Réouverture du Musée de Pont-Aven après agrandissement


30/3/16 - Musées - Pont-Aven, Musée de Pont-Aven - La Tribune de l’Art avait, il y a cinq ans, présenté le projet d’agrandissement du Musée de Pont-Aven (voir la brève du 6/6/11) et expliqué en détail ses enjeux mais aussi sa future organisation (le cabinet d’architectes retenu était L’Atelier de l’Île). Il vient d’ouvrir ses portes au public et nous ne reviendrons donc pas en détail sur les points que nous avions déjà traités : plus que doublement des surfaces dédiées aux œuvres permettant de mieux exposer les collections permanentes tout en poursuivant une politique d’expositions ambitieuses1 ; création de tout ce qui semble désormais indispensable aux musées, c’est-à-dire une salle pédagogique, une salle de conférence ; ouverture - elle se trouve au rez-de-chaussée - d’une grande et utile salle de documentation sur les peintres de Pont-Aven (ill. 1)... Sans oublier l’aménagement de réserves fonctionnelles. Le budget global était de 8 145 000 €2.


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1. Salle de documentation du Musée de Pont-Aven
Photo : Didier Rykner
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2. Salles d’expositions permanentes du Musse de Pont-Aven
Photo : Didier Rykner

L’intérieur du musée, comme on pouvait l’espérer, bénéficie désormais d’une organisation claire et ergonomique. Un étage pour les expositions, un étage pour les collections, celles-ci étant bien présentées et éclairées, sur des murs aux couleurs chaudes et leur convenant parfaitement (ill. 2 et 3). Mieux encore, les bornes multimédias dont on pouvait craindre qu’elle envahissent un peu trop l’espace se font extrêmement discrètes (nous ne les avons même pas vues, si elles existent). Bref, le musée est accueillant et plutôt bien conçu.


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4. Salles d’expositions permanentes du Musse de Pont-Aven
Photo : Didier Rykner
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5. Façade du musée sur la place de l’Hôtel de Ville
Photo : Didier Rykner

L’agrandissement du musée existant dans le bâtiment contigu qui servait naguère d’hôtel de ville était un choix judicieux, plutôt que la création d’un nouveau bâtiment, un temps envisagé et dont la construction aurait menacé le charme du port. Il reste qu’à la marge, certains choix auraient pu être différents, notamment dans le traitement des façades. Il est dommage que les architectes ne sachent pas s’effacer derrière des constructions qui n’avaient pas forcément besoin de leurs « embellissements » et veuillent absolument marquer l’extérieur de leur empreinte. Même si l’on doit reconnaître que cela reste modeste, était-il vraiment nécessaire de construire un auvent moderne qui entraîne l’altération du rythme du rez-de-chaussée de la façade sur la place, en amputant trois fenêtres de leur garde-corps (ill. 4). De même, comment justifier, à l’arrière du bâtiment (on ne le voit que du jardin intérieur) que certaines fenêtres soient obturées par des barreaux en bois (ill. 5 et 6), parfaitement inutiles si ce n’est, d’après l’architecte, qu’ils répondent aux autres barreaux de bois collés sur la nouvelle aile…


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6. Vue sur le jardin d’une des fenêtres du musée
Photo : Didier Rykner
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7. Nouvelle aile et façade arrière du musée
Architecte : Cabinet de l’Île
Photo : Didier Rykner

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7. Salle Julia
Entièrement reconstruite. Si les boiseries et la cheminée sont
d’origine, les staffs ont été refaits d’après le moule des originaux
Photo : Didier Rykner

Il est également regrettable que la partie sculptée en staff du décor de la salle Julia, a priori la seule qui conservait des aménagements décoratifs, aient été moulée, puis refaite après que l’on a tout détruit, à l’exception des boiseries et de la cheminée qui ont été réinstallées dans le même volume (ill. 7). Certes, on nous dit que les travaux nécessitaient cette démolition/reconstruction, mais cela aurait été sans doute traité différemment si cet ensemble avait été protégé au titre des monuments historiques.

Nous assistons actuellement à tellement de dénaturations voire de destructions de monuments anciens que nos réserves sont somme toute mineures. Il faut saluer l’effort de la ville de Pont-Aven et de la communauté d’agglomération de Concarneau pour le travail accompli en trente ans, depuis la création de ce musée dont les collections ont été réunies récemment et dont la politique d’acquisition remarquable se poursuit. En ces temps où de plus en plus d’élus envisagent de fermer leur musée, voire passent à l’acte, il faut féliciter ces maires bretons qui semblent encore croire à la culture.

Informations pratiques : Musée de Pont-Aven, Place Julia, 29930 Pont-Aven. Tél : +33 (0)2.98.06.14.43. Ouvert du mardi au dimanche en mars, novembre et décembre de 14h à 17h30 et d’avril à juin, septembre et octobre de 10h à 18h. Ouvert tous les jours en juillet et août de 10h à 19h. Tarif : 7,00 € et 5,00 € (si pas d’exposition temporaire ouverte). Réduit : 5,00 € et 3,00 € (si pas d’exposition temporaire ouverte). Site du musée.


Didier Rykner, mercredi 30 mars 2016


Notes

1Le musée présente, jusqu’au 18 septembre, la rétrospective sur les Rouart dont nous avions déjà parlé dans ces colonnes lors de son étape nancéienne (voir l’article).

2État/Drac : 2 457 000 €, Conseil régional de Bretagne : 1 330 000 €, Conseil départemental du Finistère : 1 000 000 €, Communauté de commune de Concarneau : 1 828 000, réserve parlementaire ministère de l’Intérieur : 30 000 € et partenariats privés : 1 500 000 €.





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