« Hôtel de la Marine, immeuble de prestige et d’exception »


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1. Hôtel à louer

Nous avions illustré plusieurs articles consacrés à l’Hôtel de la Marine avec une image montrant la façade du monument portant un grand écriteau « A louer. Très bel emplacement » (ill. 1). La réalité dépasse hélas la fiction : sur le site du ministère du Budget, on peut lire en effet l’annonce relative à la location en bail emphytéotique du bâtiment de Gabriel titrée « Hôtel de la Marine, immeuble de prestige et d’exception ». Le gouvernement français se transforme en agent immobilier pour se débarrasser d’un des fleurons de son patrimoine et brader l’histoire de France que le président de la République prétend pourtant mettre à l’honneur par ailleurs. On touche réellement le fond.

L’appel à projet a été publié au Journal officiel de l’Union européenne, et il est consternant. Le bail sera « conclu pour une durée de 60, 70 ou 80 ans », il n’y aura donc plus de réelle différence entre une vente et une location. L’avenir de ce monument sera scellé pour trois générations. Cela ressemble fort au « Après moi le déluge » attribué de manière apocryphe à Louis XV. La France prostitue, au cœur de Paris, l’un de ses monuments historiques les plus importants.
Le texte1 ne prévoit pratiquement aucune contrainte pour le repreneur. On se contente de lui signaler que le monument « est classé au titre des monuments historiques en totalité par liste de 1862 ». Aucune mention n’est faite du mobilier (ill. 2 et 3) historique (si ce n’est pour en fournir la liste) et il n’est aucunement imposé de le conserver in situ. Jamais il n’est demandé au bénéficiaire du bail de garantir l’accès du monument au public. A aucun moment on ne restreint l’usage qui peut en être fait. On se contente de l’informer qu’il pourra demander à consulter certains documents, notamment l’Etude sur la valeur patrimoniale de l’immeuble réalisée par l’architecte en chef des monuments historiques (voir l’article) et le procès-verbal de la commission nationale des monuments historiques qui valide cette étude.


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2. Salon Rouge
Paris, Hôtel de la Marine
Photo : Didier Rykner
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3. Cabinet d’Audience du Commissaire
général de la Maison du Roi
Paris, Hôtel de la Marine
Photo : Didier Rykner

Le lancement de l’appel à candidature ne signifie pas que les opposants à cette privatisation du patrimoine public doivent se résoudre à cesser le combat. Bien au contraire2. Nous consacrerons d’autres articles à cette affaire que nous avons l’intention de suivre de très près.

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Didier Rykner, mardi 7 décembre 2010


Notes

1On signalera d’ailleurs que celui-ci ne comporte curieusement pas de « Section V ». S’agit-il de cacher des choses ou simplement d’une erreur de rédaction ?

2Nous renvoyons une nouvelle fois au site de la pétition lancée par les Amis de l’Hôtel de la Marine.





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