En dépit des décisions de justice, la démolition de l’église de Gesté va commencer


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Gesté (Maine et Loire)
L’Église Saint-Pierre-aux-Liens en passe
d’être détruite à partir du 18 juin 2013
Photo : D. Rykner

17/6/13 - Patrimoine - Gesté, église - Lorsqu’un meurtre menace d’être commis en pleine rue, il est d’usage que la police intervienne pour empêcher le crime. Il semble qu’en France un maire puisse, malgré des décisions de justice en sa défaveur, décider de détruire une église sans que la force publique ne s’interpose.

On se rappelle que le Conseil d’État avait rejeté la demande de pourvoi en cassation de la Mairie de Gesté contre la décision du Tribunal Administratif qui interdisait la démolition de l’église. Le maire s’en moque et prétend désormais que le permis de démolir (qui a été annulé) n’est pas nécessaire. Et que le permis de construire, qui fait l’objet d’un recours, n’est pas suspensif.
Comme nous l’avions écrit récemment, le conseil municipal a donc à nouveau voté la démolition le 6 mai, et le maire a passé un appel d’offre pour qu’une entreprise mène ce chantier. Aujourd’hui 17 juin, il a convoqué la presse locale à 16 h pour annoncer sa décision, la démolition devant commencer incessamment.

L’avocat de l’association a déposé ce jour un référé en suspension et une requête en annulation de la délibération du conseil municipal, mais il est probable que la démolition commencera dès demain. Il ne reste que peu d’alternatives possibles pour empêcher ce vandalisme. La première serait que le ministère de la Culture, qui est au courant de la situation, prenne ses responsabilités comme à Saint-Gemmes-d’Andigné (ou à Fontainebleau) et prenne un arrêté d’instance de classement. Mais celui-ci doit intervenir immédiatement.
La deuxième serait que l’on suive l’exemple de la Halle de Fontainebleau, où les défenseurs du patrimoine se sont opposés physiquement aux bulldozers. Nous parlions récemment de la leçon turque, peut-être est-il temps de la suivre même s’il est facile de parler depuis Paris, loin du Maine-et-Loire. Quelle que soit l’issue de cette bataille, il reste à espérer que les responsables n’en sortiront pas impunis. Va-t-on accepter qu’en France, désormais, un élu local puisse décider de la destruction d’une église en bon état, dont la qualité artistique est reconnue même par un tribunal administratif ? Sommes nous encore dans un État de droit ou le temps de la barbarie est-il définitivement revenu ?


Didier Rykner, lundi 17 juin 2013





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