Donnedieu de Vabres. On pourra lire quelques exemples de cette touchante prose, , , ou encore ici1.
Des bruits courent déjà, venant des plus hautes sphères de l’Etat, laissant craindre que tout ne soit pas définitivement joué et que si le Louvre devrait se voir effectivement confier une partie du bâtiment, le couple Allard-Donnedieu n’aurait pas tiré ses dernières cartouches. Toutes les critiques sur la dévolution de l’Hôtel au Louvre peuvent porter d’autant plus facilement que, pour l’instant, seuls les grands principes ont été définis. Quel sera exactement le projet muséographique ? Quel en sera le financement ? Quelle place le grand musée parisien laissera-t-il aux autres institutions dont on nous dit qu’elles se partageront le bâtiment ? Tout cela, espérons-le, devra être détaillé précisément dans le rapport final qui sera remis en septembre.

Les commissions, on le sait, sont souvent créées pour enterrer les problèmes, ou pour apaiser l’opinion sans rien céder sur le fond. Rien ne dit encore que les recommandations de celle-ci seront suivies.
Si le projet tel qu’il s’esquisse aujourd’hui devait effectivement être mis en place, il faudra toutefois rester vigilant.
Une large ouverture au public s’accompagnera nécessairement de travaux de mises aux normes qui peuvent entraîner des dégradations incompatibles avec la conservation du monument. Le respect le plus strict de son architecture et de ses décors est un préalable non négociable.
Autre condition indispensable à la réussite de ce projet : que le Louvre ne se montre pas hégémonique, ce à quoi Henri Loyrette semble s’être engagé. Comme établissement public, celui-ci a un pouvoir et des moyens financiers bien supérieurs à ceux des partenaires cités par la commission. Nous pensons notamment au Mobilier National qui trouverait là une occasion inespérée de pouvoir exposer, notamment dans les appartements du XVIIIe siècle, une partie du mobilier très important qu’il conserve.

Notons aussi que, dans son communiqué, la commission parlait des « collections du Cabinet des Médailles », sans citer la Bibliothèque Nationale qui d’ailleurs n’en avait pas été informée préalablement. Nous pouvons dire ici, de source certaine, que ces termes exacts ont été longuement pesés et choisis à dessein. La commission voulait ainsi clairement signifier que, puisque la Bibliothèque Nationale ne semble pas s’occuper comme il le faudrait du Cabinet des Médailles (voir notre article), celui-ci, qui existait préalablement à son installation rue de Richelieu, pouvait trouver dans l’Hôtel de la Marine un lieu qui l’accueillerait bien volontiers et qui permettrait de mettre en valeur ses richesses mieux qu’elles ne le sont actuellement, et surtout probablement mieux qu’elles ne le seront à l’avenir. Espérons que le rapport final en détaillera précisément les modalités.

En conclusion, tant que des décisions fermes n’auront pas été prises, tant que le financement ne sera pas sécurisé, tant que les modalités d’utilisation de chacun des espaces de l’Hôtel de la Marine n’auront pas été décidées, il sera difficile d’affirmer avec certitude, comme nous le faisions peut-être un peu vite dans notre précédent article, que ce monument est sauvé. La voie est tracée, il reste maintenant à la suivre, en veillant à ce qu’aucun obstacle inopiné ne vienne l’obstruer.


Didier Rykner, jeudi 28 juillet 2011


Notes

1Nous ne pouvons être exhaustif, mais une recherche sur Google permettra de trouver un grand nombre de ces pseudo-articles. On notera que ces textes sont repris par Google Actualité comme s’il s’agissait d’articles de journaux.





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