Serres d’Auteuil : nouvelle victoire des défenseurs du patrimoine


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Serres chaudes sur l’emplacement desquelles le cour de tennis
doit être construit. Elles sont aujourd’hui privées de leurs plantes
Photo : Didier Rykner

24/3/16 - Patrimoine - Paris, Serres d’Auteuil - Il y a parfois dans la vie des petits plaisirs. Comme celui qui a été le nôtre lorsque appelant, en fin d’après-midi, la Fédération Française de Tennis pour connaître leur réaction après la décision du tribunal administratif qui suspend les travaux sur les Serres d’Auteuil, nous nous sommes aperçu qu’elle n’était pas encore au courant et que c’était nous qui lui apprenions la nouvelle !

On se rappelle qu’une première ordonnance de référé du tribunal de grande instance avait interrompu les travaux suite à l’action intentée par les descendants de l’architecte Camille Formigé (voir la brève du 20/12/15). Seul problème : l’audience de fond devrait avoir lieu en septembre alors que la suspension ne durait que jusqu’au 31 mars. Les travaux auraient pu reprendre et devenir irréversibles, mais une nouvelle ordonnance de référé a donc été prononcée cette fois par le tribunal administratif qui statuait sur une demande des associations. Et celle-ci ira jusqu’au jugement de fond, à moins que le Conseil d’État ne décide le contraire puisque la Fédération Française de Tennis se pourvoit en cassation.

Non seulement ce pourvoi devrait mettre du temps, mais surtout on peut espérer qu’il n’a que peu de chances d’aboutir, le principal moyen retenu par le tribunal administratif s’appuyant sur une jurisprudence constante. Pour résumer, l’ordonnance explique que compte tenu des travaux très importants qui doivent être menés sur le jardin des Serres d’Auteuil, le classement du site deviendrait « pour partie sans objet », ce qui nécessite donc un « déclassement partiel qui ne peut être prononcé que par décret en Conseil d’État ».
Pour parvenir à ses fins, la Fédération Française de Tennis et la Ville de Paris (n’oublions pas son rôle moteur dans cette affaire) devrait donc demander à l’État le déclassement partiel du jardin des Serres d’Auteuil. Pour une opération qui, selon le communiqué de la FFT et la communication constante de la mairie de Paris « embellit » le jardin, cela fait tache. Et, surtout, la procédure de déclassement est particulièrement lourde, en imposant notamment un avis de la Commission supérieure des sites en majorité hostile au projet (voir la brève du 15/6/15), d’autant que la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, a toujours été elle même opposée à l’extension de Roland-Garros sur les Serres d’Auteuil (voir cet article). Il faut ici lui rendre hommage une nouvelle fois et espérer qu’elle persistera dans sa position courageuse. Remarquons à cette occasion que le coup de force scandaleux du Premier ministre Manuel Valls qui a signé les permis de construire contre l’avis de la ministre responsable (voir cet article est en train de se retourner contre lui, puisque ces permis semblent désormais d’une légalité douteuse.

L’espoir, pour l’instant, revient donc dans le camp des défenseurs du patrimoine. Remarquons à nouveau la scandaleuse collaboration du ministère de la Culture à cette atteinte grave à un monument et à un site protégé. Le conservateur régional des monuments historiques de la DRAC Île-de-France, Dominique Cerclet, s’est même félicité devant nous de ce projet à l’occasion d’une rencontre avec la presse. Si un jour les Serres d’Auteuil sont sauvées, il faudra se rappeler de quel côté s’est retrouvé le ministère de la Culture…


Didier Rykner, jeudi 24 mars 2016





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