Fables du paysage flamand Contenu abonnés


Fables du paysage flamand. Bosch, Bles, Brueghel, Bril.

Lille, Palais des Beaux-Arts, du 6 octobre 2012 au 14 janvier 2013

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1. Joachim Patinir (vers 1480-1524)
Paysage avec la destruction de
Sodome et Gomorrhe
, vers 1515-1520
Huile sur bois - 22,5 x 30 cm
Rotterdam, Musée Boijmans - Van Beuningen
Photo : Musée Boijmans
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Les images sont « faites pour signifier une chose différente de ce qu’on voit avec les yeux », affirmait Cesare Ripa1. Le Palais des Beaux-Arts de Lille le démontre brillamment dans une exposition iconologique consacrée aux « fables du paysage flamand » au XVIe siècle. La fable - du verbe «  fari », parler - désigne ici un « récit de fiction exemplifiant un sens moral », essentiellement extrait de la Bible2 et de la mythologie.
Il est révélateur que le titre de nombreux tableaux exposés à Lille commence par la formule « Paysage avec … » suivie du sujet proprement dit, tiré de la vie du Christ, de l’Ancien Testament ou de l’hagiographie : à cette époque en effet, le paysage prend une certaine autonomie par rapport à l’histoire dont les acteurs sont désormais de petits personnages relégués dans un coin de la composition (ill. 1). Mais si la nature a la part belle, la démarche des peintres n’est pas purement esthétique ; le paysage devient métaphorique et s’organise de manière symbolique, comme l’explique Michel Weemans : « le tableau ne se contente pas d’illustrer un récit (hagiographique ou biblique), mais en donne une interprétation visuelle. »3.

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2. Henri Bles (vers 1500 - 1560)
Paysage avec saint Christophe, vers 1535-1545
Huile sur panneau - 30 x 42 cm
Rotterdam, Musée Boijmans - Van Beuningen
Photo : Musée Boijmans
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Cette tendance picturale est liée au développement de la Devotio moderna, mouvement spirituel qui naît aux Pays-Bas à la fin du XIVe siècle et favorise la prière personnelle, l’introspection, en bref une piété tout intérieure à laquelle les peintres offrent un support de méditation. L’exégèse est alors à un tournant, Érasme insiste sur la richesse et la multiplicité de sens des Écritures, d’inspiration divine, que l’on peut saisir grâce à différents niveaux de lecture hérités du Moyen-Âge : le sens historique ou littéral, le sens allégorique, le sens tropologique ou moral, et le sens anagogique. La Nature, elle aussi, est considérée comme un livre, écrit par le doigt de Dieu, qui atteint sa perfection dans sa variété ; varietas avec laquelle rivalisent les humanistes par un travail rhétorique et la diversification de leur discours. Alain Tapié, dans son essai « Érasme, peintre malgré lui », démontre comment la « production visuelle du sens telle que la pratique Érasme » est pleinement à l’œuvre dans la peinture flamande, qui fait le lien entre ces deux livres mis au service de la Révélation : les Écritures et la Nature. Les artistes conçoivent des « paysages mondes », expression formulée au début du XXe siècle par Eberhard Von Bodenhausen4 pour définir ces peintures qui englobent en une seule image les montagnes, la mer, les forêts et les villes, formant un microcosme, miroir…

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