Desiderio da Settignano. Sculpteur de la Renaissance florentine


Paris, Musée du Louvre. Du 27 octobre 2006 au 22 janvier 2007. Puis Florence, Museo del Bargello, du 22 février au 3 juin 2007 et Washington, National Gallery, du 1er juillet au 8 octobre 2007.

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1. Desiderio da Settignano (vers 1430-1464)
Jeune enfant, vers 1460
Marbre - 26,3 x 24,7 x 15 cm
Washington, National Gallery of Art
© 2006 Board of trustees, National
Gallery of Art, Washington

Dans l’un des chapitres les plus utiles de son Œil du Quattrocento, Michael Baxandall analysait les catégories à travers lesquelles la peinture florentine du XVe siècle avait été perçue par ses contemporains. Il s’appuyait pour ce faire sur le témoignage de Cristoforo Landino, tiré du commentaire que le grand humaniste avait joint en 1481 à son édition de Dante. Attaché à l’administration Médicis, cet ami d’Alberti manie avec la précision du scribe officiel tout un lexique d’époque. Si attaché soit-il à défendre les peintres de Florence comme une famille unie et unique, Landino distingue des manières ou plutôt des options stylistiques assez codifiées. Il oppose ainsi à la rudesse de Masaccio, « imitateur de la nature », la « merveilleuse grâce » de Filippo Lippi, douceur de relief et élégance de ligne qu’il partagerait seulement avec le sculpteur Desiderio da Settignano. Mais le jeu des comparaisons ne s’arrête pas là. Plus loin, c’est Fra Angelico et l’« enjouement » de sa peinture aux accords plaisants qui se voient rapprocher de Desiderio et sa douceur « charmante ». Lumineuse, sereine et subtile comme la production du sculpteur, l’exposition du Louvre nous oblige à donner son sens plein aux mots de Landino, qui avaient alors valeur de concepts esthétiques.

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2. Entourage de Desiderio da Settignano
Sainte Constance dite La belle Florentine,
3e quart du XVe siècle
Bois polychrome - 55 x 47 x 27 cm
Paris, Musée du Louvre
© Musée du Louvre / Pierre Philibert

Charme et douceur désignaient une pratique et une poétique tendues l’une et l’autre vers la séduction allègre, qu’elle s’exerce dans le registre religieux ou profane. La madone en sa perfection féminine, les portraits avec leurs sourires à la Houdon, les bas-reliefs et leur art du récit abrégé, tout attesterait d’un « don vraiment céleste » selon Vasari. Mais le « stil dolce », pour être la marque des élus du Ciel chrétien, impliquait des contraintes de métier et imposait, avant tout, de respecter constamment les limites de cette délicatesse. En d’autres mots, une certaine fadeur menace, hier comme aujourd’hui, les adeptes du séraphique et de l’ineffable, les ennemis de l’expression forte. Ajoutons aussitôt que le danger est moins grand pour Lippi et Desiderio que pour leurs imitateurs. On comprend d’autant mieux la nécessité de ramener le corpus du sculpteur aux pièces qui peuvent lui être attribuées en toute certitude. Avec la complicité du Bargello de Florence et de la National Gallery de Washington (ill. 1), le Louvre est parvenu à rassembler une trentaine d’œuvres qui, pour ou contre (ill. 2), font presque l’unanimité.

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3. Donatello et
Desiderio da Settignano
Saint Jean-Baptiste,
vers 1440 et 1457
Marbre - 173 x 54 x 37 cm
Florence, Museo del Bargello
© Erich Lessing

Certaines sont sûres, d’autres plus complexes ou douteuses ; à la faveur des confrontations que multiplie la scénographie, l’on est conduit à reconnaître ici le collaborateur et là le copiste. Au total, le corpus est plutôt serré. De la courte carrière de cet admirable sculpteur, mort en 1464 à l’âge de trente-cinq ans, une quarantaine d’œuvres seulement ont survécu. C’est dire que, monuments funéraires mis à part, l’exposition en rassemble l’essentiel et, sans lourdeur pédagogique, explique la raison des séquences qui la structurent. Depuis les retables domestiques, où la ferveur religieuse se renforce des flammes et des fleurs empruntées à l’Antique, jusqu’au grand Saint Jean Baptiste du Bargello, le visiteur peut s’interroger sur les styles respectifs, voire les collaborations de Desiderio et de Donatello, qui fut à la fois son modèle et son contraire. Tout bien pesé, le thème de la Vierge, serrant contre elle Jésus avec tendresse, s’impose comme l’inspiration la plus heureuse du sculpteur. On dirait que la main chaste de Desiderio s’arrondit et s’humanise sous les caresses innocentes qu’échangent une mère et son fils, dans la lumière tamisée des marbres d’Italie.

Commissaires : Marc Bormand, Beatrice Paolozzi Strozzi et Nicholas Penny.


local/cache-vignettes/L115xH154/ccd3ed6113bfc2a8-c2e93.jpgLouvre éditions / 5 Continents, 288 p., 39 €. ISBN 88-7439-356-3.
Très belle publication. Par son envergure et son illustration, le catalogue confine à la monographie.


Stéphane Guégan, samedi 2 décembre 2006





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