Deux œuvres préemptées par Fontainebleau


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1. Pierre Bazin (actif de 1793 à 1818)
Fondation des maisons d’éducation des orphelines
de la Légion d’honneur par Napoléon Ier
, vers 1812
Huile sur toile - 47 x 36 cm
Fontainebleau, Musée national du château
(Musée Napoléon)
Photo : Osenat

28/3/16 -  Acquisitions - Fontainebleau, Musée Napoléon Ier - La vente Osenat du 5 mars dernier a connu de nombreuses préemptions. Nous aurions aimé toutes les présenter en un article, mais devant l’absence de réponse de la SVV, nous le ferons plutôt musée par musée, ce qui nous permettra par ailleurs d’être plus complet.

C’est ainsi que le musée Napoléon Ier du château de Fontainebleau a préempté deux œuvres1.
Une peinture, adjugée 2000 euros, était attribuée par erreur à Charles-Louis Bazin (1802-1859) ; l’auteur est en réalité le père de celui-ci, Pierre Bazin. Comme le soulignent Christophe Beyeler, Vincent Droguet et Alain Pougetoux, il ne faut pas voir, dans ce petit tableau, un ricordo de la toile présentée à Paris au Musée de la Légion d’Honneur2, mais bien une étude préparatoire, dans laquelle le peintre met en place sa composition et ne fait d’ailleurs qu’esquisser les visages. L’œuvre finale signée « P. Bazin » a quant à elle été parfois attribuée à tort à un autre fils de l’artiste qui s’appelait également Pierre.

Le tableau illustre la fondation par Napoléon des maisons d’éducation des orphelines de la Légion d’honneur, par décret du 15 juillet 1810. Au centre de la composition, l’empereur est présenté comme leur nouveau père : il confie l’une d’elles à une femme en noire, Marie-Marguerite de Lézeau, supérieure de la congrégation de la Mère de Dieu, chargée de diriger ces maisons d’éducations. À droite se dresse un cénotaphe en mémoire des soldats morts ; il se compose d’une urne dotée du cordon de la Légion d’Honneur et drapée de noir, surplombée de trophées. Des veuves se tiennent auprès du monument, les unes éplorées, les autres reconnaissantes envers l’empereur. La gestuelle des différents personnages est d’ailleurs éloquente : une femme désigne à ses enfants Napoléon qui montre le cénotaphe à Marie Marguerite de Lézeau en guise d’explication, tout en lui confiant de l’autre main une petite fille. La supérieure s’incline, en signe d’acceptation, pose une main sur son cœur et tend l’autre à la fillette. Les personnages sont plus statiques, spectateurs de la scène, parce que leur identité même définit leur rôle ; il s’agit en effet de personnes réelles alors que les femmes de droite sont des figures d’invention. Derrière l’empereur se tient la reine Hortense, nommée par le décret impérial du 16 décembre 1809 « princesse protectrice de l’Institut des Maisons impériales Napoléon ». À gauche, on reconnaît le cardinal Fesch, grand aumônier de l’Empire, le comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, et le chanoine Duvey, premier aumônier de la Congrégation de la Mère de Dieu et des maisons d’orphelines

Christophe Beyeler suggère de rapprocher cette étude d’une lettre que Denon adresse à Lacépède le 15 juillet 1812 : « Monsieur Bazin m’a montré l’esquisse du tableau qu’il se propose de faire pour consacrer l’établissement des maisons impériales des orphelines de la Légion d’honneur. […] Je me suis permis de lui faire quelques observations  ». On note de fait quelques différences avec le tableau final où l’inscription "La Patrie reconnaissante" a disparu et les trophées sont coupés par le cadre le format de la peinture achevée est d’ailleurs horizontal. Enfin, Napoléon a sur sa poitrine la croix de la Légion d’honneur.

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2. Pierre Martinet (né en 1781, documenté en 1812)
Le Maréchal Berthier demandant la main de l’impératrice
Marie-Louise au nom de l’empereur Napoléon Ier,
1811
Crayon, encre et lavis - 25 x 31 cm
Fontainebleau, Musée national du château (Musée Napoléon)
Photo : Osenat

L’autre acquisition est un très beau dessin de la main de Pierre Martinet adjugé 4500 euros. Réalisé en 1811, il représente le Maréchal Berthier, demandant solennellement la main de l’archiduchesse Marie-Louise au nom de l’empereur Napoléon Ier le 8 mars 1810(ill. 2). L’artiste détaille avec soin des hommes… vus de dos qui s’avancent vers François Ier d’Autriche et sa fille Marie-Louise dessinés de face, d’un trait plus léger et moins précis. Il s’agit bien de montrer la prestance de la délégation française, dans une mise en scène spectaculaire : le plafond à caissons et le carrelage marquent la perspective, tandis que les colonnes surmontées de chapiteaux corinthiens servent de cadre à la composition tout en lui conférant monumentalité et dynamisme. L’artiste représente fidèlement la salle du trône de la Hofburg, bien que celle-ci fût à l’époque assez récente, construite entre 1802 et 1806 par l’architecte de la cour Louis Montoyer. Le maréchal Berthier, prince de Neuchâtel, se tient auprès de l’empereur autrichien debout, coiffé d’un chapeau et décoré du collier de la toison d’or, tandis que Marie-Louise reçoit un médaillon représentant un portrait miniature de Napoléon, qu’une suivante lui passe autour du cou.

Fontainebleau conserve une estampe représentant le même sujet, qui s’accompagne d’une description du cérémonial : « Vienne le 8 mars à six heures du soir, le Prince de Neuchâtel Ambassadeur extraordinaire s’est rendu au Palais. Le Grand Chambellan l’a conduit jusqu’à la salle d’Audience l’Empereur était sous un dais environné de toute la famille Impériale et de toute la cour. L’Archiduchesse a ensuite paru accompagnée de son grand maître et de sa grande maîtresse. L’Ambassadeur après avoir adressé un discours à l’Archiduchesse Louise lui a présenté une lettre de l’Empereur Napoléon. L’Archiduchesse a répondu avec la plus vive sensibilité. Elle a obtenu de son père la permission d’accepter le portrait de l’empereur Napoléon qui était porté par un cavalier d’Ambassade sur un coussin de velours. »
Le 9 mars était célébré le Mariage par procuration à Vienne de l’archiduchesse Marie-Louise avec le maréchal Berthier, prince de Neuchâtel comme l’illustre une gravure conservée à Versailles.

On ne sait pas grand chose de Pierre Martinet si ce n’est qu’il fournit des dessins pour illustrer les Campagnes de Napoléon Ier en Italie projet dirigée par Vivant-Denon entre 1802 et 1814, il réalisa en outre plusieurs peintures animalières et même des portraits de chevaux, ceux de Napoléon, surnommés « le familier », « le distingué » ou encore « le triomphal ».


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 28 mars 2016


Notes

1Nous remercions Christophe Beyeler pour les nombreuses informations qu’il nous a fournies à leur propos.

2Elle vient d’être restaurée et était naguère conservée à Saint-Denis à la Maison d’Éducation de la Légion d’Honneur.





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